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    Intégration des immigrants - La bibliothèque pour rompre l’isolement

    27 octobre 2012 |Isabelle Porter | Québec
    Les bibliothèques sont de plus en plus fréquentées par les familles immigrantes.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les bibliothèques sont de plus en plus fréquentées par les familles immigrantes.
    Outre le déclin du français à Montréal, les données du recensement a révélé cette semaine que les allophones étaient de plus en plus présents en banlieue. Mais comment intégrer les familles immigrantes dans un milieu aussi propice à l’isolement ? La solution passe notamment par les bibliothèques.

    Selon la chercheuse Annick Germain de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), les bibliothèques jouent un rôle « central » dont on ne mesure pas assez l’importance. « Dans l’enquête qu’on fait en ce moment, c’est clair que les bibliothèques sont de plus en plus fréquentées par les familles immigrantes, explique la directrice du centre de recherche Immigration et métropoles. À Toronto et à Vancouver, ils ont compris que les bibliothèques sont des institutions tout à fait importantes du point de vue de l’intégration, y compris linguistique. »


    L’équipe de Mme Germain mène des recherches sur les lieux de « cohabitation interethnique ». Ces lieux étant plus rares en banlieue, elle s’est concentrée sur les parcs et les bibliothèques.


    Or les bibliothèques n’ont pas encore « adapté leur offre » aux immigrants. « Dans les quartiers comme Chomedey [à Laval], où il y a de l’immigration depuis très longtemps, ils savent quoi faire. Mais dans les banlieues qui sont en train de se diversifier rapidement, comme Vimont, c’est autre chose. »


    Ce n’est pas tant de livres qu’on manque mais d’activités, ajoute-t-elle. « Il ne faut pas oublier que les immigrants qu’on a sont très scolarisés et demandeurs d’activités pour leurs enfants. Ce sont de grands consommateurs de services. » Comme quoi ? « Les activités pour les enfants et les familles ont un succès fou », dit-elle en mentionnant les activités consacrées aux contes.

     

    La juridiction municipale


    Michèle Vatz-Laaroussi étudie l’immigration dans les zones à faible densité d’immigrants à l’Université de Sherbrooke. Elle trouve cette piste très intéressante. « À Sherbrooke, la bibliothèque municipale joue un rôle important dans l’intégration et la francisation des nouveaux immigrants, dit-elle. C’est important d’avoir des espaces de rencontre dans les banlieues qui attirent les gens. »


    Le hic, c’est que les bibliothèques relèvent des villes et l’intégration des immigrants, du ministère de l’Immigration, note Stephan Reichhold, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes. « Toute la stratégie d’immigration est éparpillée », déplore-t-il en soulignant que le ministère de l’Éducation et Emploi-Québec comptent aussi.


    M. Reichhold souligne par ailleurs que les banlieues sont des « déserts » en matière de services aux immigrants et que dans la région de Montréal la plupart font la navette vers l’île pour en recevoir. « À ma connaissance, il y a deux organismes sur le territoire de Laval contre une quarantaine à Montréal. »


    Il pense qu’on devrait renouer avec le programme de jumelage entre familles, qui a été abandonné il y a une dizaine d’années. « Ce que les familles déplorent le plus, c’est l’isolement, dit-il. Il y a très peu de choses qui se font en rapprochement interculturel alors que, dans le reste du Canada, on a investi massivement là-dedans et ça donne des résultats au niveau linguistique autant que pour la connaissance de l’autre. »

     

    Et pendant ce temps, sur l’île…


    À Laval, entre 2001 et 2011, la population dont la langue maternelle est le français est passée de 74,2 % à 62,2 %, selon le dernier recensement. Pendant ce temps, les langues maternelles autres que l’anglais sont passées de 19 à 29,8 %.


    Malgré tout, l’étalement urbain de l’immigration se fait plus lentement au Québec qu’ailleurs au Canada. « Le Québec est tout à fait exceptionnel à cet égard, note Annick Germain. En Ontario ou en Colombie-Britannique, les immigrants s’installent autant sinon plus dans les banlieues qu’en ville, alors qu’ici c’est l’inverse. La majorité s’installent encore sur l’île de Montréal. »


    Ainsi, ce n’est pas tant le déplacement des allophones vers les banlieues qui préoccupe que celui des familles dont la langue maternelle est le français.


    Sur l’île, la proportion de gens dont la langue maternelle est le français est passée à 48,5 %. Une situation de déséquilibre pour le ministre responsable de Montréal, Jean-François Lisée. « Moins il y a de francophones dans l’île, moins les francophones peuvent intégrer les autres », disait-il cette semaine.


    D’où cette idée d’intervenir sur l’offre en logements pour freiner l’exode des familles francophones vers la banlieue. Une démarche que le professeur Daniel Gill de l’Université de Montréal qualifiait d’inutile encore tout récemment. « Je le dis souvent aux gens de la Ville de Montréal : ‘N’essayez pas de garder les familles à Montréal, ça ne fonctionne pas !’», disait-il dans un reportage sur la densification il y a deux semaines.


    Annick Germain est plus nuancée. « Je suis un peu moins pessimiste que Daniel Gill », dit-elle. Le problème, selon elle, c’est que « les grands logements locatifs ne sont pas rentables pour les constructeurs privés. Il faut intervenir en amont sur la construction de logements ».


    Elle est toutefois moins convaincue par l’idée de franciser les garderies. « On a déjà assez de problèmes à mettre sur pied les services de garderie ! » M. Reichhold renchérit en avançant que la plupart des immigrants ne trouvent pas de place de toute façon.


    Tout en reconnaissant les efforts réalisés ces dernières années, les deux insistent sur les efforts à déployer dans le monde du travail. Encore trop d’immigrants qui parlent très bien français ne se trouvent pas d’emploi, rappelle M. Reichhold. Autre souci : les travailleurs temporaires, note Mme Germain. « À mon avis, c’est le problème principal auquel on va faire face. On admet presque autant de travailleurs temporaires que d’immigrants sélectionnés, mais pour ce qui est des exigences en matière de langue, c’est un peu comme si on s’en remettait aux employeurs. »


    D’autres trouvent que les cours de francisation pour adultes sont insuffisants. « Ce n’est pas sérieux, affirme le spécialiste des questions linguistiques Michel Paillé. On reçoit 1000 immigrants par semaine et il y a des sessions de cours qui débutent quatre fois par an. En attendant que les cours débutent, s’ils trouvent un emploi en anglais, c’est fini pour eux. Il faudrait mettre sur pied chaque semaine de nouvelles classes. »


    Dire que le PQ est sensible à l’enjeu linguistique est un euphémisme. Mais que priorisera-t-il ? On parle de freiner les écoles passerelles, de soumettre les petites entreprises à la Charte de la langue française, de faire baisser le seuil d’immigration à moins de 50 000 nouveaux arrivants par année…


    La ministre responsable de la Charte, Diane De Courcy, a promis « une réforme costaude ». Mercredi prochain, la première ministre en décrira l’essence dans son discours inaugural à l’Assemblée nationale.


    Comment l’opposition réagira-t-elle ? Pour l’heure, les libéraux se montrent prudents. « On verra avec le discours inaugural, a expliqué le porte-parole en matière de langue, Marc Tanguay. Il faut trouver un équilibre entre l’épanouissement du français et le respect des libertés individuelles. Ça requerra une vigilance de tous les instants. »

     
     
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