Pauline à l’Élysée
J’ai pensé à toutes les Marie-Louise qui se sont battues, bien avant nous, pour simplement affirmer qu’elles existaient. À toutes celles qui ont crié leur désir de participer à la vie citoyenne et qui se sont heurtées à des murs d’incompréhension, quand ce n’était pas carrément au mépris. Pour celles qui n’ont jamais accepté de plier l’échine et qui n’ont jamais voulu accepter cet idéal qu’on leur tendait, être « la moitié » d’un être humain, la présence de Madame Marois dans son rôle de première ministre des Québécois et des Québécoises était une grande victoire. Pour tous.
J’ai essayé d’imaginer ce qu’elle vivait elle-même à ce moment-là. C’est sûr qu’elle a dû penser : « Regarde maman… Regarde où ta fille est rendue ! » Parce que je sais qu’elle a infiniment de respect pour cette dame qui est sa mère et qui l’a soutenue à travers le temps. Elle a dû penser à sa fille Catherine aussi. Quant aux autres, ça restera son secret, à moins qu’elle choisisse de le partager avec nous. Ce qu’elle pourrait faire, un de ces soirs, à la télé, dans son premier discours à la nation qui serait bien plus touchant qu’un discours sur l’économie par exemple.
Et puis, un petit rendez-vous comme celui-là nous changerait du pelletage de boue auquel nous sommes exposés jour après jour à la commission Charbonneau, et qui ne fait rien pour nous remonter le moral.
Elle pourrait aussi en profiter pour nous expliquer que c’est aussi difficile pour elle de renoncer à certaines promesses qu’elle avait faites durant la campagne électorale que ça l’est pour nous, mais que le cadeau que les libéraux lui ont laissé dans le domaine des finances publiques ne lui permet pas une grande marge de manoeuvre, sans compter que son statut de gouvernement minoritaire n’est pas de tout repos.
Comment survivre, en effet, avec deux oppositions qui ont bien l’intention de faire baver les péquistes au pouvoir dans le but de reprendre du poil de la bête ? Elles savent fort bien qu’une autre élection, si tôt après celle de septembre, soulèverait de la mauvaise humeur dans la population, mais libéraux comme caquistes n’hésiteraient pas à empêcher le nouveau gouvernement de mener ses projets à bon port, en faisant tout pour le disqualifier du pouvoir. Pas simple cette situation quand il y a tant à faire et que le Québec a tellement besoin de se remettre en marche. Il faudra le doigté d’un pianiste de concert.
Des journalistes ont ironisé en disant que le gouvernement Marois était hésitant, qu’il lançait des ballons avec le seul objectif de savoir jusqu’où il pouvait aller et qui le soutiendrait. Ça surprend ceux qui ne connaissent pas bien Madame Marois, qui n’est pas une « casseuse de vaisselle ». Elle sait négocier, faire des concessions si c’est nécessaire, trouver des accommodements, mais elle est aussi très tenace et elle ne renonce jamais. Elle a des objectifs et elle y arrivera. Elle a aussi du souffle et peu importe le temps qu’il faudra, un jour elle pourra dire : « Mission accomplie. »
Ce qui explique aussi son comportement à Kinshasa avant son arrêt à Paris. Tout sourire avec Stephen Harper, elle a pris bien soin de laisser la porte ouverte pour permettre une communication plus rentable et plus franche avec Ottawa dans les mois à venir. Pas de guerre ouverte, mais des demandes justifiées, bien préparées, jusqu’à ce que le moment soit venu de prendre nos distances. Pas de comportement agressif, pas de silence assourdissant comme avec Jean Charest, mais plutôt une première ministre responsable qui prépare la voie à l’épanouissement d’un peuple fier qui attend sa prise en mains de toutes ses décisions. Il est sûr que le Québec a repris sa marche vers son avenir.
Qu’il prenne le temps de sélectionner les bonnes décisions, c’est un plus. Il a chaussé des bottes de sept lieues le 4 septembre dernier. Il réoriente ses priorités. Il est normal que ça grince un peu, car l’immobilisme libéral avait permis à la rouille de s’installer. Il faut bien huiler le tout, faire le ménage dans les rouages de la corruption et repartir d’un pas plus sûr vers un avenir qui nous ressemble bien davantage. C’est le début d’un temps nouveau…








