Jean-François Lisée monte au front
«S’il faut que je défende [André Lavallée] pendant un mois, je vais le défendre pendant un mois», affirme le ministre responsable de la Métropole
Annie Cloutier
Née à Limoilou en 1973.
Étudiante au doctorat en sociologie à l’Université McGill, Annie Cloutier est l’auteure de Ce qui s’endigue (2009), de La chute du mur (2010, Prix des abonnés des bibliothèques de Québec 2011) et d’Une belle famille (2012), trois romans sur les femmes dans l’Occident contemporain parus chez Triptyque. Ses thèmes de prédilection sont la construction de l’identité, la modernité avancée, la sexualité, l’engagement social, le féminisme et la sociologie du quotidien. Elle vit à Sillery avec son mari et leurs trois enfants.
Dernier ouvrage paru: Une belle famille, Triptyque, 2012
Il se joue, autour de la commission Charbonneau, des drames personnels et politiques qui soulèvent des questions éthiques. Mardi, par exemple, le ministre responsable de la Métropole, Jean-François Lisée, a jugé bon de défendre son secrétaire général adjoint et bras droit, André Lavallée, une façon de faire inhabituelle, semble-t-il.
La porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éthique et de déontologie, Lise Thériault, avait demandé, jeudi dernier, que soit examinée la probité d’André Lavallée, qui était présent au conseil municipal de Montréal au moment où ont été octroyés certains contrats dont on sait désormais qu’ils sont entachés. La CAQ a fait de même lundi.
M. Lisée, qui appuie inconditionnellement son secrétaire général adjoint, semble faire des allégations autour de M. Lavallée une question de principe et une occasion d’établir la base sur laquelle le gouvernement péquiste entend défendre l’intégrité de ses gens de confiance. « Je suis au combat pour l’intégrité et la défense des gens intègres. Et il n’est pas vrai que des chasses aux sorcières vont faire en sorte que l’administration publique québécoise va se passer de gens compétents et intègres qui ont été parmi les premiers à sonner l’alarme [dans le dossier des compteurs d’eau]. S’il faut que je défende [M. Lavallée] pendant un mois, je vais le défendre pendant un mois, parce qu’il ne faut pas succomber à ce genre de partisanerie crasse qui nuit au Québec. [Il faut] que les honnêtes gens puissent travailler pour le bien de Montréal. »
C’est de l’obfuscation, a par ailleurs déclaré le ministre, qui refuse de faire dans les « culpabilités par association rétroactive ».
S’il faut applaudir la démarche du ministre, son usage créatif d’un vocabulaire étranger et sa volonté de faire cesser les sacrifices de personnes honnêtes pour des raisons d’image et de communication publique, la situation laisse songeuse. Qui croire ? Interrogé sur les raisons qui ont pu faire en sorte que André Lavallée n’ait pas été mis au courant de l’existence d’un rapport datant de 2004 qui révélait notamment que Montréal payait ses travaux d’infrastructure de jusqu’à 40 % trop chers et sur l’identité des personnes qui ont eu intérêt à camoufler des informations lors de l’octroi de contrats lors des conseils municipaux, André Lavallée n’a pu que répondre qu’il ne savait pas.
Et le contrat avec la firme Macogep que M. Lavallée aurait contribué à ne pas faire renouveler ? « Certains m’ont imputé d’avoir participé à une décision visant à ne pas poursuivre un contrat avec une firme. […] Dans la mesure où je suis concerné, il n’y a jamais eu de décision pour mettre fin à son contrat. Son contrat est arrivé au bout des crédits qui étaient disponibles et la décision du comité exécutif a été de le renouveler contrat par contrat. C’est arrivé plusieurs fois par la suite. »
Ces types de réponse « à la Tremblay » ne satisfont tout simplement pas l’intelligence des citoyennes et des citoyens. Si Lavallée ne constitue qu’un bouc émissaire dans cette affaire et s’il est l’homme responsable qu’il désire faire valoir, comment expliquer qu’il n’ait pas senti la nécessité de scruter les explications des fonctionnaires à propos de certains dossiers ? « Mes filles m’ont appelé ce matin après avoir vu circuler des allégations sans aucun fondement depuis deux jours », a raconté M. Lavallée. Doit-on compatir ou, au contraire, se méfier de ce type d’évocation sentimentale qui constitue trop souvent un faux-fuyant de dernier recours ?
Un vérificateur à Laval
Le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, Sylvain Gaudreault, impose un vérificateur à la Ville de Laval pour la prochaine année. À un an des élections municipales de novembre 2013, le ministre désire que la population reprenne confiance envers les institutions et les élus. À François Legault, qui lui a demandé pourquoi la même procédure n’était pas appliquée à Montréal, le ministre a rappelé qu’un comité exécutif temporaire allait être nommé vendredi. Si cela devait s’avérer insuffisant, d’autres mesures n’étaient pas exclues. En point de presse, M. Gaudreault a aussi rappelé que contrairement à celui de Montréal, le conseil de ville de Laval n’a pas d’opposition.








