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    Gouvernement Marois - 2013 : une année pour s’imposer

    29 décembre 2012 |Robert Dutrisac | Québec
    L’année qui commence sera cruciale pour Pauline Marois et son parti.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Clément Allard L’année qui commence sera cruciale pour Pauline Marois et son parti.
    Québec – Après son installation cahin-caha cet automne, le gouvernement Marois, sans délaisser le filon de l’intégrité, tentera en 2013 de s’imposer en matière d’économie et d’identité. Surtout, Pauline Marois entend poser ses premiers gestes de gouvernance souverainiste, question de prouver qu’elle a de la suite dans les idées.


    À la mi-mars, les libéraux auront un nouveau chef, grâce auquel ils veulent se renouveler superficiellement et démontrer que leur défaite n’était qu’un accident de parcours. La Coalition avenir Québec va déployer sa version 2.0 afin de convaincre l’électorat qu’elle est prête à gouverner.

    Dans le camp péquiste, on se réjouit qu’en dépit des débuts cahoteux du gouvernement Marois, les derniers sondages, que ce soit celui de CROP ou celui de Léger Marketing, montrent qu’une majorité est à la portée du Parti québécois. Un sondage interne du PQ confirme ces deux coups de sonde.


    En cette fin d’année, on se sent en « terrain assez solide » du côté du gouvernement. Les ministres néophytes ont pris de l’expérience, ce qui diminuera les risques de dérapage en 2013, et l’élément au potentiel le plus explosif du Conseil des ministres, Daniel Breton, a été réduit à l’anonymat relatif d’une banquette arrière.


    Dans l’entourage de Pauline Marois, on constate que les appuis des libéraux et des caquistes sont des vases communicants, « un jeu à somme nulle » : quand le PLQ monte, les caquistes régressent, et vice et versa. On croit que cette situation assurera une stabilité au gouvernement tout au long de 2013: un ou l’autre de ces deux partis refusera de défaire le gouvernement. Si, par exemple, l’arrivée d’un Philippe Couillard à la tête du PLQ dopait les intentions de vote en faveur des libéraux, le gouvernement trouverait en la CAQ un allié objectif.


    On croit toutefois que le PLQ, même avec un nouveau chef, sera lourdement affecté par les audiences de la commission Charbonneau, qui recommencent le 21 janvier. Déjà, la marque libérale a subi un premier coup de butoir avec certaines révélations, notamment sur les activités de financement politique illicites dans lesquelles aurait trempé l’organisateur libéral Pierre Bibeau et sur le rôle qu’il aurait fait jouer à sa conjointe d’alors, la ministre Line Beauchamp. « C’est le deuxième coup de butoir qui fait le plus mal », avance-t-on, en se fiant sur l’expérience du Parti libéral du Canada à la suite de la commission Gomery.


    Plus que du vent


    À la fin de janvier, Pauline Marois se rendra au Forum économique mondial de Davos. Après Kinshasa, Paris et New York, la première ministre en sera à son quatrième séjour à l’étranger en moins de cinq mois.


    Considérant avoir rempli ses engagements pour les 100 premiers jours de son gouvernement, Pauline Marois entend montrer que la gouvernance souverainiste n’est pas que du vent. Elle fera des gestes en ce sens en 2013, assure-t-on, des gestes pour lesquels elle n’aura pas besoin de l’appui des deux partis fédéralistes. Il est possible qu’elle se rende en Écosse pour y rencontrer le premier ministre, Alex Salmond, qui, après avoir dirigé un gouvernement minoritaire entre 2007 et 2011, a obtenu une majorité pour ensuite préparer un référendum sur l’indépendance de l’Écosse en 2014.


    Deux exercices assez pénibles attendent le gouvernement dès le début de l’année : l’étude des crédits, au cours de laquelle l’opposition aura beau jeu de dénoncer les compressions décrétées par le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, et le Sommet sur l’éducation supérieure, où le ministre Pierre Duchesne, à la mi-février, en sera quitte pour réaliser la quadrature du cercle.


    Le gouvernement Marois joue sa crédibilité avec ce sommet : dans l’opposition, Pauline Marois a appuyé le mouvement étudiant en prétendant que, contrairement à Jean Charest, elle pourra s’entendre avec les étudiants et sortir de l’exercice avec un consensus.

     

    L’éthique


    Le gouvernement Marois devra se dépêtrer avec un lot de mauvaises nouvelles. Il devra préciser quels projets d’infrastructure, annoncés par le gouvernement Charest mais pas budgétés, ne seront pas réalisés au cours des prochaines années. Grogne en perspective chez les communautés touchées.


