Souveraineté - Le débat sur les alliances doit avoir lieu maintenant, selon Duceppe

L’ex-chef bloquiste Gilles Duceppe avait été invité à parler de l’avenir du projet souverainiste par un regroupement d’étudiants du Parti québécois et d’Option nationale (ON).
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’ex-chef bloquiste Gilles Duceppe avait été invité à parler de l’avenir du projet souverainiste par un regroupement d’étudiants du Parti québécois et d’Option nationale (ON).

Gilles Duceppe souhaite que le Parti québécois débatte d’alliances avec d’autres partis avant les prochaines élections. Un modèle qu’il croit possible avec un système électoral à deux tours et un sénat québécois. Selon lui, c’est « entre les élections » que le débat sur les alliances doit se faire et non pendant la campagne électorale.

Durant la course, cela revient à donner des munitions à l’adversaire, avance-t-il.


« Si Pauline Marois avait laissé la place à, disons Françoise David, Charest aurait dit : “Comment ça, vous êtes d’accord avec ce que Mme David propose sur tel sujet ?” »


M. Duceppe a tenu ses propos lors d’une conférence sur la souveraineté à l’Université Laval. Environ 150 personnes y assistaient.


Ces alliances, il les croit possibles avec un système à deux tours. « Il y a différentes choses autour desquelles ont peut réfléchir. Moi, je pense que le nombre de députés à l’Assemblée nationale, qui est de 125, on pourrait ramener ça à 75 - le même nombre qu’au fédéral, les mêmes “comtés”. Et à deux tours, comme ça, des alliances pourraient être faites », a-t-il proposé.


L’ex-chef bloquiste avait été invité à parler de l’avenir du projet souverainiste par un regroupement d’étudiants du Parti québécois et d’Option nationale (ON). Avant son allocution, ces derniers avaient pour le moins donné le ton.


L’un des organisateurs a expliqué que la conférence était un « acte de collaboration » entre partis qui avait été fait « pour l’indépendance ». « L’effort dont je vous parle est, espérons-le, le premier d’une série d’efforts similaires », a-t-il ajouté.


Les échanges ont surtout porté sur les liens entre le PQ, Québec solidaire et ON. De toute façon, M. Duceppe aurait pu difficilement évoquer un rapprochement avec la Coalition avenir Québec (CAQ) devant un tel auditoire, qui à la simple mention de la CAQ, a éclaté de rire.


M. Duceppe n’a pas non plus caché que certains aspects de QS et ON l’agacent. En parlant de QS, il a dit : « J’ai certains amis dans ça et d’autres pas. […] On ne peut pas être souverainiste de temps en temps. »


Le politicien a critiqué le fait que QS soit favorable à la souveraineté seulement si elle se faisait à gauche. « On ne peut pas être élu aujourd’hui et dire que la souveraineté sera toujours à gauche. […] Quand les socialistes français ont perdu contre Sarkozy, ils ne se sont pas dit : “Bon Dieu, on s’en va en Angleterre avec Tony Blair.” »


Il a par ailleurs rappelé son amitié avec Françoise David sans mentionner une seule fois le nom d’Amir Khadir, qu’il avait vertement attaqué pendant la campagne électorale.


Sur ON, il a dit ne pas comprendre « pourquoi » elle ne réintègre pas les rangs du PQ. Il a par ailleurs souligné que son propre fils avait soutenu ce parti et qu’il « respectait » ce choix, comme Jean-Martin Aussant lui-même.


« Ils disaient qu’il fallait agir tout de suite comme pays souverain et signer des ententes avec d’autres pays. Je veux bien, mais il n’y en a pas un qui va vouloir signer avec nous autres tant qu’on ne sera pas indépendants. »


Malgré tout, le politicien a fait ses calculs et son analyse de la dernière élection le pousse apparemment vers le dialogue. « Le PQ fait 32, QS 6, ON, 2. Voyez, on est à 40 % », a-t-il dit en ajoutant qu’on pouvait aussi inclure 5 % de souverainistes de la CAQ. « Ça pose la question de l’unité et il faut en débattre entre les élections. »


Sur la nature d’une telle alliance, il s’est contenté de dire qu’il fallait regarder les « plateformes ». Il n’a pas voulu dire non plus jusqu’à quel point cela lui semblait réalisable.

 

Une chambre des régions à l’américaine?


