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«La capacité de s’indigner»

26 octobre 2012 23h34 | Claude Lévesque, fils de René Lévesque et journaliste au Devoir | Québec
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
C’était le début des années soixante. Cet été-là, nous avons passé quelques semaines de vacances en Virginie. Notre père nous a montré quelques écriteaux ségrégationnistes comme il en existait encore, à cette époque-là, devant les restaurants et aux abords des plages. Il n’avait même pas eu besoin de faire appel à ses indéniables talents de pédagogue, les faits parlaient d’eux-mêmes.

Quelques années plus tard, je me souviens de l’avoir vu fulminer devant le spectacle télévisé de la police qui matraquait la foule des pacifistes lors de la convention du Parti démocrate à Chicago.

Les deux exemples sont américains. Notre père aimait les États-Unis avec leurs qualités et leurs défauts. De par son métier de journaliste, il s’intéressait aussi à tous les points chauds de la planète. Il avait conscience que les Québécois étaient des citoyens à part entière de cette même planète.

Il avait le courage de ses convictions et la capacité de s’indigner. Il n’hésitait pas à passer à l’action, même si, comme ce fut le cas lors de la grève des réalisateurs de Radio-Canada, son geste lui a valu un bref séjour au poste de police. Aurait-il porté le carré rouge le printemps dernier ? C’est bien possible puisque les libéraux de sa génération croyaient fermement à l’accessibilité aux études supérieures.

Son franc-parler, qui pouvait aller très loin, lui a valu l’admiration de millions de personnes ici et ailleurs, et ce, même chez ceux et celles qui ne partageaient pas ses opinions. Bien entendu, il avait aussi ses détracteurs, dont certains ne se sont pas gênés pour lancer les calomnies les plus viles et les plus démagogiques. Je ne dirais pas que je n’ai jamais été blessé par ces attaques, mais il était assez facile de réaliser que c’était le fait d’un bien petit nombre de personnes, et que notre père était du bon côté de l’Histoire.

C’était une époque de grands bouleversements, ici et ailleurs. Le Québec était sorti de sa torpeur. C’est probablement cette conviction intime d’œuvrer pour le progrès qui le motivait à poursuivre son travail malgré toutes les embûches. Il faut dire aussi que, dans les années soixante et même dans les années soixante-dix, la classe politique n’était pas aussi méprisée qu’aujourd’hui.

Claude Lévesque, fils de René Lévesque et journaliste au
Devoir
 
 
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