    Les questions d’éthique resteront d’actualité puisque certains projets de loi qui s’y rapportaient de près ou de loin n’ont pas été adoptés après avoir été présentés à l’automne. C’est le cas du projet de loi no 3 sur des élections à date fixe et du projet de loi no 10, dit « Marcotte », du nom du maire de Mascouche, qui permettra de relever de ses fonctions un élu municipal accusé de fraude ou de malversation. Le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, a annoncé qu’il présentera lors de la prochaine session un projet de loi pour abolir l’indemnité de départ d’un député qui quitte son poste de son plein gré. Son collègue des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, planche pour sa part sur un projet de loi pour réformer le financement politique dans le monde municipal.


    Sur le plan identitaire, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, défendra son projet de loi no 14 qui étend la loi 101 aux petites entreprises et inscrit dans la Charte des droits et libertés de la personne le droit de travailler et de vivre en français. Elle doit également déposer un projet de loi pour éliminer les écoles passerelles. Le dernier jugement de la Cour suprême sur le port du niqab dans les cours de justice entre en collision avec les conceptions québécoises de la laïcité, même avec la laïcité « ouverte » bonnententiste préconisée par les libéraux. Il se peut que le gouvernement Marois décide de taper sur ce clou.


    En matière d’économie, la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellette, mènera des consultations avec l’industrie minière pour revoir le régime de redevances. S’il faut en croire Pauline Marois, qui, à New York, a minimisé la portée de cette révision, ce ne sera pas la révolution.


    L’opposition de la CAQ


    Il semble acquis que le gouvernement Marois pourra compter sur une forme de collaboration de la part de la Coalition avenir Québec.


    Dans l’entourage de François Legault, on indique qu’on ne versera pas dans « l’hystérie » qui caractérise l’opposition libérale, en ce qui concerne notamment le projet de loi no 14 sur la loi 101. On veut aussi dépasser l’image qui s’est imposée lors de la campagne électorale du parti du « ménage » et des coupes sombres.


    La CAQ est un jeune parti - il n’a qu’un an d’existence - qui, bousculé par l’échéance électorale, s’est organisé à la va-vite. On travaille donc à une « Coalition 2.0 », selon l’expression employée à l’interne. Cette Coalition 2.0 présentera un programme de gouvernement et fera des propositions concrètes en matière économique, surtout, afin de sortir de « l’immobilisme » qui caractérise la société québécoise, aux yeux des caquistes.


    Les dirigeants de la CAQ sont bien conscients qu’il faut que le parti gruge des appuis dans l’électorat péquiste et qu’il est illusoire de tenter des percées chez les anglophones et les allophones, bien représentés par les libéraux.


    Une course sous le radar


    C’est un euphémisme d’affirmer que la course à la chefferie du PLQ a suscité jusqu’ici peu d’intérêt. Chez les libéraux, on se rassure en se disant que l’actualité politique à Québec fut des plus nourries : l’installation du gouvernement minoritaire, la démission fracassante d’un ministre, les reculs et faux pas du gouvernement, les affaires Boisclair et Lisée. On compte sur les cinq débats qui opposeront en janvier et au début de février les trois candidats pour attirer les projecteurs sur cette course.


    Bénéficiant de l’appui de la famille Desmarais et de la communauté des affaires, Raymond Bachand dispose de l’organisation la plus structurée pour identifier les délégués, dit-on, et Philippe Couillard a des appuis plus étendus que Bachand. Pour s’imposer, Pierre Moreau mise sur sa grande loyauté envers le parti et sur un sens de l’éthique supérieur à celui de ses adversaires.


    Une fois leur chef choisi à la mi-mars, les libéraux ne feront pas de quartier aux péquistes, qui passent, dans leurs rangs, pour des usurpateurs. Plus question que les députés libéraux se volatilisent au moment d’un vote de confiance comme ils l’ont fait lors du vote sur le budget. Ce sera aux caquistes d’assurer la survie du gouvernement.


    À plus long terme, la capacité d’agir du gouvernement Marois dépendra de facteurs qu’il ne contrôle pas. Si l’économie américaine sort de sa torpeur, l’État québécois pourra dégager une marge de manoeuvre. Si c’est l’inverse qui se produit et que l’économie du Québec comme du Canada en pâtit, on ne donnera pas cher de la peau d’un gouvernement appelé à couper dans le gras et à réduire les services publics. Or c’est au terme de 2013 que Pauline Marois saura si elle peut obtenir une majorité à la faveur de la prochaine élection.

     
     
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