Commission Charbonneau - La CAQ invite Tremblay et Vaillancourt à partir
Le système de corruption était connu de tous à la Ville de Montréal, soutient l’ancien fonctionnaire Gilles Surprenant
Selon le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), la crédibilité des deux maires est affectée par les allégations - certaines corroborées - devant la commission Charbonneau. « Ils n’ont plus beaucoup d’autorité morale. Disons que je suis très content qu’il y ait des élections municipales prévues dans la prochaine année. Ça va permettre aux citoyens de juger ces personnes », a déclaré M. Legault à l’issue d’une réunion du caucus de ses députés à l’Assemblée nationale.
Dans le cas de la Ville de Montréal, les témoignages accablants entendus à la commission Charbonneau concernant l’attribution des contrats soulèvent non seulement « un problème de perception », mais aussi un « problème de gestion » de l’administration municipale, a souligné le chef caquiste, sans toutefois demander la démission de MM. Tremblay et Vaillancourt.
Au Devoir, le maire Gérald Tremblay a affirmé qu’il n’avait aucune raison de se sentir « personnellement » inquiet. Devant le conseil municipal, il a réitéré mardi sa volonté de rester à la barre de la Ville. Du côté de Laval, Gilles Vaillancourt se terre depuis que l’escouade Marteau a perquisitionné son hôtel de ville - son bureau a littéralement été vidé - et ses deux résidences.
Secret de Polichinelle
Pendant ce temps, la commission Charbonneau poursuivait ses travaux en écoutant le témoignage de l’ingénieur à la retraite Gilles Surprenant. Ce qui en ressort, c’est l’idée que tout le monde savait ce qui se passait, mais que personne ne voulait savoir. « C’était un secret de Polichinelle », a-t-il admis.
Le système de corruption des fonctionnaires et de leurs patrons remontait jusqu’au comité exécutif, selon M. Surprenant. Et jamais les élus n’ont réagi devant l’augmentation flagrante des coûts des projets de construction d’égouts, de trottoirs et d’asphaltage. Selon le témoin, aucun élu n’a jamais posé de questions sur le phénomène.
« Je n’ai jamais été témoin de quoi que ce soit qui aurait été fait pour enrayer le phénomène », a dit M. Surprenant.
Selon lui, c’est la disponibilité de la liste des soumissionnaires, au début des années 2000, qui a permis au système de collusion de se mettre en place. « Si les listes n’avaient pas été publiques, ce phénomène n’aurait probablement pas existé », a souligné le témoin.
Mais, au-delà de la collusion entre entrepreneurs, il y avait également la corruption dans les rangs de la Ville. C’est à la faveur de ce dernier élément que le coût des travaux a été gonflé par M. Surprenant et ses collègues, mais aussi par le système informatique Gespro.
La commission Charbonneau a présenté des sommaires décisionnels, soit les documents qui expliquent un projet, exposent les arguments favorables à son adoption et en justifient les coûts, qui laissent voir une explosion des coûts. Les dossiers cheminaient ainsi jusqu’au comité exécutif sans encombre.
La démonstration passe par l’analyse d’une liste de 90 contrats octroyés par la Ville et pour lesquels M. Surprenant a signé les plans et devis. Pour chacun des 64 contrats épluchés jusqu’à maintenant (entre 2000 et 2005), Gilles Surprenant a empoché des pots-de-vin totalisant quelque 470 000 $. Seuls deux contrats n’étaient pas truqués, a soutenu l’ingénieur.
Visiblement moins nerveux que la veille, M. Surprenant a témoigné sans pertes de mémoire, contrairement aux jours précédents. D’ailleurs, il a précisé comment il recevait l’argent des entrepreneurs. Parfois, M. Surprenant et l’entrepreneur se rencontraient au coin d’une rue ou au restaurant. D’autres fois, l’ingénieur se rendait directement aux bureaux des entreprises. Il a nommé le cas des entreprises Catcan, Construction F. Catania, Conex et Garnier Construction.
Lorsque M. Surprenant ne connaissait pas l’entreprise gagnante d’un appel d’offres truqué, c’est l’entrepreneur Tony Conte (Conex construction) qui servait d’intermédiaire.
Par ailleurs, le parti Union Montréal a obtenu le statut de participant. La juge France Charbonneau a précisé que le parti du maire Gérald Tremblay ne pourrait contreinterroger les témoins que sur les dossiers concernant le financement des partis politiques et l’octroi des contrats par la Ville de Montréal.
Union Montréal est représenté par Me Michel Dorval, qui ignorait, lorsque la question lui a été posée, depuis quand existe le parti du maire Tremblay.
Avec La Presse canadienne








