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    Claude Léger au Devoir - Montréal: l’ex-d.g. «horrifié» par la corruption

    12 novembre 2012 |Kathleen Lévesque | Québec
    Frank Zampino, Gérald Tremblay et Claude Léger lors de la nomination de ce dernier, en 2006, au poste de directeur général.
    Photo: Ville de Montréal Frank Zampino, Gérald Tremblay et Claude Léger lors de la nomination de ce dernier, en 2006, au poste de directeur général.
    «C’était mon rêve de devenir directeur général de la Ville de Montréal. Aujourd’hui, ça s’est transformé en cauchemar », affirme Claude Léger, qui a occupé cette fonction de 2006 à 2009.

    La commission Charbonneau reprend ses audiences publiques lundi en ayant encore dans sa mire la Ville de Montréal et ses relations douteuses avec certains entrepreneurs. En entrevue au Devoir, M. Léger se dit « horrifié » par tout ce qui y a été entendu jusqu’à maintenant. Le témoignage de ses anciens employés qui ont admis avoir empoché des pots-de-vin de centaines de milliers de dollars heurte ses valeurs. L’ancien directeur général affirme ne s’être jamais méfié du grenouillage interne et même s’être peut-être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.


    À cet égard, il partage le même étonnement que Gérald Tremblay, pour qui il dit avoir le plus grand respect. « On travaillait ensemble pour lutter contre ce que l’on voit maintenant. Je n’ai pas réussi à les attraper ; c’est mon drame personnel », déclare M. Léger. Il dit avoir toujours été conscient des risques de collusion et avoir mis en place des mesures pour lutter contre ça. « Mais ce à quoi je n’étais pas préparé, c’est la corruption interne », précise-t-il.


    Claude Léger est toutefois conscient que toutes les apparences sont contre lui. Avant de diriger la fonction publique montréalaise, de 2006 et 2009, Claude Léger avait déjà roulé sa bosse dans le monde municipal. Il est passé par Montréal-Est puis par la défunte Communauté urbaine de Montréal avant de devenir directeur général de Longueuil en 2001 afin de coordonner la fusion des huit municipalités de la Rive-Sud.


    C’est à cette époque que l’entreprise Catania, qui trône à Brossard, est en pleine ascension. Frank Catania est un ami de l’ancien parrain de la mafia Nicolo Rizzuto assassiné en 2010. Son fils Paolo, qui dirige aujourd’hui Construction F. Catania, entretient également des liens avec la mafia. Il partage même pendant un certain temps une compagnie illégale de prêt usuraire avec Elio Pagliarulo qui en a témoigné devant la commission Charbonneau.


    « J’ai vu Paolo Catania deux ou trois fois au maximum. Je le connaissais d’abord comme développeur immobilier. Je n’avais pas de lien étroit avec lui », a indiqué Claude Léger.


    L’UPAC à l’Université de Montréal


    Par la suite, en 2005, ce dernier est embauché comme vice-recteur aux finances de l’Université de Montréal (UdeM). L’institution avait acheté en 2003 un ancien couvent dont les estimations de coûts de rénovation se mettent à exploser. En coulisse, Catania se faufile pour mettre à terme la main sur l’immeuble (situé au 1420, boulevard Mont-Royal) et le transformer en condos de luxe.


    L’Unité permanente anticorruption (UPAC) s’intéresse maintenant à cette transaction. Les enquêteurs ont une copie de l’acte de vente entre les mains. Chose certaine, l’UdeM a vendu cet immeuble à perte et sans appel d’offres. La transaction est toutefois freinée à l’heure actuelle par des recours devant les tribunaux.


    « Je n’ai jamais eu d’agenda », soutient Claude Léger. « Sur la tête de mes enfants, il n’y a pas eu de manoeuvres politiques, rien dans quoi j’aurais pu être impliqué », ajoute-t-il.


    Moins de neuf mois après son arrivée, M. Léger repart dans le monde municipal ; il réalise son rêve en devenant directeur général de la Ville de Montréal. Lorsque Le Devoir l’invite à commenter le fait que son embauche a été recommandée par Catania, Claude Léger affirme n’en rien savoir. « C’est un chasseur de têtes qui m’a appelé », dit-il.


    Dans un extrait d’une conversation téléphonique dont a rendu compte La Presse en 2009, Rosaire Sauriol, de la firme de génie Dessau, et un lobbyiste connu par son pseudonyme de Monsieur 3 %, Bernard Trépanier, se réjouissent de l’arrivée de Claude Léger à la direction générale de Montréal. Ils en parlent en riant comme d’un « bon gars ». M. Trépanier explique que « le maire, il voit rien. Il voit rien venir ».


    Contrecoeur et compteurs d’eau


    C’est à cette époque que les dossiers des compteurs d’eau ainsi que celui du développement immobilier du Faubourg Contrecoeur progressent sans obstacles. M. Léger rappelle que la volonté de l’administration Tremblay-Zampino était alors de contrer l’immobilisme. « Le projet de déménagement du casino de Montréal dans le Sud-Ouest avait échoué et la Ville était critiquée. Le maire voulait de l’action », indique M. Léger.


    « Quand vous êtes directeur général, vous avez l’obligation de respecter les décisions du comité exécutif », ajoute-t-il en soulignant qu’il n’avait aucune raison de se méfier de Frank Zampino.


    Selon lui, c’est la fraude informatique mise au jour en 2008 qui enclenchera le changement. Un code d’éthique plus serré est imposé à l’ensemble des employés. L’ex-ingénieur de la Ville Gilles Surprenant a indiqué à la commission Charbonneau que ce sont ces nouvelles règles qui avaient ralenti l’élan des personnes corrompues comme lui.


    En septembre 2009, le rapport du vérificateur général de Montréal sur le contrat des compteurs d’eau démontre tout le laxisme de l’administration dans ce dossier. Claude Léger affirme ne pas avoir été congédié, mais plutôt avoir offert sa démission au maire Tremblay, « la seule conduite honorable à adopter ».


    C’est avec la voix étranglée qu’il relate l’événement. Il s’excuse pour sa « nervosité ». « Ça fait longtemps que je garde ça en dedans. Je voulais me libérer. Aucun fonctionnaire ne peut dire que je lui ai demandé de faire quelque chose de pas correct, de contraire à l’éthique. C’est pas seulement une question de légalité. L’éthique pour moi, c’est une valeur fondamentale », soutient-il.


    Claude Léger se défend bien de vouloir se déresponsabiliser. « Est-ce qu’on en a fait assez ? C’est facile de refaire l’histoire par à l’envers, mais la commission Charbonneau l’établira », croit-il.


    Aujourd’hui, Claude Léger travaille pour la firme de génie Macogep. Cette entreprise a été citée par Gilles Surprenant devant la commission Charbonneau pour avoir fait des estimations aussi élevées que celles qu’il gonflait lui-même pour favoriser des entrepreneurs.


    Là encore, M. Léger soutient que Macogep est intègre. « Il y a un cynisme ambiant qui fait qu’il est facile de sauter aux conclusions », laisse-t-il tomber.


    ***

    La commission Charbonneau est de retour


    Les travaux de la commission Charbonneau sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction reprennent lundi, à Montréal, après avoir fait relâche pendant une semaine. Les audiences s’étaient conclues le 1er novembre avec le témoignage de l’ingénieur retraité de la Ville de Montréal Luc Leclerc. M. Leclerc a soutenu devant la commission avoir participé à des stratagèmes de corruption ou de collusion liés à l’industrie de la construction du temps qu’il travaillait pour la Ville de Montréal. Le témoin a décrit la proximité entre les ingénieurs et surveillants de chantiers et les entrepreneurs qui leur offraient des cadeaux. Il a admis avoir touché 500 000 $ en argent comptant de la part des entrepreneurs, sans compter les voyages, tournois de golf, billets de hockey, bouteilles de vin, paniers de Noël et autres présents. L’interrogatoire en chef de Luc Leclerc est terminé. Son contre-interrogatoire commencera lundi. Comme le veulent les règles de procédure, l’identité des autres témoins qui seront entendus cette semaine n’a pas été dévoilée.


    La Presse canadienne

     
     
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