«Il était comme une boule électrique»
Sa curiosité m’a toujours fascinée. Il était curieux de tout, intéressé par tout. C’était un homme cultivé, mais pas de cette culture dite classique, une culture générale sans étalage, sans hauteur.
Il s’intéressait beaucoup aux gens. Quand on arrivait dans une ville, on arrêtait toujours au premier dépanneur pour acheter les journaux locaux. Il écoutait les gens qu’on croisait, posait beaucoup de questions, et puis, l’heure venue pour son propre discours, il quittait souvent la table en disant : « Veuillez m’oublier pendant deux minutes. » Après, quand il prenait la parole, il réussissait toujours à rapporter l’anecdote du jour, confiée par un citoyen rencontré plus tôt. […]
Il faisait confiance aux gens, et c’est dans cette confiance que se retrouvait son sens le plus aiguisé de la démocratie. Il disait : « Peut-être que tout le monde n’est pas égal, mais il faut donner des chances égales à tout le monde. » […]
En général, j’avais beaucoup de plaisir à travailler avec lui. Mais il avait ses moments. Ses moments d’intensité, disons. Ces fois-là, j’en étais venue à le sentir, il ne fallait pas lui parler. Il était comme une boule électrique. On traversait de son bureau à l’Assemblée nationale, et il avait une mine assombrie, il ne disait rien, il réfléchissait. Il était renfermé. Ce n’était pas l’homme à piquer des colères, ça, jamais. Mais il pouvait dégager une tension très vive, qui rejaillissait sur tout le monde.
Gratia O’Leary, attachée de presse de René Lévesque








