«C’est sa différence qui a construit son mythe»
Le 1er novembre chaque année, je pense à lui. Quand il est mort, nous étions encore très proches. Je travaillais sur la préparation d’émissions de télévision. J’ai donc un souvenir très personnel de l’événement.
Aujourd’hui, René Lévesque reste présent dans la mémoire, l’imaginaire et le patrimoine collectif, au-delà de ce que j’aurais pu imaginer au moment de sa mort. J’ai vécu la fin de sa vie de premier ministre, la désaffection des gens envers lui dans son deuxième mandat, et, bien sûr, j’ai été étonnée d’assister à ce retour de la flamme et de voir l’importance que le personnage a prise dans la vie du Québec.
Je ne suis pas quelqu’un qui sanctifie les gens. René Lévesque n’était d’ailleurs pas un saint. Je comprends qu’un bassin d’inconditionnels ait fait de lui une icône, mais, pour moi, l’homme avait une stature particulière, simplement parce qu’il était différent. C’est sa différence qui a construit son mythe.
René Lévesque, c’est plus que la question nationale et référendaire. Il a surtout incarné une autre façon de faire de la politique, en représentant une certaine manière d’être en politique, qui l’a rendu un peu inclassable et, du coup, difficilement égalable.
Lévesque n’avait pas la langue de bois, il n’était pas domesticable, pas sensible non plus à la dimension superficielle de la politique. Il disait les choses franchement, se méfiait des groupes de pression, était proche des citoyens, et tout ça est encore aujourd’hui très remarquable.
Ce sont cette intégrité et ce respect pour la fonction politique qui lui ont attiré le respect de beaucoup de monde, y compris ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui. Aujourd’hui, il se désolerait sans doute de la dévalorisation de la fonction politique qui s’est produite dans les 20 dernières années.
Sur le plan personnel, René Lévesque n’était pas toujours facile. Il était même effrayant, distant avec ses collaborateurs, capable d’être insolent, brutal dans sa façon de juger, porteur d’une ironie mordante. Il était très exigeant et il fallait être capable de vivre avec tout ça. Paradoxalement, il était capable de se rapprocher des citoyens, de créer avec eux des moments d’attention, d’écoute et de chaleur, qu’il n’arrivait pas à reproduire avec la plupart de ses collègues de travail.
Le mythe a fait disparaître son côté bourru, son côté sauvage, comme c’est souvent le cas, d’ailleurs, dans ce genre de construction. Malgré tout, je garde de lui le souvenir de quelqu’un qui m’a communiqué son respect pour une fonction fondamentale dans une société. J’ai eu le privilège de côtoyer quelqu’un qui m’a fait vivre la politique avec un grand « P », une politique dont on ne peut aujourd’hui que souhaiter un retour.
Martine Tremblay, ex-directrice de cabinet de René Lévesque
Propos recueillis par Fabien Deglise
Aujourd’hui, René Lévesque reste présent dans la mémoire, l’imaginaire et le patrimoine collectif, au-delà de ce que j’aurais pu imaginer au moment de sa mort. J’ai vécu la fin de sa vie de premier ministre, la désaffection des gens envers lui dans son deuxième mandat, et, bien sûr, j’ai été étonnée d’assister à ce retour de la flamme et de voir l’importance que le personnage a prise dans la vie du Québec.
Je ne suis pas quelqu’un qui sanctifie les gens. René Lévesque n’était d’ailleurs pas un saint. Je comprends qu’un bassin d’inconditionnels ait fait de lui une icône, mais, pour moi, l’homme avait une stature particulière, simplement parce qu’il était différent. C’est sa différence qui a construit son mythe.
René Lévesque, c’est plus que la question nationale et référendaire. Il a surtout incarné une autre façon de faire de la politique, en représentant une certaine manière d’être en politique, qui l’a rendu un peu inclassable et, du coup, difficilement égalable.
Lévesque n’avait pas la langue de bois, il n’était pas domesticable, pas sensible non plus à la dimension superficielle de la politique. Il disait les choses franchement, se méfiait des groupes de pression, était proche des citoyens, et tout ça est encore aujourd’hui très remarquable.
Ce sont cette intégrité et ce respect pour la fonction politique qui lui ont attiré le respect de beaucoup de monde, y compris ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui. Aujourd’hui, il se désolerait sans doute de la dévalorisation de la fonction politique qui s’est produite dans les 20 dernières années.
Sur le plan personnel, René Lévesque n’était pas toujours facile. Il était même effrayant, distant avec ses collaborateurs, capable d’être insolent, brutal dans sa façon de juger, porteur d’une ironie mordante. Il était très exigeant et il fallait être capable de vivre avec tout ça. Paradoxalement, il était capable de se rapprocher des citoyens, de créer avec eux des moments d’attention, d’écoute et de chaleur, qu’il n’arrivait pas à reproduire avec la plupart de ses collègues de travail.
Le mythe a fait disparaître son côté bourru, son côté sauvage, comme c’est souvent le cas, d’ailleurs, dans ce genre de construction. Malgré tout, je garde de lui le souvenir de quelqu’un qui m’a communiqué son respect pour une fonction fondamentale dans une société. J’ai eu le privilège de côtoyer quelqu’un qui m’a fait vivre la politique avec un grand « P », une politique dont on ne peut aujourd’hui que souhaiter un retour.
Martine Tremblay, ex-directrice de cabinet de René Lévesque
Propos recueillis par Fabien Deglise








