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Ingénieurs, entrepreneurs, fonctionnaires et élus livrés en pâture

29 novembre 2012 | Kathleen Lévesque | Québec
La présentation d'une liste de noms d'entrepreneurs, élus, ingénieurs et fonctionnaires membres d'un club privé du Vieux-Montréal a clos les travaux de la commission Charbonneau pour 2012.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir La présentation d'une liste de noms d'entrepreneurs, élus, ingénieurs et fonctionnaires membres d'un club privé du Vieux-Montréal a clos les travaux de la commission Charbonneau pour 2012.








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la commission Charbonneau
Avant d’ajourner pour deux mois, la commission Charbonneau a lancé mercredi en pâture une liste de noms d’entrepreneurs, d’ingénieurs, de fonctionnaires et d’élus sans offrir d’interprétation pour ses multiples rencontres derrière les portes closes d’un club privé.

Le procureur de la commission, Me Denis Gallant a avancé qu’il y avait un lien clair entre le monde de la construction et le financement des partis politiques, mais l’analyse s’est arrêtée là. L’enquêteur de la commission, Érick Roy, n’a donné aucune indication de cet ordre, limitant son témoignage à une lecture, page après page, d’un tableau chronologique des allées et venues de personnes que la commission Charbonneau a dans la mire.


Contre-interrogé par l’avocat du Parti libéral du Québec (PLQ), Me Michel Décary, M. Roy a admis que rien dans la liste déposée ne permettait de savoir quels étaient la teneur des discussions et l’objectif des différents convives d’être ensemble. Me Décary a posé essentiellement ses questions en regard de la présence de l’ex-ministre libérale Line Beauchamp au 357C, un club privé (une table cinq étoiles) dont la confidentialité des discussions constitue le maître mot commercial.


À deux reprises, en 2007, Mme Beauchamp a été l’invitée de Rosaire Sauriol, de la firme de génie-conseil Dessau. Chaque fois, elle était accompagnée de son conjoint de l’époque, Pierre Bibeau, vice-président chez Loto-Québec. Ce dernier est un organisateur du PLQ depuis 1970, ainsi qu’un collecteur de fonds notoire. Lors de son témoignage devant la commission Charbonneau, l’ex-entrepreneur Lino Zambito a dit avoir remis 30 000 $ comptant à M. Bibeau, au bureau de ce dernier, à Loto-Québec. L’argent était destiné au PLQ, a déclaré sous serment M. Zambito.


Lors de ces rencontres au 357C, il y avait également les entrepreneurs Paolo Catania de Construction F. Catania et Frank Minicucci (bras droit de Tony Accurso), ainsi que les ingénieurs Michel Lalonde (Groupe Séguin), Pierre Lavallée (BPR) et Yves Théberge (CIMA+). Le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, et Bernard Trépanier (alias monsieur 3 %), responsable du financement du parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, prenaient place à ces petits-déjeuners.


Me Décary du PLQ a questionné le témoin sur la possibilité que le financement politique puisse avoir été au coeur des discussions du groupe. « On a quand même Pierre Bibeau qui est présent », s’est borné à répondre Érick Roy, laissant entrevoir les soupçons de la commission sans toutefois pouvoir les étayer pour l’instant.


Financement politique libéral


Vraisemblablement, la commission a fait le choix de laisser les journalistes présenter les déductions possibles ou probables qui peuvent être faites à partir de cette liste. En effet, la première rencontre de Line Beauchamp avec des hommes d’affaires s’est déroulée le 26 février 2007. Le Québec était alors plongé depuis cinq jours en pleine campagne électorale. Et c’était Line Beauchamp qui en assumait la responsabilité.


C’est donc moins la ministre de la Culture qui rencontre les Catania, Sauriol, Zampino et autres Trépanier que la politicienne qui est talonnée par l’Action démocratique du Québec (le PLQ gagnera les élections, mais formera un gouvernement minoritaire).


De plus, à la même date, les libéraux ont tenu une activité de financement, à Montréal, où ont été récoltés 51 140 $. Le petit-déjeuner était-il une activité de financement ? La commission Charbonneau n’a apporté aucun éclairage sur la question.


