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    L’autre façon de compter

    10 novembre 2012 |Michel David | Québec
    Le ministre de la Culture, Maka Kotto, ne pouvait pas décemment parler de gras, déterrer une étude anesthésiante, promettre de s’en prendre uniquement aux structures ou encore aux frais administratifs. Sabrer les budgets de l’Aide au cinéma affectera nécessairement la production.

    « On ne pourra peut-être pas à court terme réaliser ce à quoi nous nous sommes engagés. Certains projets seront probablement différés », a-t-il reconnu mercredi dans une entrevue en marge de la semaine du Cinéma du Québec à Paris. Quand un ministre en est réduit à un tel aveu d’impuissance, c’est vraiment qu’il a épuisé tous les recours.


    Bien entendu, il a dénoncé la « mystification » dont l’ancien gouvernement s’est rendu coupable en laissant les finances publiques dans un état « lamentable », mais cela ne change rien à la dure réalité avec laquelle l’industrie du cinéma devra composer.


    Comme si cela pouvait consoler qui que ce soit, chaque ministère « contribuera d’une manière ou d’une autre » à l’effort budgétaire exigé, a-t-il assuré. Précisément, tout est dans la manière, surtout dans la manière de présenter les choses. M. Kotto et ses collègues devront être très imaginatifs pour retrancher 1,5 milliard à la hausse des dépenses prévues en 2013-2104 sans provoquer de hurlements.


    Pour un nouveau venu en politique, il faut reconnaître que le ministre de la Santé, Réjean Hébert, s’est très bien tiré d’affaire à l’Assemblée nationale, quand il a dû justifier des compressions de 50 millions dans les budgets consacrés à la chirurgie dans les hôpitaux, qui entraîneront inévitablement le nombre d’interventions, selon les médecins et les établissements de santé.


    Le gouvernement Charest payait deux fois plus pour les mêmes frais de soutien et d’administration, a-t-il lancé à son prédécesseur libéral, Yves Bolduc, qui ne l’a pas contredit. Quant à François Legault, allait-il lui reprocher de faire en sorte que le contribuable en ait pour son argent ?


    ***


    La manoeuvre la plus audacieuse est certainement celle du ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, qui a entrepris de régler le problème du sous-financement des universités en niant tout simplement son existence.


    Le chef de la CAQ est demeuré bouche bée de voir le gouvernement Marois remettre en question le seul point sur lequel la classe politique semblait unanime durant la crise étudiante du printemps dernier.


    On ne s’entendait pas sur le partage de la facture, mais les associations étudiantes étaient les seules à contester l’écart négatif de 620 millions avec les universités canadiennes qu’avait constaté une étude de la Conférence des recteurs (CREPUQ), basée sur les chiffres du ministère de l’Éducation (MEQ).


    Loin de nier la réalité du sous-financement, le PQ évoquait à l’époque la possibilité de fixer dans une loi-cadre la part que le gouvernement devrait verser aux universités, précisément pour éviter qu’il ne trouve un moyen de se désengager.


    Il est troublant de voir surgir une nouvelle étude du MEQ démontrant que les universités québécoises disposent en réalité de plus d’argent que leurs vis-à-vis canadiennes, précisément au moment où le gouvernement, qui s’est commis en faveur d’un gel des droits de scolarité, avec ou sans indexation, se retrouve dans un cul-de-sac budgétaire. La coïncidence est pour le moins heureuse.


    ***


    Les recteurs ont dénoncé « une manière de compter qui donne un reflet incomplet et faussé de la réalité ». En bon français, on appelle cela du tripotage. Le président de la CREPUQ, Daniel Zizian, a raison de dire que les fonds octroyés aux chercheurs ne peuvent être utilisés pour l’enseignement, mais il aura fort à faire pour convaincre le gouvernement des défauts d’une méthode qui donne d’aussi bons résultats. Tant qu’à faire de la politique autrement, pourquoi ne pas compter autrement ?


    La population risque de ne pas être très réceptive aux doléances des universités. Il est vrai qu’au printemps dernier, elle était généralement favorable à la hausse des droits de scolarité proposée par le gouvernement Charest, mais elle est généralement indifférente aux problèmes qui sont simplement hypothétiques.


    Un malheur n’arrivant jamais seul, voilà que l’UPAC a décidé d’enquêter sur la transaction qui permettrait au Groupe Catania de transformer en condos l’ancien couvent des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, ce qui pourrait faire perdre 10 millions à l’Université de Montréal, selon les calculs effectués par Le Devoir. Cela ne sera rien pour dissiper les doutes sur la saine gestion des universités.


    Convaincus que les dés sont pipés, les libéraux ne semblent pas très enclins à participer au Sommet, mais les universités auront bien besoin d’alliés.

     
     
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