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Commission Charbonneau: un autre ingénieur admet avoir reçu 500 000 $ des entrepreneurs

31 octobre 2012 17h36 | La Presse canadienne | Québec
Le procureur du parti Union Montréal a tenté de miner la crédibilité de l'ex-organisateur politique du parti, Martin Dumont (notre photo), en ressortant des histoires de son passé.<br />
Photo : Jacques Nadeau -Le Devoir Le procureur du parti Union Montréal a tenté de miner la crédibilité de l'ex-organisateur politique du parti, Martin Dumont (notre photo), en ressortant des histoires de son passé.
Un second ingénieur retraité de la Ville de Montréal, Luc Leclerc, a admis mercredi à la Commission Charbonneau avoir accepté des pots-de-vin de la part d'entrepreneurs en construction, dont environ 500 000 $ comptant. Et il a soutenu qu'«à peu près tout le monde» à la Ville était au courant du système de collusion.

Et, comme d'autres témoins avant lui, il a indiqué que le stratagème de collusion et corruption «était beaucoup plus large que la ville de Montréalx et touchait notamment la couronne Nord et l'Ouest de l'île.

Désinvolte, il était même à l'aise d'énumérer ces cadeaux et cet argent reçus de la part d'entrepreneurs, jusqu'à un jambon, lui qui approuvait les travaux en «extras» aux contrats publics octroyés par la Ville.

Il a toutefois restitué une somme de 90 000 $ aux enquêteurs de la Commission Charbonneau, en demandant qu'elle soit remise à son ancien employeur, la Ville de Montréal.

Avec humour, il a lancé que les entrepreneurs avaient droit au «service du chef» même s'ils ne lui versaient pas de pot-de-vin. Il a trouvé moyen de blaguer à propos d'un gallon de vin maison reçu en cadeau, en lançant «lui, c'était un vrai pot-de-vin».

M. Leclerc a même prétendu qu'il n'était pas si facile que ça de dépenser des milliers de dollars en argent comptant.

De même, il a confirmé être allé jouer au golf en République dominicaine avec le parrain de la mafia, Vito Rizzuto, et son collègue ingénieur Gilles Surprenant. Là encore, il a dépeint la situation en riant, décrivant Vito Rizzuto comme «un excellent compagnon de voyage, un excellent golfeur et un gars qui a le sens de l'humour».

Les pots-de-vin reçus ont aussi pris d'autres formes que de l'argent comptant. Par exemple, pas moins de cinq entrepreneurs ont fait des travaux sur sa maison de l'époque, voisine de celle de l'entrepreneur Paolo Catania. Il s'agissait notamment de travaux de bordure, de paysagement ou de dalle de béton.

M. Leclerc a admis que c'est par simple goût du pouvoir et de l'argent qu'il a accepté ces pots-de-vin pendant des années. Il a avoué que lui et son épouse touchaient un revenu suffisant, mais qu'il avait rationnalisé le stratagème dans sa tête en se persuadant que les pots-de-vin étaient une façon d'être reconnu pour le bon travail réalisé.

Au départ, il recevait 15 pour cent de la «plus-value» qu'il apportait au contrat de l'entrepreneur, en convainquant la Ville de lui verser plus d'argent. Mais, lors d'un tournoi de golf avec des entrepreneurs, après quelques verres, il a entendu quelqu'un lancer le chiffre de 25 pour cent. Il a donc résolu de demander à l'avenir 25 pour cent de la «plus-value» qu'il apportait au contrat.

Du même souffle cependant, il a soutenu qu'il n'exigeait pas de l'argent de la part des entrepreneurs et qu'il prenait ce qu'ils voulaient bien lui donner.

Il a témoigné du fait qu'à peu près tout le monde était au courant du système de collusion à la Ville de Montréal. Il a même donné l'exemple d'un signaleur sur un chantier de construction qui savait à l'avance sur quel prochain chantier son employeur le dépêcherait, alors que le contrat n'avait officiellement pas encore été octroyé à un entrepreneur.

«Quand c'est rendu que les signaleurs sont au courant, d'après moi les commis à la Ville, les secrétaires, à peu près tout le monde ont entendu parler un jour ou l'autre de ça», a conclu M. Leclerc.

Commission Charbonneau: l'avocat d'Union Montréal attaque le passé du témoin

Par ailleurs, le procureur d'Union Montréal, Me Michel Dorval, a tenté de miner la crédibilité de l'ex-organisateur politique du parti, Martin Dumont, en ressortant des histoires de son passé, mercredi, devant la Commission Charbonneau.

