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Accurso quitte le monde des affaires pour sauver ses entreprises

17 octobre 2012 | Guillaume Bourgault-Côté | Québec
Tony Accurso a été arrêté à deux reprises en 2012, d’abord en avril, par l’Unité permanente anticorruption (notre photo), puis en août, par la Gendarmerie royale du Canada.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Tony Accurso a été arrêté à deux reprises en 2012, d’abord en avril, par l’Unité permanente anticorruption (notre photo), puis en août, par la Gendarmerie royale du Canada.
Il n’avait « pas le choix », dit-il ; pour sauver ses entreprises, Tony Accurso a décidé mardi de se retirer du monde des affaires. Ciblé par plusieurs enquêtes, le controversé homme d’affaires passe donc la main. Mais on ne sait pas encore à qui… ni quel impact cela aura.

M. Accurso a annoncé sa décision dans une lettre transmise aux quelque 3500 employés de son petit empire tentaculaire. « Après une réflexion ardue, débutée il y a plus d’un an déjà, j’ai pris la décision de me retirer complètement du monde des affaires, et ce, tant pour des raisons personnelles que pour ce que je crois être de l’intérêt du Groupe des entreprises », écrit-il.


L’entrepreneur en construction dit qu’après « plus de 30 ans à la tête de ces entreprises, [il croit] qu’il est préférable de laisser la place à des gens plus jeunes et plus énergiques pour qu’elles se redéfinissent et surmontent les défis à venir ».


Et parmi ces défis, il y aura celui de traverser la tempête provoquée par les fréquentations syndicalo-politiques et les agissements fiscaux de M. Accurso. Le principal intéressé aborde la question dans sa missive en se disant « désolé de la tourmente dans laquelle le Groupe [son réseau d’entreprises] s’est retrouvé dans les dernières années, des inquiétudes et répercussions causées à chacun d’entre [eux] ».


Dans une entrevue accordée à La Presse - M. Accurso a refusé les demandes du Devoir mardi -, il lie clairement son départ au contexte actuel. « Compte tenu de ce qui se passe, les entreprises ne peuvent plus continuer à grandir avec moi comme responsable, a-t-il dit. Je dois absolument quitter, je n’ai pas le choix. » Sa lettre parle d’une décision devant permettre aux entreprises « de continuer à participer activement à la construction du Québec d’aujourd’hui et de demain ».


Logique, dit Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l’UQAM. « L’image sulfureuse de M. Accurso a certainement un impact sur ses affaires, dit-il. En quittant [ses fonctions], il veut protéger la valeur de ses entreprises. Le calcul, c’est que, s’il reste, cette valeur diminue. » En août, la Ville de Montréal avait par exemple suspendu de manière préventive 14 contrats accordés à Louisbourg SBC, la société en commandite au coeur du réseau Accurso.


Empêtré dans divers scandales depuis trois ans (contrat des compteurs d’eau, invitations ciblées sur son yacht, etc.), M. Accurso a été arrêté à deux reprises en 2012. L’Unité permanente anticorruption a frappé en avril (contrats truqués), suivie de la Gendarmerie royale du Canada en août (fraude fiscale). Les deux principales entreprises du groupe Accurso, Simard-Beaudry Construction inc. et Constructions Louisbourg ltée, ont perdu en décembre 2011 le droit de soumissionner pour des contrats publics pour les quatre prochaines années.

 

Toile d’araignée


Difficile d’établir clairement la valeur du groupe Accurso : on dit qu’il réalise un chiffre d’affaires annuel d’environ 1,2 milliard - à 80 % dans le secteur public. C’est l’un des plus importants joueurs de l’industrie de la construction au Québec.


Une douzaine d’entreprises gravitent autour de Louisbourg SBC. En font notamment partie Montage d’acier international, Construction Marton, Louisbourg Pipelines, Banister, Colacem Canada, Gastier international ou Ciments Lavallée. M. Accurso est présent un peu partout. Sa participation dans ces entreprises est variable : il dirige, il préside, il contrôle directement ou par des compagnies à numéro. Louisbourg et Simard-Beaudry sont actuellement dirigées par la fille de M. Accurso, Lisa.


« C’est une toile d’araignée très complexe, fait remarquer Jean Sexton, professeur retraité et spécialiste de l’industrie de la construction. C’est un système qui intègre des compagnies à numéro, on ne sait pas trop qui fait quoi. » M. Sexton dit qu’il est ainsi « difficile de mesurer l’impact du départ de M. Accurso. Tout dépendra de qui le remplace ».


Tony Accurso a précisé mardi qu’il n’envisage pas la cession directe de ses actifs à ses trois enfants. Sa fille Lisa s’est montrée déçue de cette décision. Pour le reste, l’homme d’affaires a mandaté une firme d’experts pour étudier toutes les possibilités de transaction : vente, fusion, cession aux dirigeants en place, tout serait sur la table. « Mon retrait provoquera bien évidemment des changements en ce qui concerne la structure des entreprises », précise M. Accurso dans sa lettre.


En décembre 2011, le géant de l’ingénierie et de la construction SNC-Lavalin s’était montré intéressé à acquérir Simard-Beaudry.

 

Québec attend


À Québec, la ministre du Travail n’a pas voulu commenter l’impact de la démission de Tony Accurso. Le gouvernement Marois veut déposer avant Noël une version améliorée de la loi 35, jugée pleine de trous. Celle-ci prévoit que les entrepreneurs condamnés pour fraude fiscale ne peuvent obtenir de contrats publics pendant quelques années. Sauf qu’ils peuvent contourner l’interdiction en utilisant les permis de construction de leurs compagnies apparentées ou ceux de nouvelles compagnies.


Ces failles ont notamment été mises en lumière par l’hégémonie des entreprises de Tony Accurso dans le domaine municipal. En juin, le maire de Montréal avait fait remarquer que Louisbourg SBC avait obtenu pour 30 millions de dollars de contrats de la Ville dans les trois mois précédents, alors même que deux autres entreprises liées à M. Accurso (Louisbourg et Simard-Beaudry) étaient visées par une interdiction de soumissionner.

 
 
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