Québec va étendre l'application de la loi 101 aux garderies

À l'heure actuelle, le réseau des garderies, en croissance exponentielle, n'est régi par aucune norme linguistique.
Photo: Annik MH de Carufel -Le Devoir À l'heure actuelle, le réseau des garderies, en croissance exponentielle, n'est régi par aucune norme linguistique.

La loi 101 va bientôt faire son apparition dans les garderies, selon ce qu'a appris La Presse canadienne. Le gouvernement Marois va abolir le libre choix laissé actuellement aux immigrants, en élargissant l'application de la loi 101 aux services de garde.

Leurs enfants âgés de 0 à 5 ans et fréquentant un service de garde devront donc s'initier très tôt au français, accélérant ainsi le processus d'intégration de la famille à la majorité francophone.

Cette nouvelle disposition apparaîtra dans le projet de loi visant à renforcer la Charte de la langue française (loi 101), et qui doit être déposé dès la rentrée parlementaire de l'automne.

L'information a été confirmée par la ministre de la Famille, Nicole Léger, lors d'un entretien téléphonique visant à faire le point sur ses priorités.

Depuis son adoption en 1977, la loi 101 visait uniquement l'intégration des enfants d'immigrants en âge de fréquenter l'école primaire et secondaire. On savait déjà que le gouvernement Marois voulait en étendre l'application aux adolescents et jeunes adultes du cégep, et voilà qu'il vise aussi les bambins placés en garderie.

«On va rajuster la loi 101. Il va y avoir des travaux qui vont se faire. Je vais avoir tout le soutien de chez moi comme ministre de la Famille pour s'assurer que ça touche aussi le secteur des Centres de la petite enfance et les services de garde», a commenté la ministre.

La Charte de la langue française relève de sa collègue de l'Immigration, Diane De Courcy, et selon Mme Léger le projet de renforcement de la loi 101 va bon train.

«Les choses s'en viennent dans les prochaines semaines, les prochains mois, par rapport à la révision de la loi 101», assure-t-elle.

Bon an, mal an, le Québec accueille quelque 50 000 immigrants, dont 38 pour cent ne savent pas un mot de français à leur arrivée à Montréal.

À l'heure actuelle, le réseau des garderies, en croissance exponentielle, n'est régi par aucune norme linguistique.

Le Québec compte environ un millier de Centres de la petite enfance (CPE) au Québec, et 600 garderies privées subventionnées, sans compter les autres formules (garderies en milieu familial, garderies privées non subventionnées, haltes-garderies, garderies en milieu de travail, etc.).

La plateforme électorale du Parti québécois n'abordait pas la question de la langue des services de garde, mais le projet d'intervenir en cette matière apparaît en toutes lettres dans le programme du parti, qui prévoit imposer à ces établissements d'accueillir les petits enfants en français et d'interagir en français avec eux.

En conséquence, le personnel des garderies devra aussi s'adapter à la nouvelle donne linguistique élaborée à Québec.

Pas moins de 32 000 places à créer

Comme ministre de la Famille, la priorité de Mme Léger sera cependant d'un autre ordre, et consistera à transformer en réalité, d'ici quatre ans, le slogan cher à la première ministre Pauline Marois: "Un enfant, une place".

Pour atteindre cet objectif ambitieux, la ministre devra prendre les bouchées doubles et créer pas moins de 32 000 places à 7 $ par jour, pour atteindre un total de 250 000 places disponibles d'ici 2016.

Si on se fie au rythme d'expansion du réseau, créé par Pauline Marois en 1997, la tâche paraît titanesque.

En 2008, le gouvernement libéral avait annoncé la création de 18 000 nouvelles places, mais quatre ans plus tard, 2000 de ces places n'existent que sur papier.
Consciente des besoins «criants» et des attentes des parents, Mme Léger va lancer «incessamment» un premier appel d'offres.

«On a du rattrapage à faire. Comme gouvernement du Parti québécois, je dois rattraper des années de scandales et des années de ne pas avoir livré les places quand il le fallait», note Mme Léger, en pointant du doigt la gestion laxiste du dossier par les libéraux, dénoncée l'an dernier dans un rapport du vérificateur général.

La ministre prévoit conserver le mode d'attribution des places mis au point par le gouvernement précédent, à la suite d'allégations de favoritisme, et fondé sur la création de comités consultatifs régionaux chargés d'évaluer les projets soumis, un gage de «transparence», selon elle.

Par souci de transparence, toujours, il faut s'attendre aussi à voir la ministre Léger rendre publics les fameux rapports d'évaluation de l'appel d'offres de 2008, que l'opposition péquiste a réclamé à grands cris pendant des années.

