«J’avais l’alcool réclamé»
Je l’ai aussi côtoyé comme voisin aux Cours Le Royer, dans le Vieux-Montréal, entre 1978 et 1981. Nous étions douze copropriétaires et il m’a expliqué qu’il avait choisi de vivre dans le quartier historique pour contribuer à le revitaliser.
C’était un homme d’une authenticité désarmante. Il n’y avait aucune différence entre le premier ministre et le voisin de palier. C’était d’ailleurs la même chose pour sa femme, Corinne Côté. Elle aussi était d’une grande simplicité.
Un vendredi soir, je me souviens, Corinne a frappé à ma porte pour m’emprunter du gin et du vermouth. Le couple recevait, je crois que c’était Yves Michaud qui venait jouer aux cartes. J’avais l’alcool réclamé. La semaine suivante, M. Lévesque lui-même est venu me rendre des bouteilles pleines, mais de marques différentes.
Très subtilement, il m’a fait comprendre qu’il préférait celles-là et que, comme on était voisins, valait mieux que je conserve en réserve ce que lui préférait, au cas où il aurait encore besoin de m’en emprunter. Tout ça avec une gentillesse, une finesse, un humour et en même temps une certaine autorité dans le ton. Du genre : « Hé, Gougeon, c’est ça que je veux la prochaine fois… »
Gilles Gougeon, journaliste, Radio-Canada
Propos recueillis par Stéphane Baillargeon