Il faut également noter que plusieurs voisins de table de Mme Beauchamp ont contribué à la caisse électorale libérale. C’est notamment le cas de Paolo Catania (3000 $), Michel Lalonde (2400 $), Frank Minicucci (1000 $), Yves Théberge (3000 $) et Bernard Trépanier (3000 $).


Onde de choc


La liste - qui en est une essentiellement d’invités et non de présences, a aussi reconnu M. Roy - a provoqué une onde de choc sur la colline Parlementaire, à Québec. Bon nombre de politiciens ont pris les devants pour dire qu’ils s’étaient déjà rendus au 357C, mais que cela n’avait rien d’incriminant en soi.


De son côté, l’ancienne vice-première ministre libérale, Line Beauchamp, a indiqué mercredi que c’est à son initiative qu’ont eu lieu les deux rencontres tenues en 2007 alors qu’elle était ministre de la Culture, responsable de la région de Montréal puis ministre de l’Environnement. Mme Beauchamp a affirmé par voie de communiqué qu’elle avait l’habitude de solliciter des rencontres avec des élus et des représentants des milieux économique, culturel et communautaire. « C’était pour moi une façon de rester proche des préoccupations des gens et d’éviter de me faire reprocher d’être enfermée dans une tour d’ivoire au sein de mes ministères », a-t-elle indiqué, assurant que les discussions ont été d’ordre général sur la performance économique du Québec et de Montréal.


Défilé de personnalités


Le policier Érick Roy a également présenté d’autres personnes qui ont défilé au club privé 357C et qui étaient directement impliquées dans le financement du parti de l’ancien maire Gérald Tremblay, Union Montréal (UN). Ainsi, l’agent officiel d’UN, Marc Deschamps, a eu deux rencontres avec l’entrepreneur Paolo Catania, dont une en 2007. À cette époque, M. Deschamps a participé au comité de sélection ayant choisi Construction F. Catania pour développer le Faubourg Contrecoeur.


M. Deschamps, dont le surnom est M. Net dans les coulisses municipales, a également apporté son expertise à la Coalition avenir Québec. La collaboration a toutefois été de courte durée puisque Jacques Duchesneau (ex-Unité anticollusion dont le rapport a provoqué la création de la commission Charbonneau) avait exigé son départ pour faire le saut avec la CAQ.


Plusieurs autres noms de personnalités publiques ont surgi : l’ex-député libéral de Lafontaine et adjoint parlementaire du premier ministre, Tony Tomassi (rejeté par le PLQ après avoir utilisé une carte de crédit privée), l’ancien directeur général du PLQ, Joël Gauthier, qui a été nommé puis congédié de l’Agence métropolitaine de transport (AMT), le conseiller municipal Sammy Forcillo, qui a notamment été responsable des dossiers d’infrastructures au comité exécutif de Montréal, ainsi que les maires d’arrondissement et anciens membres aussi de l’exécutif, Benoit Labonté (ex-chef de Vision Montréal), Cosmo Maciocia et Claude Dauphin.


Le sénateur Léo Housakos, fort actif dans les coulisses de différents partis politiques, mais principalement au Parti conservateur, s’est rendu à trois reprises au 357C, dont une fois à l’invitation de Bernard Poulin du Groupe SM. À cette époque de ses visites, M. Housakos n’était pas encore sénateur ; il travaillait pour la firme de génie BPR, qui orchestrait le controversé contrat des compteurs d’eau depuis 2005.


Léo Housakos a également été proche de l’Action démocratique du Québec, ainsi que d’Union Montréal.

 

Ajournement hâtif


La présentation de cette liste de noms a été faite en remplacement du témoignage annoncé d’une personne de la Ville de Montréal. Ce témoin devait expliquer le processus d’octroi de contrats au sein de la plus importante municipalité du Québec. La commission Charbonneau a plutôt choisi de repousser ce témoignage créant une certaine irritation chez l’avocat représentant Montréal, Me Martin St-Jean, qui l’a formulé sur le réseau Twitter.


Les travaux de la commission Charbonneau ont pris fin avec le témoignage de l’enquêteur. La juge France Charbonneau devait les clore par une déclaration qui a été reportée à jeudi matin, après la diffusion des analyses, chroniques et autres éditoriaux.


***
 

Avec la collaboration de Jeanne Corriveau

 
 
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