Or, sa réflexion sur la réforme des structures était plus aboutie. « On devrait créer une Chambre des régions avec une cinquantaine de députés. On a 17 régions administratives. Trois députés par région comme le Sénat américain. […] On pourrait regarder aussi une proportionnelle qui tienne compte des régions. »


Gilles Duceppe est toutefois opposé au système proportionnel « intégral ». Selon lui, cela force les gouvernements à obtenir l’appui des plus extrémistes comme en Israël. Il critique aussi le fait qu’un tel système brise le lien entre l’électeur et son député.


Or, ajoute-t-il, l’Allemagne a un système mixte qui permet d’élire 80 % des gens « au scrutin direct » et 20 % à la proportionnelle.


Tout en citant Jacques Parizeau à plusieurs reprises, il n’a pas trop commenté la performance du gouvernement Marois. Quand même, il s’est dit favorable à son projet d’entente avec les autochtones et a émis des réserves sur la pertinence d’imposer la loi 101 dès la maternelle.


Il s’est aussi dit d’accord avec la démission de Daniel Breton. « Je pense qu’il a fait des erreurs, il n’avait pas d’autre choix », a-t-il déclaré.


Enfin, sur André Boisclair, ses propos étaient clairs. « Je pense que la double nomination est une erreur », a-t-il commenté après la conférence. « Une, ça suffit. S’il avait été nommé sous-ministre, personne n’aurait rien dit et s’il avait été nommé délégué, personne n’aurait rien dit. Mais une aurait suffi. […] Ce n’est pas la trouvaille du siècle. »

  • Yves Claudé - Inscrit 6 décembre 2012 02 h 56

    Une plate-forme indépendantiste et progressiste !

    Il faut prendre en considération toutes les dimensions importantes et incontournables d’une situation sociohistorique qui est particulièrement complexe, afin de résoudre un ensemble de problèmes :

    -contrer le dysfonctionnement d’un système électoral fait sur mesure pour perpétuer à la fois une domination de classe (celle de la classe sociale bourgeoise) et une domination nationale

    -déconstruire la propagande du statut quo fédéraliste, c’est-à-dire une propagande qui vise à faire accepter l’oppression nationale que nous subissons comme étant non seulement impossible à contrer, mais comme étant profitable pour les “dominés” que nous sommes, et ceci malgré un très relatif confort générateur d’indifférence

    -déconstruire la propagande du multiculturalisme, qui imprègne entre autres QS, pour affirmer une représentation et un projet modernes et laïques du Québec, et ceci dans la défense et la promotion de notre identité nationale

    -élaborer une plate-forme politique progressiste et indépendantiste, qui soit basée non pas sur les lubies voire sur les fantasmagories de tel ou tel groupuscule en mal de révolutionnarisme ou d’un autre où convergeraient des appétits individualisés de capital économique, politique, symbolique, etc., mais sur les intérêts collectifs et bien compris de la grande majorité de la population, que ce soit aux niveaux politique, social, économique, écologique, culturel et identitaire

    -contribuer à un élan subjectif, un éveil de consciences, dans un esprit de solidarité qui soit véritablement inclusif, d’abord en terme de classe (si l’on considère par exemple la tendance d’un mouvement étudiant petit-bourgeois à ignorer les enfants du sous-prolétariat et de la classe ouvrière moyenne), et secondairement relativement aux origines ethnoculturelles des citoyens engagés dans notre avenir collectif.

    Yves Claudé - membre libre du PQ

    • François Ricard - Inscrit 6 décembre 2012 07 h 29

      Pourquoi ne pas se servir de Télé-Québec pour faire tout cela?

    • Mathieu Bouchard - Abonné 8 décembre 2012 22 h 49

      @ François : parce que le CRTC contrôle les télécommunications à travers le mandat consenti à Télé-Québec, et en particulier à travers ce qui est pas consenti ? Je sais pas, mais j'aimerais bien que le PQ s'ostine avec le CRTC au sujet de sa licence. Ça pourrait aussi passer par la création d'une 2ième station du même nom. Sans savoir ce qui se passe au CRTC et dans le marché, on dirait quand même vraiment que le nombre de licences d'ondes VHF/UHF est gardé artificiellement bas pour rien.

