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Commission Charbonneau: Union Montréal demande le statut de participant

La ristourne de 3 % était destinée au «comité exécutif», dit Gilles Surprenant

22 octobre 2012 17h12 | Kathleen Lévesque | Québec
Gilles Surprenant a affirmé avoir vécu sous la pression et la peur tout au long de sa carrière. (Photo d'archives)<br />
Photo : Annik MH De Carufel Le Devoir Gilles Surprenant a affirmé avoir vécu sous la pression et la peur tout au long de sa carrière. (Photo d'archives)
Le parti Union Montréal a déposé aujourd'hui une demande à la Commission Charbonneau pour obtenir le statut de participant.

Le parti du maire Gérald Tremblay a fait cette démarche à la suite des allégations qui ont été entendues depuis deux semaines et qui l'implique directement. Union Montréal aurait largement bénéficié du système de collusion et de corruption mis en place à la Ville de Montréal. Me Michel Dorval représentera Union Montréal.

Selon l'ex-entrepreneur Lino Zambito, Union Montréal aurait encaissé une ristourne de 3% de la valeur des contrats d'égouts octroyés par Montréal. L'ingénieur retraité Gilles Surprenant a témoigné, quant à lui, en disant que cet argent était plutôt destiné au «comité exécutif».

Dans son témoignage devant la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (Commission Charbonneau), M. Surprenant a indiqué aujourd'hui qu’au tournant des années 2000, un système de collusion et de corruption s’est installé. En 2005, son collègue Luc Leclerc, également ingénieur, lui aurait mentionné qu’une cote de 2,5 % allait à une organisation criminelle et une autre, de 3 %, était destinée au comité exécutif. Le commissaire Renaud Lachance est revenu à la charge sur cet élément alors que le témoignage de Lino Zambito était à l’effet que c’était Union Montréal, le parti du maire Gérald Tremblay qui empochait un pourcentage de la valeur des contrats octroyés par la Ville. M. Surprenant a répété que l’argent devait être versé «au comité exécutif».

En 2005, le président du comité exécutif était Frank Zampino. La vice-présidence était occupée par Sammy Forcillo, responsable jusqu’en novembre 2009, des finances, de la fiscalité, de l’évaluation foncière, des infrastructures, de la voirie et de la gestion de l’eau à la Ville de Montréal.

Gilles Surprenant a également apporté des précisions à la commission Charbonneau concernant son témoignage de jeudi dernier. Lorsqu’il a raconté sa première rencontre avec l’entrepreneur Frank Catania, M. Surprenant s’était dit intimidé par les paroles de l’homme. «Les personnes qui nous empêchent de manger, on les tasse», avait relaté M. Surprenant. Ce dernier a dit ce matin s’être souvenu que M. Catania avait été plus direct que ses paroles étaient plutôt: «Les personnes qui nous empêchent de manger, on les élimine».

Du coup, Gilles Surprenant a affirmé avoir vécu sous la pression et la peur tout au long de sa carrière. «J’ai compris qu’il y avait peut-être des liens avec une certaine organisation criminelle», a indiqué l’ingénieur aujourd’hui à la retraite.

D'ailleurs, il a précisé qu'il prenait des calmants depuis dix ans ce qui altérait parfois sa mémoire. Cela pourrait également expliquer en partie sa nervosité tout au long de son témoignage.

Devant la commission, ce témoin a admis avoir rencontré à deux reprises le parrain présumé de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto. Il a même voyagé avec M. Rizzuto pour se rendre en République dominicaine (Punta Cana) pour un séjour d’une semaine. M. Surprenant a joué au golf avec M. Rizzuto, son collègue Luc Leclerc et l’entrepreneur Tony Conte de la firme Conex Construction. C’est ce dernier qui aurait payé les dépenses de ce voyage. M. Surprenant a affirmé qu’il n’y a pas été question de travail, que la seule activité commune avait été le golf.

À une autre occasion, les quatre hommes se sont retrouvés au club de golf Le Mirage, à Terrebonne.

La semaine dernière, M. Surprenant avait raconté avoir prêté 150 000 $ à M. Conte qui connaissait des difficultés financières. L’entrepreneur ne lui a remboursé que le tiers puisqu’il est décédé. M. Surprenant avait prêté cet argent à même les pots-de-vin reçus au fil des ans (quelque 600 000 $).

Pas un cas isolé

En après-midi, M. Surprenant a complété son témoignage en précisant qu'il n'était pas le seul fonctionnaire à toucher des dessous-de-table. Il a pointé ses collègues François Thériault, Michel Paquette et Luc Leclerc. Les trois hommes s'occupaient de la surveillance des chantiers. Les supérieurs de M. Surprenant, Yves Themens et Robert Marcil auraient également empoché une commission, selon lui.

M. Surprenant a décrit la proximité qui existait avec les entrepreneurs. Ces derniers lui donnés des cadeaux dont des billets de hockey, des billets pour un spectacle de Madonna, des bouteilles de vin, des soupers, des voyages et des parties de golf.

M. Surprenant revient à la barre des témoins demain, mardi. La commission Charbonneau entend éplucher avec M. Surprenant une liste de 90 contrats pour lesquels l'ingénieur a reçu des pots-de-vin.
 
 
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