«Il marchait dans les hauteurs»
René Lévesque, on lui pardonnait tout. Il nous impressionnait tellement. Pourquoi ? Je ne sais pas. […]. Il était plus ou moins à l’aise pourtant. Avait l’air gêné. Mais en même temps, il était tellement naturel. Voilà. Je pense que c’était l’authenticité surtout qui frappait […] Je n’ai jamais été un intime. Mais je voyais que c’était un homme exceptionnel. La carrière de journaliste qu’il a faite ! Le soin qu’il mettait à faire ses reportages de la Deuxième Guerre mondiale. Ses émissions Point de mire. Et puis après, en politique, la nationalisation. Que de grands dossiers ! […] Il marchait dans les hauteurs, Lévesque. Son intégrité. Son désintéressement total, jusque dans son habillement. […]
Monsieur Lévesque appartenait à une autre génération. La politique, pour lui […] ça se passait à un niveau plus élevé. Les attaques personnelles, ce n’était pas lui. […] Il était capable d’être dur, mais pas en bas de la ceinture. C’était un homme qui avait une haute idée du rôle politique, et du rôle ministériel, et de sa fonction. […]
Le jour de la mort [de Lévesque], j’étais à Paris […] J’ai reçu plusieurs coups de téléphone, dont l’un de Pierre Marc Johnson [qui était chef du Parti québécois à cette époque]. Nous sommes allés manger ensemble. Moi, je lui avais dit : « J’y vais, j’y vais, aux funérailles ! » […] Arrivé à Québec, je me dirige au salon rouge [où le corps de M. Lévesque était en chapelle ardente]. Là, Robert Bourassa m’a pris à part et m’a dit : « Les Québécois l’aimaient. […] Plus que moi ! » Je m’en souviendrai toujours.
Lucien Bouchard, ancien premier ministre du Québec
Propos recueillis par Antoine Robitaille








