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    Libre opinion - Outrage au peuple!

    5 novembre 2012 |Richard Chevalier Weilbrenner - Sutton | Québec
    Cette fois, ça y est : on aura réussi à faire déborder le vase des iniquités. Gabriel Nadeau-Dubois a été considéré comme un criminel par la Cour supérieure du Québec. Et, à moins d’une décision en appel qui infirmerait le jugement du tribunal de première instance, Gabriel Nadeau-Dubois portera désormais au front la marque de la honte pour avoir « sciemment incité […] à contrevenir aux ordonnances de la Cour, dont celle rendue par le juge Jean-François Émond le 2 mai 2012, commettant par là un outrage au Tribunal ».

    On croit être en plein cauchemar, mais on est bien éveillé, et on a bien lu. Le tribunal, fondant sa décision sur des articles de loi et la jurisprudence, a donné raison à la poursuite. On peut se demander comment l’étudiant Jean-François Morasse a pris cette nouvelle. Il a obtenu gain de cause. A-t-il le coeur à la fête ? Éprouve-t-il une petite gêne ? Au fond, ça n’a pas tant d’importance : poser ce genre de questions, c’est un peu y répondre.


    En revanche, la question est de savoir si la décision du tribunal respecte notre système d’administration de la justice. La réponse est oui, si l’on ne retient que les arguments juridiques. Mais il faut répondre non, si elle est fondée sur le sentiment naturel de ce qui est juste et de ce qui est injuste, c’est-à-dire sur l’équité.


    Nous sommes en présence d’un cas où l’opposition entre « justice » et « judiciaire » est frappante. La première est soumise à l’équité et porte un jugement moral, la seconde est le pouvoir de distinguer le vrai du faux et porte un jugement de droit. Il est plus simple, pour un juge, d’appuyer sa décision sur la seconde. C’est d’ailleurs ce qu’on attend de lui : si la règle de droit est observée, on doit conclure que justice est rendue. Mais l’affaire qui nous occupe n’est pas aussi simple.


    Les propos tenus par le citoyen Nadeau-Dubois n’ont pas été prononcés dans l’abstrait, mais dans un climat de confrontation sans précédent entre un mouvement de protestation pacifique et un gouvernement dont la mauvaise foi était patente, qui fermait les yeux sur les excès des forces de l’ordre, qui avait grand soin de ne pas parler de la « grève » des étudiants, mais faisait un emploi obstiné du « boycottage » des cours (qu’on retrouve dans le jugement Émond, d’ailleurs, faisant du boycottage même quelque chose de louche) ; qui faisait l’amalgame entre les « casseurs » et l’ensemble du mouvement de contestation ; un gouvernement qui était sévèrement critiqué par une grande partie de la population, de la presse et des observateurs des phénomènes sociaux.


    Autant de circonstances atténuantes dont le juge Émond n’a pas voulu, ce qui lui aurait permis de nuancer sa décision ; il a plutôt choisi de s’en tenir à une application stricte du droit. Loin de moi, cependant, l’idée de prétendre faire la leçon à qui que ce soit.


    Mais je ne peux m’empêcher de penser que la justice n’a peut-être pas été aussi bien servie qu’on le voudrait. Ni de faire un rapprochement a contrario avec l’outrage au peuple dont s’est rendu responsable un Jean Charest qui, sous le couvert d’une défense de la démocratie, en a au contraire piétiné les principes fondamentaux. Qui a fait insulte à l’intelligence du peuple par ses contorsions des faits et ses affirmations saugrenues et… grotesques.


    Or qu’est-ce qui est le plus dangereux pour la société : contester les lois iniques, refuser de faire le jeu des manipulateurs professionnels, monter aux barricades s’il le faut ? Encore une fois, poser ces questions, c’est y répondre.


    L’outrage auquel se serait livré Gabriel Nadeau-Dubois n’est rien en comparaison de celui qu’a craché à la figure du peuple le « matricule 728 ». Ce ne sont pas que les « carrés rouges » qui ont essuyé cet outrage, mais la société entière, justement, qui a été outragée de cette chape de mépris qui s’est abattue sur elle depuis le bureau de Jean Charest, et la langue sale du matricule 728.

     
     
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