      Pour moi, il faudrait que la loi électorale du Québec soit étendue pour que chaque parti ayant fait preuve de certaines conditions minimales se fasse accorder un nombre fixe de minutes de promotion par semaine (entrevues, pubs) et que d'autres minutes soient allouées proportionnellement à certaines choses (nombre de députés, nombre de votes) et ces minutes feraient partie de la programmation de Télé-Québec 2. Ce poste pourrait aussi garantir un débat des chefs selon une loi qui dicterait aussi les conditions minimales qu'un parti doit remplir pour pouvoir y participer (il y avait d'ailleurs eu une demande d'injonction à l'élection 2012 contre SRC-TVA-DGÉQ à propos du droit des stations d'exclure un parti représenté à l'ANQ).

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 6 décembre 2012 03 h 03

    J'appuie des élections à 2 tours M.Duceppe mais... : vers une constituante 1/2

    J'appuie des élections à 2 tours M.Duceppe mais... : vers une constituante 1/2

    J'appuie des élections à 2 tours, cependant, plusieurs propositions de Duceppe m'agacent : débattons-en.

    Sur les élections à 2 tours, effectivement, des négociations peuvent se faire entre les 2 tours, ce qui m'apparait positif peu importe de quel coté du spectre partisan l'on se place : on pourrait même approuver autant de candidats que l'on veut au premier tour et, ainsi, avoir des députés approuvés par 60%, voire 70% même 80% d'approbation citoyenne plutot qu'exceptionnellement 50%.

    Sur le mode de représentation, je crois aussi qu'il faille préserver voire rétablir le lien citoyen/député : il faut rétablir le concept que le député est l'employé du député et qu'il a pour responsabilité de nous présenter les projets de loi, animer les débats locaux, et surtout être garant que chaque citoyen pourra exprimer son discernement par rapport à chaque projet de loi afin que prime légalement le discernement du plus grand nombre plutot que l'opinion corruptible d'un seul.

    Au niveau régional, j'appuyerais plutot l'élection, au suffrage universel, de cabinets exécutifs dans lesquels les citoyens voteraient pour les experts de leur région afin de gérer chaque ministère. Pourquoi un ministre des mines loin à Montréal, pourquoi un ministre du transport en commun loin en Abitibi, pourquoi pas des ministres élus, chez chaque région, formés en fonction des besoins locaux?

    ...

    2/2 en suite

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 6 décembre 2012 03 h 08

    J'appuie des élections à 2 tours M.Duceppe mais... : vers une constituante 1/2

    Sur le "rep by pop", le ratio citoyens/députés par localité et, par conséquent, le nombre de députés, est fondamental dans une démocratie représentative et non délégative. Baisser le nombre de citoyens représenté par chaque député devrait être l'objectif ; baisser le nombre de juridictions mêlant et entravant la participation du citoyen lambda, aussi. Montréal a 18 députés fédéraux, 28 provinciaux, 103 municipaux, pour un total de 149 : pourquoi pas 125 districts et représentants montréalais qui ont pleine juridiction et 24 ministres indépendants?

    Sur le sénat Québécois, étant pour la responsabilité citoyenne d'exprimer son discernement et sa primauté sur celui d'un seul corruptible, je crois que, oui, nous avons besoin d'une chambre haute qui ratifie les projets de loi au lieu de lois-baillons : cette chambre haute doit être composée de chaque citoyen et chaque citoyen qui fait sa job de séateur devrait avoir un revenu de citoyenneté.

    Bien évidemment, tout ceci est à débattre entre citoyens au forum approprié : il s'agit d'une constituante M.Duceppe. C'est ce que QS et ON proposent, c'est ce que le PQ peine à oser, et c'est probablement la cause de cette désertion.

    Canada is a forced merger : I see nowhere in commonlaw or civil law where someone is subject to a contract not signed. There is no honnor nor enthousiasm in being subject to a monarchist constitution (1867-1982). There is a clear question, a fair majority and a democratic process even recognized by the QLP : "do you ratify that constitution", 50%+1 forming 30% of voters can nullify a social contract, and a referendum can be initiated by 10% of citizens.

    C'est de la structure du pouvoir citoyen et d'un contrat social, jamais validé par les québécois, plus que de crise identitaire qu'il faut réfléchir ensemble : ethniciser le débat, comme le clamait Parizeau, ne pourra générer de majorité dans ce pouvoir citoyen contre celui de l'argent.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 décembre 2012 10 h 39

      Le Canada n'est pas une union d'États, c'est plutôt le rassemblement de colonies toutes déjà soumises à l'autorité impériale. Un empire peut bien réaménager ses propriétés comme il l'entend, n'est-ce pas? N'oublie qu'une province, c'est un territoire vaincu.

