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    Ils tombent comme des mouches

    9 novembre 2012 |Lise Payette | Québec

    Le président élu Barack Obama a réaffirmé que la démocratie, ce n’est pas seulement voter. Il faut selon lui assumer aussi les droits et les devoirs qui viennent avec le droit de vote pour les citoyens. C’est la même chose pour nous, Québécois, évidemment. On a eu à peine le temps de ressentir une petite satisfaction parce que l’un de nos politiciens vient de voir son monument s’effondrer qu’un autre sort la tête pour connaître exactement le même sort. Depuis le temps que les Québécois avaient le sentiment d’être complètement impuissants à changer les choses, le vent vient peut-être de tourner.


    Après des années de silence et d’indifférence, le peuple du Québec, qui avait accepté de prendre son mal en patience, se retrouve confronté à des révélations qu’il sentait bien possibles, mais qu’il refusait de voir en face. Une attitude qui ressemble assez à celle pratiquée par le maire Tremblay finalement… Voilà que, mis en face de réalités qui le défrisent, le peuple redécouvre le sens de l’engagement et se remet en marche. Il avait pris congé de la chose publique, refusant de se mêler des décisions à prendre, investissant ses efforts dans sa vie personnelle cherchant à se consoler de ses espoirs déçus et de ses multiples déceptions au cours des années. Vouliez-vous le réveiller, le peuple vous répondait qu’il n’y avait plus d’abonné au numéro que vous aviez composé.


    Il pliait l’échine devant les abus flagrants que lui infligeaient tous les pouvoirs en poste. Il était devenu pratiquement impossible de savoir ce qu’il pensait au fond de lui-même et encore moins comment il aurait voulu changer le monde. Il s’était enfoncé dans un profond silence qui permettait à tous ceux qui voulaient occuper l’espace public de prendre toute la place et d’abuser souvent du droit de parole qu’ils manipulaient dans l’intérêt de certaines minorités plutôt que dans l’intérêt de la majorité. Le peuple refusait de participer. Il était absent. Ceux qui pouvaient bénéficier de cette situation ne s’en sont pas privés. Faute d’être vraiment contestés et forcés de s’expliquer, ils en ont profité pour devenir des tyrans, des petits dictateurs, des indélogeables, des suffisants, des monarques.


    Il aura fallu un printemps érable pour que la sève retrouve le chemin de l’arbre. Les étudiants québécois ont été les premiers à sonner l’alarme pour réveiller le peuple qui refusait d’ouvrir les yeux. Et quand les tyrans et les monarques se sont unis pour taper sur nos enfants dans les rues, les ramasser sans ménagement pour les conduire en autobus remplis jusqu’au bord jusqu’au poste de police, quand on a autorisé les policiers à frapper, enfumer, mutiler nos enfants, notre sang n’a fait qu’un tour. Le peuple a choisi de rejoindre ses enfants dans la rue. C’était le commencement d’une révolution qui allait susciter un réveil collectif, accompagné de la détermination de reprendre le rôle d’une des forces les plus importantes de notre société : le peuple venait de se remettre debout. Ce n’est qu’en l’absence de cette force vive que représente le peuple debout que les abus peuvent avoir lieu et que les tyrans peuvent survivre.


    De temps en temps, dans cette mouvance puissante du peuple, il est bénéfique de jeter un coup d’oeil dans le rétroviseur ne serait-ce que pour faire le bilan de ce qui a été accompli.


    En une seule élection, le peuple a mis Jean Charest à la porte et renvoyé son parti dans l’opposition. La commission Charbonneau a commencé ses travaux et nous découvrons l’ampleur du désastre jour après jour. Les empires municipaux construits sur des sols mouvants vont s’écrouler les uns après les autres. L’espoir renaît doucement dans les chaumières du Québec, qui retrouve le goût de la propreté et qui souhaite un ménage en profondeur.


    Chaque jour, depuis le printemps, apporte son lot de nouvelles de ce que nous sommes devenus dans notre torpeur. Le réveil fait mal. Le maire Tremblay a démissionné admettant pour la première fois sa « totale responsabilité » de l’état dans lequel se retrouve la Ville de Montréal. Il affirme ne pas avoir vu ce qui se passait et même si c’est moins grave que d’avoir été partie prenante à la corruption, son rôle était de tout voir et de tout savoir.


    La chute du maire de Laval sera plus troublante encore. Celui que certains appelaient « le monarque » perdra sa couronne nord. Monsieur Vaillancourt devra rendre des comptes. Comme le maire de Mascouche, que les citoyens de sa ville ne souhaitent plus voir à l’Hôtel de Ville. La juge Charbonneau a l’air déterminée à voir le fond du panier. Suivront les partis politiques, les syndicats et la mafia qui, elle, semble s’être infiltrée partout.


    S’il est vrai qu’on a fermé les yeux pour ne rien voir, il faudra soutenir de toutes nos forces ceux qui ont la mission de faire le ménage correctement. Les yeux ouverts, le peuple est en marche. Enfin !

     
     
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