Commission Charbonneau - De l’argent sale pour le comité exécutif du maire Tremblay
Selon l’ingénieur retraité Gilles Surprenant, un système de collusion et de corruption s’est ancré à la Ville de Montréal au tournant des années 2000.

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L’argent sale de la corruption et de la collusion à Montréal atterrissait entre les mains du « comité exécutif » du maire Gérald Tremblay, a affirmé sous serment lundi l’ingénieur retraité Gilles Surprenant devant la commission Charbonneau. Le cercle restreint du pouvoir municipal montréalais aurait ainsi empoché 3 % de la valeur des contrats octroyés par la Ville à compter de 2005.
M. Surprenant n’a pas précisé qui, au sein du comité exécutif, bénéficiait de ce système. Il a toutefois affirmé, deux fois plutôt qu’une, qu’une cote de 3 % de la valeur des contrats devait être versée « au comité exécutif » plutôt qu’au parti du maire Tremblay, Union Montréal, comme l’avait indiqué l’ex-entrepreneur Lino Zambito lors de son témoignage.
Devant la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (commission Charbonneau), M. Surprenant a indiqué que, au tournant des années 2000, un système de collusion et de corruption s’était ancré. En 2005, son collègue Luc Leclerc, également ingénieur, lui aurait mentionné qu’une cote de 2,5 % allait à « une organisation criminelle qui se réunissait au café Consenza » (quartier général de la mafia). Il lui aurait également affirmé qu’une autre ristourne, mais cette fois-ci de 3 %, était destinée au comité exécutif.
En 2005, le président du comité exécutif était Frank Zampino. Il est resté en poste jusqu’en 2008. Le printemps dernier, il a été arrêté et accusé dans le scandale immobilier du Faubourg Contrecœur. La vice-présidence du comité exécutif était occupée par le conseiller municipal Sammy Forcillo, responsable, jusqu’en novembre 2009, des finances, de la fiscalité, de l’évaluation foncière, des infrastructures, de la voirie et de la gestion de l’eau à la Ville de Montréal.
Plusieurs fonctionnaires corrompus
Gilles Surprenant a également affirmé ne pas avoir été le seul fonctionnaire corrompu. Selon lui, ses collègues François Thériault, Michel Paquette et Luc Leclerc, trois hommes s’occupant de la surveillance des chantiers, auraient touché des dessous-de-table. Il a aussi nommé ses supérieurs Yves Themens et Robert Marcil. Ces derniers approuvaient les rapports que M. Surprenant rédigeait et qui gonflaient artificiellement l’estimation des investissements nécessaires pour la construction ou la réfection des canalisations.
En échange de son travail, qui donnait aux entrepreneurs une marge de profit plus intéressante, Gilles Surprenant obtenait des pots-de-vin. Il a par ailleurs nié avoir empoché systématiquement 1 % comme l’avait dit Lino Zambito. Malgré le fait que son pseudonyme, M. TPS (taxe pour Surprenant), ne lui était pas inconnu, il dit ne pas avoir touché un pourcentage sur les contrats truqués, mais plutôt une somme forfaitaire, en moyenne de 5000 $.
M. Surprenant manipulait ainsi les données au bénéfice d’un groupe de dix entrepreneurs : ATA, ATG, Bentech, Super Excavations, Garnier construction, Infrabec, Construction F. Catania, Mirabeau construction, Catcan et Conex.
Mais il semble que M. Surprenant n’ait pas été le seul à hausser les prix. Un système informatique appelé Gespro le faisait en se basant sur les prix des trois dernières années. Dès lors, M. Surprenant a perdu son utilité auprès des firmes collusionnaires, a dit constater l’ingénieur.
Chose certaine, le coût des égouts, des trottoirs et de l’asphaltage a monté en flèche. Entre 1999 et 2002, M. Surprenant estime que le prix a doublé. Au total, les coûts de construction étaient jusqu’à 35 % plus chers à Montréal que dans d’autres villes du Québec, a dit M. Surprenant en s’appuyant sur une étude commandée par la Ville de Montréal.
« On les élimine »
Gilles Surprenant a également apporté des précisions à la commission Charbonneau concernant son témoignage de jeudi dernier. Lorsqu’il a raconté sa première rencontre avec l’entrepreneur Frank Catania, M. Surprenant s’était dit intimidé par les paroles de l’homme. « Les personnes qui nous empêchent de manger, on les tasse », avait relaté M. Surprenant. Ce dernier a dit lundi matin s’être souvenu que M. Catania avait été plus direct : « Les personnes qui nous empêchent de manger, on les élimine. »
Du coup, Gilles Surprenant a affirmé avoir vécu sous la pression et la peur tout au long de sa carrière. « J’ai compris qu’il y avait peut-être des liens avec une certaine organisation criminelle », a indiqué l’ingénieur aujourd’hui à la retraite.
Ce dernier a précisé qu’il prenait des calmants depuis dix ans, ce qui altérait parfois sa mémoire. Cela pourrait également expliquer en partie sa nervosité tout au long de son témoignage.
Par ailleurs, M. Surprenant a déclaré que le fonctionnaire Marcel Vallée était celui qui avait servi d’intermédiaire auprès de M. Catania, lui ouvrant ainsi la porte de la corruption.
Devant la commission, ce témoin a admis avoir rencontré à deux reprises le parrain présumé de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto. Il a même voyagé avec M. Rizzuto pour se rendre en République dominicaine (Punta Cana) pour un séjour d’une semaine. M. Surprenant a joué au golf avec M. Rizzuto, son collègue Luc Leclerc et l’entrepreneur Tony Conte, de la firme Conex Construction. C’est ce dernier qui aurait payé les dépenses de ce voyage. M. Surprenant a affirmé qu’il n’y a pas été question de travail, que la seule activité commune avait été le golf.
À une autre occasion, les quatre hommes se sont retrouvés au club de golf Le Mirage, à Terrebonne.
La semaine dernière, M. Surprenant avait raconté avoir prêté 150 000 $ à M. Conte, qui connaissait des difficultés financières. L’entrepreneur ne lui a remboursé que le tiers puisqu’il est décédé. M. Surprenant avait prêté cet argent à même les pots-de-vin reçus au fil des ans (quelque 600 000 $).
M. Surprenant a décrit la proximité qui existait avec les entrepreneurs. Ces derniers lui ont donné des cadeaux, dont des billets de hockey, des billets pour un spectacle de Madonna, des bouteilles de vin, des soupers, des voyages et des parties de golf.
M. Surprenant revient à la barre des témoins ce mardi. La commission Charbonneau entend éplucher avec M. Surprenant une liste de 90 contrats pour lesquels l’ingénieur a reçu des pots-de-vin.
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Union Montréal veut participer aux travaux
Le parti Union Montréal a déposé lundi une demande à la commission Charbonneau pour obtenir le statut de participant. Le parti du maire Gérald Tremblay a fait cette démarche à la suite des allégations qui ont été entendues depuis deux semaines et qui l’impliquent directement. Selon Lino Zambito, Union Montréal aurait largement bénéficié du système de collusion et de corruption mis en place à la Ville de Montréal. Me Michel Dorval représentera Union Montréal.








