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    Vote des jeunes en 2012 - Le printemps érable moins participatif que prévu

    19 décembre 2012 | François Gélineau - Titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires et professeur agrégé de science politique à l’Université Laval | Québec

    Avec un taux de participation atteignant le plancher historique de 57 % à l’élection générale de 2008, plusieurs se sont questionnés sur la santé de notre système politique. Entre 1945 et 1979, le taux de participation moyen des Québécois aux élections provinciales était de 79,3 %. Ce taux a légèrement fléchi entre 1980 et 2008, pour atteindre une moyenne de 74,01 %. Dans ce contexte, le passage sous la barre des 60 % en 2008 avait de quoi inquiéter.


    En collaboration avec le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), nous avons entrepris de documenter le déclin de la participation électorale aux élections générales québécoises. À l’aide des données recueillies pour cet exercice, nous avons conclu que la baisse s’explique en grande partie par le fait que les électeurs des plus récentes cohortes votent moins que ceux des cohortes antérieures. Les jeunes seraient donc en partie responsables du déclin de la participation électorale au Québec.


    Les mobilisations étudiantes du printemps 2012 ont généré un potentiel de mobilisation très élevé, surtout auprès des jeunes. Est-ce que l’élection de 2012 allait marquer un renversement de la tendance ? Les jeunes allaient-ils passer de la rue aux urnes ? Pour répondre à ces questions, nous avons assemblé un échantillon représentatif d’électeurs québécois à partir des listes électorales conservées par le DGEQ, en suivant la même stratégie que pour les élections générales tenues entre 1985 et 2008. Ce faisant, nous avons obtenu un échantillon représentatif composé de 53 122 électeurs. Un échantillon de cette taille nous permet d’estimer le taux de participation par groupe d’âge avec une précision statistique très élevée.


    À première vue, les nouvelles sont bonnes. En 2012, le taux de participation des 18-24 ans, des 25-34 ans et des 35-44 ans aurait augmenté de 25,9 ; 24,5 et 21,6 points par rapport à 2008. En contrepartie, le taux de participation des 45-54 ans, des 55-64 ans, des 65-74 ans et des 75 et plus n’a cru que de 15,6 ; 12,3 ; 9,2 et 8,9 points. La hausse du taux de participation s’observe donc principalement chez les électeurs des groupes d’âge inférieur.

     

    Retour à la situation antérieure


    Au premier abord, on serait donc tenté de conclure que la mobilisation des jeunes a eu raison de la tendance à la baisse observée antérieurement. Or, il faut être prudent, car une comparaison des taux de participation des élections 2012 et 2007 montre une tout autre réalité. Dans les faits, l’augmentation de la participation entre ces deux élections est assez homogène d’un groupe d’âge à l’autre. Donc, en 2012, le taux de participation des jeunes électeurs n’aurait pas augmenté davantage que celui des autres catégories d’âge par rapport à 2007.


    C’est en comparant les élections 2008 et 2007 que le mystère se résout. La hausse apparente de la participation observée chez les plus jeunes électeurs entre 2008 et 2012 n’est en fait que le retour à la situation antérieure. La surprise n’est pas tellement de constater une hausse en 2012, mais bien un déclin particulièrement élevé chez les jeunes électeurs en 2008. C’est donc l’élection de 2008 qui a brouillé les cartes.


    L’élection de décembre 2008 était exceptionnelle à plusieurs égards. Elle survenait d’abord moins de deux ans après la précédente. En plus, elle suivait de peu l’élection historique aux États-Unis d’un premier président afro-américain. Enfin, elle avait été précédée par une élection fédérale dont l’issue s’était soldée par la tentative infructueuse de la formation d’une coalition gouvernementale regroupant le Parti libéral du Canada, le Bloc québécois et le Nouveau parti démocratique. L’esprit des Québécois, et surtout celui des plus jeunes électeurs, n’était peut-être pas au rendez-vous à l’élection du 8 décembre 2008.


    Évidemment, tout cela ne signifie pas qu’il faille cesser de se préoccuper du déclin de la participation électorale chez les plus jeunes électeurs. Celui-ci est toujours d’actualité. En observant l’évolution du taux de participation des jeunes depuis 1985, nous pouvons constater une légère tendance à la baisse. Qui plus est, la situation de 2008 pourrait se répéter dans l’avenir. Il faudra donc évaluer la participation lors des prochains scrutins avant de conclure à la possibilité réelle et durable d’un renversement de cette tendance.

    ***
     

    François Gélineau - Titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires et professeur agrégé de science politique à l’Université Laval

     
     
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