Il a notamment évoqué un vol à l'étalage que le témoin avait commis dans le supermarché où il travaillait, en 1999, et a laissé entendre qu'il aurait visionné des sites Internet pour adultes lorsqu'il travaillait au cabinet du maire, de 2001 à 2004.

Ses attaques portant sur le passé du témoin sont devenues si personnelles que tant la juge France Charbonneau que le procureur de la commission, Me Denis Gallant, se sont élevés contre les questions de l'avocat, lui demandant s'il avait des preuves de ce qu'il laissait entendre ou s'il ne faisait que «salir» des gens.

Le témoin a admis avoir plaidé coupable pour un vol à l'étalage, alors qu'il était commis aux fruits dans un supermarché en 1999, dans un «contexte psychologique» sur lequel il n'a pas voulu élaborer. Il a obtenu une absolution inconditionnelle pour cet acte.

Il a aussi soutenu que la Gendarmerie royale du Canada lui avait quand même accordé une cote de sécurité secrète, après avoir enquêté sur lui afin qu'il obtienne un poste dans un ministère fédéral à Ottawa, des années plus tard.

L'avocat d'Union Montréal a même laissé entendre, dans une question, que le témoin avait déjà dit qu'il volait de la nourriture pour l'amener au comité de Jacques Duchesneau, le candidat à la mairie de Nouveau Montréal en 1998. M. Dumont, âgé de 24 ans à l'époque, était alors candidat pour ce parti et travaillait à temps partiel au salaire minimum.

Le témoin a indiqué à l'avocat qu'il s'était trompé, qu'il ne pouvait avoir justifié ainsi son vol, puisque la campagne à la mairie a eu lieu en 1998 alors que son arrestation pour vol à l'étalage a eu lieu en novembre 1999.

C'est ce témoin qui a affirmé, mardi, que le maire Gérald Tremblay était présent, en une occasion, lorsqu'il a été question du financement truqué d'une élection complémentaire, dans Saint-Laurent. Il avait toutefois soutenu que dès que l'agent officiel d'Union Montréal avait sorti une feuille illustrant deux colonnes de comptabilité officielle et officieuse, le maire avait quitté en disant qu'il n'avait pas à savoir ça.

Le même témoin a aussi soutenu avoir vu des enveloppes d'argent comptant circuler au sein du parti, notamment dans le bureau du directeur du financement du parti, Bernard Trépanier.

Pour ce qui est du visionnement de sites pornographiques, alors qu'il travaillait comme conseiller au cabinet du maire, de 2001 à 2004, il n'a pas nié l'avoir fait. Mais l'avocat a laissé entendre par ses questions qu'il l'avait fait durant de nombreuses heures et que c'est pour cette raison qu'il avait quitté le cabinet du maire et s'était retrouvé ensuite organisateur au parti Union Montréal.

Là encore, la présidente de la commission, France Charbonneau, s'est portée à la défense du témoin, demandant à l'avocat du parti politique s'il lançait l'allégation durant d'«innombrables heures» à l'aveuglette ou s'il avait des preuves de ce qu'il laissait entendre. L'avocat a soutenu que c'est ce qui lui avait été rapporté par une personne qu'il n'a pas identifiée.

M. Dumont a répliqué qu'il avait même offert sa démission, après avoir été identifié par le service informatique dans cette histoire de visionnement de sites pour adultes, mais qu'elle avait été refusée.

Avant ces questions portant sur le passé du témoin, l'avocat du parti du maire Gérald Tremblay avait tenté de le coincer sur plusieurs détails, comme des dates et des chiffres.

Il avait réussi à lui faire admettre qu'il s'était trompé sur le nom de la personne morale à laquelle des chèques étaient destinés, soit au «Comité pour Montréal» plutôt qu'à l'Union des citoyens de l'île de Montréal, comme il avait dit préalablement.

Il s'agit des chèques donnés au comité du Non, dans le cadre des référendums sur les défusions municipales. Ces chèques avaient été remis lors d'un petit-déjeuner au club Saint-Denis auquel le maire Tremblay prenait la parole. Il importe de noter que l'Union des citoyens de l'île de Montréal appuyait le Comité pour Montréal, c'est-à-dire le comité du Non aux défusions municipales.

Le témoignage de M. Dumont a pris fin mercredi après-midi.
 
 
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