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    Les squelettes du bon docteur

    20 décembre 2012 |Michel David | Québec
    Pendant des décennies, on nous a répété que les « Anglais » avaient non seulement la bosse des affaires, mais qu’ils étaient aussi des gestionnaires nés. Jusqu’à tout récemment, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) était systématiquement présenté comme un modèle à suivre pour son équivalent francophone, le CHUM, qui avait droit au bonnet d’âne.

    Le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette, a utilisé abondamment la comparaison entre les deux projets de mégahôpitaux pour arracher toujours plus d’ajouts à celui du CHUM. « La fierté francophone est en jeu », disait-il.


    Inversement, ceux qui n’ont jamais accepté son implantation au centre-ville se sont plu à souligner l’explosion des coûts, alors que ceux du CUSM semblaient relativement sous contrôle. Ainsi, au début de 2011, on calculait que le coût du CHUM serait 166,5 % plus élevé que prévu au départ, alors que l’augmentation au CUSM serait seulement de 34 %.


    Le sociologue Louis Maheu et l’ancien recteur de l’Université de Montréal, Robert Lacroix, qui s’était fait l’ardent promoteur du site de la gare de triage d’Outremont, ont consacré tout un livre à cette « tragédie québécoise ». Au-delà du spectaculaire bras de fer qui avait opposé Jean Charest à Philippe Couillard et d’un débat qui avait pris des allures de lutte de classes, ils y avaient vu le drame d’une société devenue incapable de mener de grands projets à terme.


    ***


    Force est de constater que le CUSM est loin d’être aussi exemplaire qu’on le disait. S’il était encore possible de faire porter à son ancien p.-d.g., Arthur Porter, l’entière responsabilité du pot-de-vin de 22,5 millions versé par SNC-Lavalin pour l’octroi du contrat de 1,3 milliard, il y a des limites à ce qu’on peut faire en catimini.


    Le rapport du ministère de la Santé sur la gestion financière du CUSM, rendu public mardi, révèle une incurie monumentale à de multiples niveaux. S’il avait fallu que cela se produise au CHUM, cela aurait instantanément fait le tour du pays.


    Si M. Porter ne remettait jamais de documents au conseil d’administration, comment se fait-il qu’on ne lui en ait pas demandé ? « Les procès-verbaux du conseil d’administration sont très succincts et ne permettent pas de conclure de la préoccupation des membres du C. A. à l’égard de la situation financière du CUSM », peut-on lire dans le rapport. Mais de quoi diable se préoccupaient-ils ? Sans parler de l’Agence de santé de Montréal, qui n’a exercé aucune vigilance, et allongeait des fonds en fin d’année.


    Avant de recourir à la tutelle, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, entend laisser une chance au nouveau conseil d’administration. « Cependant, il nous faut admettre que, depuis la nomination du nouveau conseil d’administration en février 2012, les procès-verbaux de ses réunions ne traduisent pas ce changement de priorité », ont constaté ses enquêteurs.


    Ces derniers s’étonnent aussi que les gestionnaires du CUSM disent ne pas avoir été impliqués dans des transactions immobilières « au cheminement parfois hasardeux », alors que leurs noms et leurs signatures apparaissent aux contrats et aux procès-verbaux qui y sont reliés.


    Le projet de mégahôpital n’était pas visé par l’enquête, mais le rapport pourrait bien avoir un impact sur son financement. En effet, « les grands donateurs exigent habituellement qu’un établissement soit bien géré pour donner et sont réticents à se substituer au gouvernement pour couvrir des manques à gagner ».


    ***


    De toute évidence, Arthur Porter, aujourd’hui en fuite, a embobiné bien des gens durant sa rocambolesque carrière. Après Gérald Tremblay, Philippe Couillard plaidera-t-il à son tour que sa confiance a été trahie ?


    Il était de bonne guerre pour M. Hébert de demander à son prédécesseur, qui pourrait bientôt devenir un adversaire, de justifier la nomination de M. Porter à la tête du CUSM après son départ précipité de la Michigan’s Hospital Commission, plus de deux ans avant la fin de son mandat de quatre ans.


    M. Couillard peut toujours choisir d’ignorer un péquiste, mais il devra rendre des comptes aux militants libéraux et expliquer, plus clairement qu’il ne l’a fait jusqu’à présent, la nature de ses liens d’affaires avec un homme qui a toutes les allures d’un escroc de haut vol.


    Un de ses deux adversaires dans la course à la succession de Jean Charest, Pierre Moreau, a tiré une première salve dans une entrevue à mon collègue Robert Dutrisac, dont Le Devoir publie mercredi le compte-rendu.


    M. Couillard excelle à philosopher sur les fondements du libéralisme, mais l’heure est surtout à l’éthique. M. Moreau a raison : les militants libéraux devront se demander jusqu’à quel point ils sont prêts à prendre le risque que des squelettes sortent des placards au plus mauvais moment.

     
     
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