Un rendez-vous raté
J’ai le goût d’une réflexion sur ce que nous avons vécu depuis l’été dernier. L’année tire à sa fin, car décembre est le dernier sursaut d’un an qui s’achève et qui permet de vérifier de quoi on va choisir de se souvenir de l’année 2012. Bien sûr que l’un des moments forts aura été la grève étudiante et son brassage d’idées dans une société qui avait tendance à ronronner en attendant le Messie, qui ne donnait pas signe de sa venue. Les citoyens appelaient un changement de tous leurs voeux et ce changement tardait désespérément à se montrer le bout du nez. Tout le monde dormait.
Puis, les cris des étudiants, leur appel au secours, le bruit des casseroles, la décision citoyenne de participer au débat a changé l’air ambiant et donné envie que l’avenir s’ouvre enfin sur un espoir qu’on croyait mort et enterré.
Le nouveau jour a fini par se lever et la force citoyenne a repris goût à la discussion et a osé émettre des opinions. La requête de tenir une commission d’enquête, qui est devenue la commission Charbonneau, a redonné espoir à des gens qui n’en avaient plus du tout. Ils avaient baissé les bras et ils ne croyaient plus à rien. Le cynisme régnait en maître. Puis, le goût du combat est revenu. Avec parfois beaucoup d’hésitation, du doute et puis beaucoup d’espoir.
L’élection est apparue comme une solution évidente aux changements souhaités. Un changement de la garde était devenu une urgence nationale. À force de tirer, pousser, exiger… l’élection a été déclenchée en plein été.
Ma proposition d’aujourd’hui consiste à vous proposer un regard dans le rétroviseur. Vous êtes allés voter. Vous avez entendu les accusations qui ont circulé d’un parti à l’autre. Certains ont voulu remettre les étudiants à leur place sans penser qu’ils étaient les citoyens et les leaders de demain, ils ont aimé la loi malsaine que Jean Charest venait de nous imposer, à eux, mais à nous aussi. D’autres ont applaudi les comportements violents des policiers et certains ont même pensé, encore une fois, à remettre le Québec entre les mains de l’Armée canadienne…
L’élection a eu lieu. Madame Marois a été choisie pour diriger un gouvernement minoritaire. Jean Charest a été défait dans sa circonscription. Le ménage allait pouvoir commencer.
C’est le « minoritaire » qui fait mal. Vous savez comme moi qu’après 10 ans de pouvoir, la grosse machine gouvernementale avait besoin d’un changement d’huile. Sauf qu’on a opté pour un petit pouvoir qui va rendre les décisions plus difficiles, et comme, en plus, la petite caisse a été laissée aussi vide que la grosse caisse, il va falloir faire des miracles pour arriver à réaliser les engagements pris par madame Marois.
Tout ça pour vous poser une question : mettons que nous sommes le 3 septembre et que vous savez tout ce qui va devoir attendre à cause d’un gouvernement minoritaire, voteriez-vous de la même façon ?
D’en parler ne vous engage à rien. Vous ne pouvez plus changer votre vote. C’est évident que si vous êtes un libéral enragé, soudé dur comme fer au Parti libéral, ça n’aurait rien changé. Même chose si vous êtes totalement lié au Parti québécois.
Mais si vous étiez « flottant », sachant ce que vous savez maintenant trois mois plus tard, auriez-vous voté de la même façon ?
N’auriez-vous pas dû vous informer davantage ? vous demander pourquoi madame Marois souhaitait tant un gouvernement majoritaire ? Était-ce seulement parce qu’elle désirait une victoire éclatante ou parce qu’elle souhaitait avoir tous les outils en mains pour faire franchir une vraie étape au Québec, une étape de transformation dont on sent bien que notre société a besoin ?
Bien sûr, je ne fais pas un sondage professionnel. J’ai juste envie de savoir si trois mois font la différence dans les choix qu’on peut faire en politique. Parce que si oui, il faudra user de sagesse et de prudence lors de la prochaine élection fédérale. On a pu juger des qualités et des défauts de M. Harper. C’est fait. On devra se demander ce que le NPD signifie pour le Québec. Il faudra aussi admettre que M. Trudeau est comme un gentil petit chien fou, mais qu’il n’a de Trudeau que le nom pour le moment.
Apprendre à voter devrait être tout en haut de nos listes de choses à faire pour éviter d’aller de déception en déception. Les choix sont parfois difficiles, mais ils sont essentiels. Parce que c’est sûr qu’à voter avec ses pieds, on n’avancera pas vite.








