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    L’année vue par… Sylvain Bélanger - Beaucoup de révolte, mais peu de révolution

    28 décembre 2012 |Jeanne Corriveau | Québec
    Sylvain Bélanger
    Photo: Annik MH De Carufel - Le Devoir Sylvain Bélanger
    Consultez notre série «L'année vue par...»
    2012 fut particulièrement chargée en événements et en déclarations de toutes sortes. En guise de bilan, nous avons demandé à quelques acteurs de commenter un moment fort de l’année, parfois de manière décalée.

    Depuis le mois de juin, les témoins défilent devant la commission Charbonneau, dévoilant un peu plus chaque jour l’ampleur de la corruption et de la collusion qui affligent le milieu de la construction. Les révélations parfois consternantes diffusées en direct se suivent comme un roman-feuilleton. Le Devoir a demandé au nouveau codirecteur général et directeur artistique du Théâtre d’aujourd’hui, Sylvain Bélanger, si les travaux de la commission Charbonneau pourraient un jour inspirer une pièce de théâtre.

     

    Est-ce que les personnages de la commission Charbonneau pourraient figurer dans une pièce de théâtre ?


    Je n’en suis pas sûr parce que souvent, un personnage est intéressant lorsqu’il a un mystère. Or, je ne trouve pas que les gens que nous avons devant nous portent un mystère. Au contraire, on a tout de suite l’impression que ce sont des « crosseurs » et on les a donc déjà casés dans notre tête. On dirait que la complexité du personnage en souffre. Donc, je ne suis pas sûr que ça ferait de bons personnages de théâtre.

     

    Y en a-t-il un qui a plus de potentiel que les autres ?


    Lino Zambito [N.D.L.R. : ex-propriétaire de la firme Infrabec], je pense, à cause de son attitude. En apparence, il n’a pas l’air de vivre une crise terrible. J’imagine qu’il embrasse ses enfants tous les matins quand ils vont à l’école. La vie continue. Il est dans une stratégie où il vide son sac pour une sentence moins lourde, mais en même temps, il éclabousse tellement de monde ! À l’opposé, les personnages plus ridicules, qui ont fait des gaffes et ont l’air de pauvres types opportunistes, je trouve ça moins intéressant.

     

    Vous pensez au fonctionnaire Gilles Surprenant ?


    Oui, mais en même temps, ça soulève les thèmes du repentir et du pardon. Avec le passé religieux que nous avons, c’est intéressant. Comment croire à son repentir quand on est rendu si loin ?

     

    Frank Zampino, ex-bras droit de Gérald Tremblay et ancien président du comité exécutif à la Ville de Montréal, n’a pas témoigné, mais il est souvent question de lui dans les médias et il pourrait être appelé à comparaître. Ce serait un bon personnage ?


    Ça pourrait être un bon personnage. Il me fait penser à l’évêque qui travaillait dans l’ombre d’Henry VIII et qui tirait les ficelles quand l’autre était occupé ailleurs. Dans beaucoup de pièces de Shakespeare, il y a un personnage qui tire les ficelles en coulisse.

     

    Est-ce qu’une scène en particulier vous a marqué : les mafieux qui mettent des liasses de billets dans leurs chaussettes ? Le coffre-fort d’Union Montréal qui ne ferme plus ? Ou le veston qui ne s’attache plus parce qu’il contient trop d’enveloppes d’argent ?


    L’image d’un coffre-fort qui ne ferme plus est, à mon avis, très forte. Ça ferait une belle affiche de show. La métaphore est forte parce c’est de l’argent qu’on veut protéger et cacher, mais on n’est plus capable de le cacher.

     

    Doit-on être étonné ou consterné par les révélations de la commission Charbonneau ?


    C’est tellement gros, mais que les gens ne s’en étonnent plus, c’est ça que je trouve troublant. Cet élément pourrait être creusé et ferait une bonne pièce de théâtre. Ça témoigne de l’époque dans laquelle on vit, une époque où beaucoup de choses insupportables sont supportées ; je pense notamment à la haute finance, au système économique ou au monde politique. Il y a beaucoup de révolte, très peu de révolution. C’est peut-être parce qu’il y a certains combats qu’on semble avoir abandonnés collectivement.

     

    Ces révélations vont-elles entraîner des changements durables selon vous ?


    Je ne crois pas. On va régler un cas, il est administratif, mais je ne sais pas si ça va s’inscrire dans le social profondément. On dirait qu’on enterre quelque chose, mais que, quelques années plus tard, ça va ressortir sous un autre visage. […] Ce qui est scandaleux, c’est l’avoir public. On paie des taxes élevées pour pouvoir se donner des programmes sociaux enviables. Ce qui me peine, ce n’est pas tant que c’est mal, mais bien parce qu’après, ça fait dire aux gens que le système est trop cher et qu’il ne fonctionne pas. Ça va engendrer un discours corporatiste très dangereux. C’est vraiment dommage parce que ça attaque les bases d’un système qui est très correct, mais à cause de gens qui ont voulu en profiter, on va jeter le bébé avec l’eau du bain. Je trouve ça grave.

     
     
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