    • Raymond Labelle - Abonné 6 décembre 2012 21 h 47

      Je me répète. Une élection à deux tours? Si on considère que les partis souverainistes ont l'appui d'environ 40% de l'électorat, et les partis non-souverainistes, 60% - j'ai l'impression qu'au deuxième tour, les partis souverainistes mordraient la poussière.

  • François Ricard - Inscrit 6 décembre 2012 06 h 09

    Depuis des lunes, Mme Marois et sa gouvernance souverainiste sont de plus en plus rejetées par une partie importante de la base militante.
    Un questionnement quant aux orientations principales du parti, questionnement qui s'amplifie avec les nouvelles mesures du gouvernement, est venu renforcer ce sentiment de rejet. À tel point, que de plus en plus de membres exigent une nouvelle orientation bien axée sur l’indépendance. Autrement, il y a bonne chance que ces militants décrochent ou cherchent à militer ailleurs. On sent cette division au sein du PQ.
    Cette division semble être causée par deux choses: la stratégie référendaire qui est rejetée par de plus en plus de membres. Et la déconnexion entre la base et la direction du parti.. Cette division, en bonne partie, est due à Mme Marois et son équipe rapprochée qui n’ont pas été à l’écoute des membres ordinaires et ont voulu diriger le PQ comme une entreprise commerciale plutôt qu’un parti démocratique.
    Avant de songer à s'unir à d'autres partis, il faudrait possiblement que le PQ procède à des changements majeurs.
    Il n'y a plus rien qui le distingue du PLQ ou de la CAQ, sinon son reférendum perdant.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 6 décembre 2012 07 h 44

    Non, M. Ricard

    Le référendum rapide et perdant, c'est la priorité de l'ON de M. Aussant, appuyé par Messieurs Parizeau et Michaud, pas du PQ de Mme Marois qui préfère la gouvernance souverainiste à un référendum, perdu à l'avance.

    • François Ricard - Inscrit 6 décembre 2012 09 h 19

      L'ON ne propose pas de référendum. Une fois au pouvoir, LON enclanche le processus d'indépendance comme voulait le faire le PQ avant la venue de Claude Morin et de l'étapisme.
      Une fois indépendant, la constitution sera adoptée par référendum.
      Nuance importante.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 6 décembre 2012 10 h 20

      M. F. Ricard. C’est de l’inconséquence! En enclenchant sitôt au pouvoir un referendum, même perçu comme perdu d’avance, vous ne feriez que mettre la dernière pierre à notre désir de souveraineté que pourtant vous dites souhaiter.

      Ne serait-il pas eux dans votre optique politique de déclarer unilatéralement l’indépendance du Québec advenant votre élection? Cela aurait au moins l’avantage de ne pas être suicidaire.

    • Richard Laroche - Inscrit 6 décembre 2012 11 h 16

      Je ne comprends pas encore pourquoi certains voudraient déclencher un référendum avant d'avoir rédigé une constitution.

      C'est un peu comme signer une page blanche et écrire un contrat dessus par la suite. C'est absurde et dangereux.

      Il faut absolument que la constitution soit écrite avant le référendum, c'est d'ailleurs ce que j'avais compris du programme d'ON, point 1.4.

    • Chris Dupont - Abonné 6 décembre 2012 11 h 51

      Le message de ON est tellement clair que le jour où il sera élu majoritaire, il n'aura même pas besoin de se poser la question à savoir si c'est le moment opportun. Ce le sera! Le PQ, quant à lui, va constamment danser au gré des sondages à attendre le meilleur moment. Mais le problème c'est qu'il n'y en aura jamais s'il n'en parle jamais! Et puis, la souveraineté, c'est un peu comme avoir des enfants, si on attend d'être dans les meilleurs conditions, on en aura jamais. ;)

    • François Ricard - Inscrit 6 décembre 2012 12 h 08

      Il n'y aura pas de référendum. Pas de référendum.
      Nous considérons l'élection comme étant déterminante. Elus, nous pouvons agir et rapatrier tous les pouvoirs pour devenir totalement indépendants.
      Pas de référendum. Juste de l'action.

    • Michel Richard - Inscrit 6 décembre 2012 16 h 30

      Sauf que ON ne sera jamis élu.

    • Gabriel Bruneau-Langlois - Inscrit 6 décembre 2012 18 h 05

      @Michel Richard Je n'ai même pas voté pour ON, mais je ne crois pas que leur élections soit totalement improbable. Dans un délais de 2 autres élections non. D'ici 3-4 élections ça serait fortement possible.