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    Commission Charbonneau: le maire Tremblay était au courant du financement occulte, soutient un témoin

    30 octobre 2012 16h26 |Kathleen Lévesque, La Presse canadienne | Québec
    Invité mardi matin à commenter le témoignage incriminant de Martin Dumont, alors qu’il présentait le budget 2013 de la Ville de Montréal, le maire Tremblay a tout nié. «C’est totalement faux», s’est-il borné à dire. <br />
    Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir Invité mardi matin à commenter le témoignage incriminant de Martin Dumont, alors qu’il présentait le budget 2013 de la Ville de Montréal, le maire Tremblay a tout nié. «C’est totalement faux», s’est-il borné à dire.
    Le maire Gérald Tremblay était au courant du financement occulte de son parti Union Montréal selon le témoignage de l’ex-organisateur Martin Dumont devant la commission Charbonneau. Selon M. Dumont, Gérald Tremblay avait conscience de la grande circulation d’argent comptant ainsi que de la double comptabilité qui existait sous la direction de l’agent officiel, le comptable Marc Deschamps.

    Et le même organisateur politique a retenu ses larmes quand il a relaté un incident survenu dans l'arrondissement de Pointe-aux-Trembles–Rivière-des-Prairies, en 2007. Il avait alors reçu des menaces de la part de l'entrepreneur en construction Niccolo Milioto, de Mivela Construction, qui lui a laissé entendre que s'il posait trop de questions sur ses contrats, il risquait de se retrouver dans la fondation de ses trottoirs.

    M. Dumont, alors directeur de cabinet à la mairie d'arrondissement, s'était étonné de la hausse soudaine du prix d'un contrat de trottoirs accordé à Mivela Construction et avait demandé des justifications au service de génie de l'arrondissement. Mais c'est l'entrepreneur en construction lui-même qui s'est présenté à la mairie d'arrondissement pour lui proférer ces menaces. «Il ne faudrait pas que tu te retrouves dans mes fondations de trottoir», lui a-t-il lancé.

    Le témoin, ébranlé, a quitté le bureau cette journée-là. Et comme il était encore bouleversé mardi de raconter les menaces qu'il avait reçues, la commission a pris une pause.

    Budget maximal

    Plus tôt dans la journée, M. Dumont a relaté que lorsqu'il travaillait encore pour le parti Union Montréal, avant l'incident avec l'entrepreneur, il avait organisé une élection complémentaire. Il s'inquiétait alors de dépasser le budget maximal de 46 000 $, constatant des irrégularités, comme des téléphonistes qui se rapportaient au responsable du financement du parti, Bernard Trépanier, plutôt qu'à lui, ainsi que passablement de va-et-vient.

    «Je voyais qu'il y avait beaucoup de dépenses qui se faisaient. On ne me mettait pas au courant. On me disait "Martin, ça, ce n'est pas ta responsabilité". J'ai dit "okay, mais arrangez-vous pour que ce soit correct".»

    Il y a donc eu réunion en présence de l'agent officiel du parti, Marc Deschamps, ainsi que du maire de Montréal et chef du parti, Gérald Tremblay.

    «Je veux savoir ce qui se passe. Est-ce qu'on est dans le trouble, est-ce qu'on risque de dépasser le budget électoral? À ce moment-là, l'agent officiel m'a sorti un document imprimé», une feuille avec deux colonnes. «"Il m'a dit "Martin, c'est pour ça qu'on a un budget officiel et un budget officieux de campagne"», a-t-il relaté.

    Le budget officiel respectait le plafond et atteignait 43 000 $, à deux semaines du scrutin, mais le budget réel ou officieux atteignait déjà 90 000 $, soit presque le double du plafond permis.

    «Quand Marc Deschamps a sorti la feuille pour dire "c'est pour ça qu'on a un budget officiel et qu'on a un budget officieux", c'est à ce moment-là que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est levé et a dit "je n'ai pas à savoir ça"», a rapporté M. Dumont.

    Ultimement, cette élection partielle aura coûté 110 000 $ à Union Montréal, selon ce que Bernard Trépanier a avoué à M. Dumont, alors que le plafond permis était de 46 000 $.

    Ironiquement, cette élection complémentaire de décembre 2004 visait à remplacer deux conseillers reconnus coupables d'avoir reçu des pots-de-vin.

    Viens «pisser»

    Martin Dumont a également raconté à la commission comment l’argent coulait à flots à Union Montréal. Entre 2004 et 2006, alors qu’il était organisateur, M. Dumont a affirmé avoir participé à une quarantaine d’activités de financement.

    Lors de l’une d’elles, en novembre 2004, M. Dumont a relaté une conversation qu’il a eue avec l’entrepreneur Nicolo Milioto. Ce dernier intercepte M. Dumont au cours de la soirée qui se déroulait dans l’est de Montréal. «Viens Martin, on va aller pisser», lui dit alors M. Milioto. Une fois devant les urinoirs, M. Milioto a donné une enveloppe à M. Dumont qui contenait 10 000 $ comptant.

    Après cet épisode, M. Dumont a été sollicité par d’autres entrepreneurs pour se rendre aux toilettes, ce qu’il soutient avoir refusé. À chaque fois, il a redirigé les personnes vers le responsable du financement, Bernard Trépanier.

    En fin de soirée, le maire Gérald Tremblay a invité les organisateurs de l’événement à se joindre à lui pour une photo de groupe. M. Trépanier qui était assis à côté de Martin Dumont aurait dit à ce dernier qu’il ne pouvait pas y aller. Pourquoi?, lui aurait demandé M. Dumont. Le veston de M. Trépanier ne pouvait plus fermer parce qu’il était trop plein d’enveloppes d’argent amassées au cours de la soirée.

    C’est au cours de cette même période que M. Trépanier aurait demandé un service à Martin Dumont par téléphone. Il aurait demandé à l’organisateur d’aller chercher «50 000 documents à Laval». En fait, Bernard Trépanier voulait que M. Dumont aille au restaurant l’Onyx pour récupérer 50 000 $ que lui donnerait l’entrepreneur Tony Accurso.

    Finalement, c’est M. Trépanier qui y est allé.

    «Qui m'aurait cru?»

    La présidente de la Commission, France Charbonneau, le commissaire Renaud Lachance et le procureur de la Commission, Denis Gallant, lui ont tous demandé pourquoi il n'avait pas parlé au maire Tremblay de toutes ces irrégularités, puisque le maire lui avait déjà dit que son bureau était toujours ouvert pour lui, lorsqu'il a travaillé dans son cabinet de 2001 à 2004.

    «Qui m'aurait cru?» s'est exclamé M. Dumont.

    M. Dumont a également cité le nom de 11 représentants de firmes de génie qui se sont rendus dans le bureau du responsable du financement du parti, la porte fermée, les stores fermés, pendant moins de 15 minutes.

    «C'est sûr que j'avais mes doutes» sur la teneur de ces échanges avec des représentants des firmes de génie-conseil, a-t-il admis à la juge Charbonneau, «mais au-delà de mes doutes...»

    Tremblay nie

    En conférence de presse pour présenter le budget de la Ville, le maire Tremblay a nié les affirmations de M. Dumont. «Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est totalement faux», a-t-il lancé, avant d'ajouter qu'il ne voulait plus répondre à ce genre de questions.

    «Je vous demanderais de respecter mon processus de maire de Montréal. Je suis en train de travailler pour la Ville de Montréal», a-t-il conclu, en dressant la liste de ses activités de la semaine.
     
     
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