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    Un pamphlet d’une rare intolérance

    Ce n’est pas en méprisant les Québécois «qui hésitent» que les 28 auteurs de Notre indépendance les convaincront

    26 novembre 2012 | Stéphane Dion - Député fédéral de Saint-Laurent-Cartierville et ex-chef du Parti libéral du Canada | Québec
    « À tous les Québécois. Mais surtout à ceux qui hésitent » : telle est la dédicace qui apparaît au début du collectif dirigé par Catherine Fillion-Lauzière, Notre indépendance : 28 Québécois s’expriment (Stanké, 2012) et auquel j’aimerais réagir ici. En fait, à la lecture des 28 textes qui le composent, on constate que, pour ses auteurs, il y a deux catégories de Québécois : les indépendantistes et les autres. Les premiers vont « au bout de leurs convictions » (p. 13), les autres hésitent.

    Voilà ce que nous répètent, page après page, ces indépendantistes, pour la plupart professionnels et artistes en début de carrière, mais aussi personnalités politiques connues : Françoise David, Pierre Curzi, Louise Beaudoin, Jean-Martin Aussant, Maria Mourani et Maka Kotto.


    Je ne doute pas que le groupe des 28 ait cru écrire un ouvrage ouvert et généreux. Il faut pourtant leur dire qu’ils ont produit un pamphlet d’une rare intolérance envers ceux qui ne pensent pas comme eux. Certes, on pouvait s’attendre à une attaque en règle contre le Canada, ce « régime autoritaire, antidémocratique et antisocial » (Françoise David, p. 55). Mais c’est surtout les Québécois favorables au Canada, et à travers eux le Québec d’hier et d’aujourd’hui, qui deviennent un objet de mépris dans Notre indépendance.


    Ce livre n’entre jamais dans le registre de l’argumentation ; on est plutôt dans celui de la métaphore. Plus de huit millions de Québécois sont assimilés à un seul être. Ce genre de réification est toujours périlleux. Dans ce cas-ci, le résultat est navrant.


    L’être québécois somnole « dans le confort du statu quo » (Filion-Lauzière, p. 14) et il le fait « sans rêve » (Emmanuel Bilodeau, p. 71). Il est une épouse qui a peur de quitter un mari qui la séquestre et la bâillonne (Hubert Lemire, p. 20). Il est un mari en manque de virilité qui se fait donner une raclée devant sa femme sans se défendre (Guillaume Wagner, p. 147). Il est un enfant ou un ado qui refuse de devenir adulte (Geneviève Rochette, pp. 37-38 ; Émilie Guimont-Bélanger, p. 138), un enfant « dans un espace trop grand » (Serge Bonin, p. 114). Il est un locataire qui refuse de devenir propriétaire (Ghislain Taschereau, p. 63) ; pourtant, il ne se sent pas chez lui (Jonathan Thuot, p. 101).


    Le Québécois n’est pas libre, bien sûr, puisqu’il est en cage (Kathleen Gurrie, p. 42) et doit briser ses chaînes (Louise Beaudoin, p. 132) ; il est un colonisé (Pierre Curzi, p. 59 ; Tania Longpré, p. 128), un « troupeau docile » (Yann Perreau p. 124), un vaincu (Simon-Pierre Savard-Tremblay, p. 157), un « asservi » (Joannie Dupuis, p. 79) ; ah, « le sirupeux souhait de l’asservissement » (Maxime Le Flaguais, p. 121).


    Le Québécois est « dans la grande noirceur » quand l’indépendance lui donnerait « la grande douceur » (!) (Catherine Dorion, p. 89). Il risque de rater son « rendez-vous avec l’Histoire » (Yanek Lauzière-Fillion, p. 109) alors que l’indépendance est sa « destinée » (Maria Mourani, p. 153). Mais il a peur, peur par paresse (Émilie Prévost, p. 171), peur par ignorance (David Goudreault, p. 176) ; c’est un lâche qui maudit la liberté (Maka Kotto, pp. 187-88), qui a peur de lever la tête (Jean-Martin Aussant, p. 143), qui « courbe le dos » et avance à reculons (Robert McKenzie, p. 163) et qui « souffre dans un désagréable état de tension » (Justine Patenaude, p. 180). Pauvre de lui !


    Bref, le Québécois refuse d’exister (Nic Payne, p. 52). Il ne semble pas venir à l’esprit de nos 28 auteurs que des Québécois puissent trouver un idéal dans le Canada, tirer fierté de ce qu’ils sont parvenus à faire avec les autres Canadiens, nourrir des projets d’avenir pour leur pays. Pourtant, ils sont nombreux ces femmes et ces hommes du Québec qui se disent fiers d’être canadiens : l’enquête d’opinion la plus récente les chiffre à 79 %, et à 75 % chez les francophones (enquête CROP réalisée pour le sondage annuel du réseau l’Idée fédérale, « Politique provinciale et fédérale », du 17 au 22 octobre 2012).


    Ce n’est pas en méprisant ces Québécois que les indépendantistes les convaincront. Si trois Québécois sur quatre persistent à vouloir être fiers du Canada, ce n’est pas par peur, par paresse ou par refus d’eux-mêmes. C’est par fierté, une fierté nourrie de la conviction que les identités plurielles sont une force dans ce monde global et qu’être à la fois Québécois et Canadien est une immense chance sur cette planète. Une chance qu’il nous faut préserver pour nos enfants, ces filles et ces garçons pour qui jamais le Canada ne sera trop grand.

     
     
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