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    Un idéal libéral à redéfinir

    L’adhésion du PLQ au fédéralisme ne doit être ni naïve, ni résignée, ni désincarnée, et Philippe Couillard saura élargir le débat d’idées à ce propos

    10 décembre 2012 |Benoît Pelletier - Professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa | Québec
    Philippe Couillard a proposé un rafraîchissement de l’idée libérale qui doit aller plus loin encore.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Philippe Couillard a proposé un rafraîchissement de l’idée libérale qui doit aller plus loin encore.

    Dans un article intitulé « Revenir aux sources de l’idée libérale », publié dans Le Devoir le 5 décembre dernier, Philippe Couillard expose sa vision du libéralisme. Il en parle sous trois aspects, soit comme contenu politique, comme façon de regarder le monde et comme source d’une sensibilité particulière. Cette contribution de Philippe Couillard au débat public est d’autant plus rafraîchissante qu’il est plutôt rare de voir un candidat à la chefferie d’une formation politique se livrer à pareil exercice de fond. Cela comporte des risques évidents, que la plupart des candidats préfèrent ne pas courir.


    Bien entendu, au coeur de la pensée libérale, telle qu’elle est développée et vécue dans la société québécoise, se trouve l’attachement à la fois au Québec et au Canada. Mais permettez-moi d’explorer ici une dimension essentielle, et moderne, de cette philosophie. Il s’agit de la nécessité d’un enracinement du fédéralisme canadien dans l’identité profonde du Québec.


    De fait, les libéraux québécois sont fiers, avec raison, d’appartenir au Canada. Ce pays, que les Québécois ont construit avec les autres Canadiens, est devenu avec le temps une puissance moyenne sur la scène internationale. Il est membre du G8, du G20, du Commonwealth et de la Francophonie internationale. La citoyenneté canadienne est enviée un peu partout dans le monde, ne serait-ce qu’en raison des protections que le Canada accorde aux droits et libertés de la personne, de sa force économique et de la qualité de vie qu’il offre à ses habitants et ressortissants.


    Pour un fédéralisme intelligent et incarné


    Le Canada est aussi, comme on le sait, un État fédéral. Or, le fédéralisme est non seulement une formule à la mode de nos jours - plus de 40 % de la population mondiale vit dans une fédération -, mais c’est également le mode d’organisation des pouvoirs étatiques qui parvient le mieux à concilier l’unité et la diversité. Le principe fédéral est populaire et intéressant parce qu’il favorise la cohabitation de communautés et de groupes différents dans un ensemble qui est cohérent et doté de sa propre physionomie sociale et politique, voire nationale. Le fédéralisme, dans ce qu’il a de fondamental, permet, au niveau fédéral, la mise en commun de ressources, de valeurs et d’ambitions, et au niveau provincial, l’expression des identités particulières et du droit à la différence, tout cela dans un cadre constitutionnel qui assure l’ordre et la stabilité.


    Contrairement aux adéquistes d’autrefois et aux caquistes d’aujourd’hui, les libéraux du Québec n’ont jamais caché leur adhésion au fédéralisme canadien. La sincérité de leur conviction les honore. En tant que membre du Parti libéral du Québec, je la partage. Mais cette adhésion au fédéralisme ne doit être ni naïve, ni résignée et ni désincarnée. J’entends par là que la conviction fédéraliste des libéraux québécois ne doit pas être dépourvue de propositions visant à bonifier le système canadien et à y accroître le rôle joué par le Québec, de même qu’elle doit s’incarner dans l’identité du Québec et poursuivre l’objectif ultime d’assurer l’épanouissement de cette dernière. En d’autres mots, les libéraux québécois doivent davantage promouvoir le lien fédéral canadien comme un tremplin pour le Québec et pour son identité linguistique, culturelle, institutionnelle et sociale. Mais si le Canada est une valeur ajoutée pour le Québec, l’inverse est aussi vrai. En ce sens, les libéraux québécois doivent non seulement promouvoir le Canada au Québec, mais ils doivent aussi, avec la même ténacité, promouvoir la reconnaissance du Québec, dans son identité profonde, dans l’ensemble canadien.


    Au Canada, certains nient l’existence du caractère national du Québec au nom de celle de la nation canadienne. Pour ceux-là, il ne saurait y avoir qu’une seule nation dans ce pays : la nation canadienne. Ils ont toutefois bien du mal à concilier leur point de vue tranchant avec l’existence des nations autochtones, les Premières nations. Si ces dernières peuvent s’affirmer comme nations à l’intérieur du Canada, et ce, sans mettre en péril l’unité du pays, pourquoi en serait-il différemment pour les Québécois ?


    D’autres, par contre, les souverainistes québécois, soutiennent que le Québec doit devenir un pays précisément parce qu’il constitue une nation. Pour eux, à chaque nation doit nécessairement correspondre un État, ou à tout le moins devrait-il en être ainsi pour le Québec.


    Les uns et les autres commettent la même erreur : ils font un lien indissociable entre l’État et la nation. Les premiers le font pour s’opposer à l’idée que le Québec puisse s’affirmer comme nation à l’intérieur du Canada. Les seconds, pour justifier la création d’un nouvel État souverain.


    Pour leur part, les fédéralistes québécois doivent partir de la prémisse que les Québécois forment une nation (pourquoi nier une évidence ?), mais qu’il est dans l’intérêt de cette nation, tant sur le plan économique qu’identitaire, de faire partie d’un grand ensemble, comme la fédération canadienne. Cela n’empêche pas non plus que ce grand ensemble soit aussi une nation, comme c’est le cas pour la nation canadienne, et que les Québécois puissent légitimement éprouver une fierté à en faire partie.


    Au-delà des mots et des concepts, ce qui compte le plus, c’est que le lien qui unit un grand nombre de Québécois au Canada ne soit pas que structurel, intéressé ou instrumental, mais qu’il soit plutôt ressenti comme une richesse à partager avec les autres Canadiens. Mais il importe aussi que ces derniers comprennent qu’il est dans l’intérêt du Canada lui-même que soit valorisée et reconnue l’identité spécifique du Québec.

     

    Une tâche à la hauteur de Philippe Couillard


    Je m’arrête ici. J’aurais pu tout aussi bien aborder une foule d’autres sujets qui méritent de figurer au premier plan de l’idéal libéral : le renforcement du français, l’affirmation du Québec sur la scène internationale, le recadrage de l’État québécois, de son fonctionnement et de son rôle dans la société, le soutien à la culture, la revitalisation des institutions et de la démocratie, la reconnaissance formelle de l’apport des anglophones à l’édification du Québec d’aujourd’hui, la conciliation entre les libertés et droits individuels et les choix collectifs, l’interculturalisme et le vivre-ensemble, de nouvelles relations avec les Autochtones, la réflexion sur les valeurs dans lesquelles les Québécois se reconnaissent à présent et qu’ils partagent, le resserrement des liens avec le reste de la francophonie canadienne, etc.


    J’ai déjà fait connaître publiquement mon appui à Philippe Couillard. Bien que le présent texte n’engage que moi, j’ai confiance dans le fait que Philippe Couillard saura élargir le débat d’idées au sein du Parti libéral du Québec et qu’il saura contribuer positivement, comme il l’a fait si souvent dans le passé, à la redéfinition contemporaine de l’idéal libéral.

    ***
     

    Benoît Pelletier - Professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa

     
     
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