«Le gouvernement du Parti québécois veut être transparent», a dit la ministre à la tête d'un réseau grugeant plus de 2 milliards $ de fonds publics par année.
  • Nicolas Vincent - Inscrit 17 octobre 2012 17 h 10

    Implémentation

    Oublions un instant la question de savoir s'il s'agit oui ou non d'une bonne mesure en tant que telle. Au-delà de cet aspect, je ne comprends pas la faisabilité à court ou moyen terme d'une telle mesure. Quelques obstacles évidents:
    - Dans le contexte d'un manque énorme de places de CPE qu'il sera très difficile de combler dans les 5-10 prochaines années, les fonctionnaires refuseront-ils à des parents de prendre une place dans un CPE anglais même s'il n'y a aucune place disponible dans un CPE francophone? Pour les écoles, les places sont garanties dans les écoles de quartier.
    - Comment définit-on la langue de fonctionnement d'un CPE? D'une garderie en milieu familial? Est-ce que des agents de l'OQLF seront envoyés dans chaque garderie afin de s'assurer que la langue utilisée est le français? Ne croit-on pas qu'une fois l'inspecteur sur place, au milieu de la marmaille, les éducateurs pourraient tout simplement se mettre à utiliser le français?
    - Devra-t-on rattacher les CPE aux commissions scolaires linguistiques afin de pouvoir appliquer cette loi? Et les garderies subventionnées en milieu familial?

    Cela me semble être un autre ballon lancé par la PQ à l'improviste, juste pour tester le support envers une telle mesure, sans aucune réflexion sur sa faisabilité. Ça sent donc le reculons à plein nez dans les prochains jours. Au fond, c'est soit ça ou je perds totalement ma confiance dans les compétences du gouvernement actuel.

    • Ginette Durand - Abonnée 17 octobre 2012 20 h 51

      Quand on veut on peut

    • Djosef Bouteu - Inscrit 17 octobre 2012 21 h 24

      Il n'y a aucune improvisation là-dedans. C'est même le contraire de l'improvisation, on veut cesser d'improviser, d'être désorganisés et anglicisés.

      C'est pourtant simple : les garderies reçevant du financement public fonctionneront en français.

      Il serait assez étrange qu'au Québec des éducateurs de la petite enfance au public ou semi-public puissent ne pas connaître le français. Il est question du niveau de langage nécessaire pour communiquer avec des enfants en bas âge ici. C'est quand même pas un doctorat en linguistique des langues romanes que l'on demande.

      Encore une fois selon les partisans du rien-faire, il faudrait protéger le français mais sans jamais bousculer aucune des habitudes qui sont facteurs d'anglicisation.

      C'est impossible de changer les choses sans bousculer ceux préférant le statu-quo. Le français ne survivra pas aulaisser faire. La diversité linguistique en général ne survivra pas si les peuples restent passifs face à leur destin.

    • Phil Roberts - Inscrit 18 octobre 2012 01 h 49

      Je croyais que Juste Pour Rire été terminer.

      @ Bouteu: Let me get this straight...Le PQ pense que les étudiants francophones de la 1e année et de la 2e année sont trop jeunes pour apprendre une langue seconde (anglais), mais les petits immigrants de 0 à 5 ans, qui connaissent très peu leur langue maternelle de mandarin ou l'espagnol, devraient apprendre une langue seconde (français)?

      M. Bouteu, défenseur de tout PQ, expliquer nous ça.

    • Michel Vernet - Inscrit 18 octobre 2012 06 h 51

      À Phil Roberts : le projet de faire du français la langue de fonctionnement des garderies est tout à fait légitime et, de plus, tout à fait faisable, contrairement à ce que vous insinuez. En effet, les enfants en bas-âge apprennent très rapidement une langue seconde et cela ne pose donc aucun problème. Voyez en France : il y a beaucoup d'immigrants et pourtant, toutes les garderies fonctionnent en français et aucune ne fonctionne en anglais. Et cela se passe très bien.

    • Phil Roberts - Inscrit 18 octobre 2012 21 h 30

      @ Michel Vernet: Je n'est jamais dis que ce n'est pas possible d'avoir juste des garderies en français et non aussi des garderies dans d'autres langue, nottament l'anglais.

      J'ai simplement dis que la semaine passé le PQ disait que les étudiants francophones de la 1e année et la 2e année sont trop jeunes pour apprendre une langue seconde, mais cette semaine il veut que les petits immigrants de 0 à 5 ans apprendre une langue seconde, même si ils connaissent très peu leur langue maternelle.

      Je trouve que ce que le PQ a dit cette semaine contredit ce qu'il disait la semaine passé, c'est tout, M. Vernet.

  • Lydia Anfossi - Inscrite 17 octobre 2012 18 h 31

    Bonne idée!

    Voilà bien par où il faut débuter ..Bravo!

  • Marc Blanchard - Inscrit 17 octobre 2012 21 h 54

    Bravo.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 17 octobre 2012 21 h 55

    Déjà avéré

    On ne compte plus les Réjean ou Armand vietnamiens, les Fredéric ou Robert Assan, etc.

    Bravo à ces garderies, bravo à l'inclusion.

  • Gilles Théberge - Abonné 17 octobre 2012 22 h 26

    Est-ce que...

    Est-ce que comme d'habitude elle va faire machine arrière ou bien est-ce que cette fois elle ira au bout de son intention ?