Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?

    Autrement, c’est embêtant

    25 octobre 2012 |Michel David | Québec
    L’an dernier à pareille date, Bernard Drainville répétait à qui voulait l’entendre qu’il était urgent de rétablir le lien de confiance avec la population, mis à mal par trop de promesses non tenues, et d’apprendre à faire de la politique autrement. Il allait bientôt en arriver à la conclusion que la survie même du Parti québécois en dépendait.

    À la faveur de la crise interne qui avait sérieusement ébranlé le leadership de Pauline Marois et réveillé les ambitions de Gilles Duceppe, le député de Marie-Victorin avait réussi à imposer la convocation d’un conseil national spécial qui, à la fin de janvier, avait accouché d’une série de réformes destinées à renouveler la démocratie québécoise.


    Disant faire confiance à la sagesse populaire, Mme Marois s’était notamment résignée à autoriser la tenue éventuelle d’un référendum d’initiative populaire auquel elle s’était opposée catégoriquement dans le passé, craignant de perdre le contrôle des événements. Comme s’ils l’avaient prise au mot, les électeurs ont manifesté leur sagesse le 4 septembre dernier en refusant une majorité parlementaire au PQ, éliminant du coup tout risque de référendum inconsidéré.


    Dans l’esprit de M. Drainville, la création d’un poste de directeur parlementaire du budget (DPB), comme il en existe déjà un à la Chambre des communes et au Congrès américain, serait une autre expression du nécessaire renouveau. Dans ce cas-ci, le PQ pourrait compter sur l’appui de la Coalition avenir Québec. François Legault avait été le premier à proposer d’importer le modèle fédéral, mais il n’aurait sans doute aucune objection à renoncer à son propre projet de loi si le gouvernement préférait s’attribuer le mérite de cette réforme.


    ***


    Mais voilà que M. Drainville, aujourd’hui ministre responsable des institutions démocratiques, devient soudainement hésitant à s’engager sur le chemin de la vertu. C’est qu’il peut devenir très embêtant de faire de la politique autrement. Depuis que Stephen Harper lui a confié le poste de DPB en 2006, Kevin Page n’en finit plus de dénoncer ses cachotteries.


    M. Drainville s’interroge maintenant sur « l’utilité » de créer une nouvelle « structure » — quelle horreur ! — dont on ignore le coût, alors qu’il suffirait peut-être d’élargir le mandat du vérificateur général (VG). En mars dernier, Mme Marois promettait pourtant de faire l’un et l’autre, les deux organismes ayant des rôles très différents. Alors que le VG se penche après coup sur la gestion des différents organismes et programmes gouvernementaux, le mandat du DPB serait de présenter un portrait global des finances publiques et d’évaluer à l’avance le coût des mesures proposées par le gouvernement.


    Il aurait certainement été préférable de savoir avant les élections si la situation des finances publiques était conforme aux prévisions du printemps dernier ou s’il s’était creusé un « trou » de 800 millions, comme l’a ensuite découvert Raymond Bachand, voire de 1,6 milliard, comme le prétend son successeur, Nicolas Marceau, qui a dû renoncer à abolir la taxe santé.


    Les péquistes ont dénoncé pendant des années le tripotage de chiffres auquel se seraient livrés les libéraux. Faut-il comprendre des interrogations de M. Drainville que l’arrivée au pouvoir du PQ constitue une garantie de transparence ? Personne ne doute de l’honnêteté des fonctionnaires du ministère des Finances, mais ils ont également un devoir de sensibilité aux intérêts politiques de leurs patrons successifs.


    ***


    M. Legault a raison : il serait très utile d’avoir une évaluation indépendante du coût du gel des droits de scolarité et du manque à gagner qui en résultera pour les universités. On encore de ce qu’il en coûtera réellement pour fermer la centrale de Gentilly-2. Si le passé est garant de l’avenir, il ne serait peut-être pas mauvais non plus de jeter un oeil sur la « bonification » du projet de l’échangeur Turcot et sur le prolongement de la ligne bleue.


    Il peut parfois arriver que le DG et le DPB arrivent aux mêmes conclusions, comme cela s’est produit à Ottawa dans le dossier des chasseurs F-35, dont les conservateurs avaient caché les coûts faramineux. Les contribuables n’ont cependant aucune raison de se plaindre de ce chevauchement : si le gouvernement Harper décidait finalement d’acheter un autre avion, ils épargneraient des milliards.


    Tout le monde reconnaît que les finances publiques québécoises sont dans un état précaire. Précisément, la tentation d’embellir la situation est d’autant plus grande. Doté d’un budget du même ordre que celui de son vis-à-vis fédéral, soit 2,8 millions, un DPB constituerait un excellent investissement. Sinon, le lien de confiance que voulait rétablir M. Drainville s’effilochera encore un peu plus.

     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel