Commission Charbonneau - Durocher a tenté d’organiser son système de collusion
Devant la commission Charbonneau, M. Durocher a rapporté qu’il s’était résigné à tenter d’organiser un tel groupe dans la banlieue nord en voyant des entrepreneurs de Montréal et de Laval obtenir des contrats sur ce territoire, alors qu’eux ne pouvaient obtenir de contrats à Montréal et à Laval.
« En 2008, après que l’étau se serrait sur toutes les villes, les entrepreneurs et tout, j’ai décidé, avec trois autres, de dire “ on n’est pas pires qu’ailleurs, on va former un système de collusion, on va sortir les entrepreneurs qui nous sortent d’autres municipalités ”», a témoigné l’entrepreneur Durocher.
Il a confirmé qu’une vingtaine d’entrepreneurs avaient participé à la rencontre au Ramada Inn de Blainville, le 10 mai 2008, notamment des entrepreneurs de Laval.
« Ça s’est avéré le fouillis total. La chicane a parti. Les gars ont garroché des papiers. Ils sont tous partis, puis la réunion s’est conclue avec deux heures et demie de perte de temps. Puis le lundi matin, la guerre a recommencé entre les entrepreneurs et ç’a été fini », a-t-il résumé.
Sa tentative a donc échoué, comme l’avait raconté à la commission l’ex-dirigeant d’Infrabec, Lino Zambito, qui avait participé à la rencontre.
Ingénieurs et tactiques
Plus tôt dans la journée, M. Durocher a relaté d’autres tactiques auxquelles il a fait face dans le milieu de la construction dans la banlieue nord de Montréal et à Montréal pour tenter d’empêcher la libre concurrence ou de compliquer la vie à ceux qui ne veulent pas participer au système de collusion.
Il a notamment relaté le cas d’un contrat à Saint-Janvier de Mirabel pour lequel on lui avait d’abord demandé de « se tasser » pour laisser la place à une autre entreprise, ce qu’il avait refusé de faire.
Il s’était aussi fait dire que, si jamais il remportait cet appel d’offres, cet appel serait ensuite annulé pour ne pas qu’il puisse effectivement exécuter les travaux. L’appel d’offres a effectivement été annulé.
Le commissaire Renaud Lachance lui a demandé pourquoi Excavations Panthère n’avait pas de territoire attitré comme d’autres entreprises de construction dans la banlieue nord.
« Pour avoir un territoire, pour un entrepreneur, ça te prend une firme d’ingénieurs et ça te prend une ville. Si tu ne donnes pas de bonbons à une firme d’ingénieurs, il n’a pas d’intérêt à te localiser ou à te donner de l’ouvrage dans n’importe quelle ville. Il faut que tu embarques dans un système de collusion », lui a répondu M. Durocher.
Contre-interrogé par le procureur de l’Association de la construction, Me Daniel Rochefort, M. Durocher a soutenu qu’il y avait « beaucoup » d’entreprises victimes de la collusion comme la sienne.
« Quand je vous dis qu’une entreprise comme la mienne, on a été obligé de travailler à Val-d’Or parce qu’il y a un manque d’ouvrage [ici], ou à La Tuque, parce qu’on ne peut pas percer le marché [ici], il y a réellement un problème », s’est-il exclamé.
Il affirme qu’ailleurs au Québec, il n’a jamais vécu de tels problèmes. « Au contraire, quand j’arrivais sur un contrat de Val-d’Or, il y a un entrepreneur qui me demandait si j’avais besoin d’équipement, qui était prêt à me les fournir », a-t-il raconté.







