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Pauline Marois critique la politique étrangère canadienne

Paris et Québec partagent les mêmes inquiétudes sur le libre-échange Canada-Europe

17 octobre 2012 | Christian Rioux | Québec
Pauline Marois a rencontré mardi le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, une rencontre que ce dernier a qualifiée de « plus que cordiale » et même de « chaleureuse et amicale ».
Photo : La Presse canadienne (photo) Rémy de la Mauvinière Pauline Marois a rencontré mardi le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, une rencontre que ce dernier a qualifiée de « plus que cordiale » et même de « chaleureuse et amicale ».
Paris — Au second jour de sa première visite en France, la première ministre Pauline Marois a rencontré mardi le premier ministre français Jean-Marc Ayrault après s’être livrée à une critique de la politique étrangère canadienne qui, dit-elle, s’éloigne de plus en plus des intérêts du Québec. Dans une allocution prononcée à l’Institut français des relations internationales (IFRI), Pauline Marois s’en est prise à la politique étrangère de Stephen Harper, qui « ne correspond ni à nos valeurs ni à nos intérêts », dit-elle.

« Depuis quelques années, les Québécois ne se reconnaissent plus guère dans la politique étrangère canadienne, qui tourne le dos à sa tradition d’ouverture, de médiation et de multilatéralisme », a-t-elle déclaré. Une tradition instaurée par le premier ministre et Prix Nobel de la paix Lester B. Pearson, a-t-elle précisé. La première ministre a aussi longuement commenté les divergences entre Québec et Ottawa concernant l’environnement. « Ces politiques [québécoises] sont aux antipodes de celles du Canada », a-t-elle dit. Une critique dont l’ancien premier ministre Jean Charest ne s’était lui non plus jamais privé en venant à Paris.


Interrogé à la sortie de la salle, l’ambassadeur canadien à l’UNESCO, Jean-Pierre Blackburn, n’a pas revendiqué l’héritage de Lester B. Pearson. « Je suis confortable [sic] avec les positions que défend mon pays en politique étrangère », s’est-il contenté de répondre.


Jean-Pierre Blackburn estime cependant que Pauline Marois soutient des positions contradictoires en défendant, d’un côté, « les avantages de la communauté européenne » et, de l’autre, « la séparation de la province de Québec ». La première ministre a aussi expliqué qu’en matière de politique étrangère, le Québec entend occuper « tout l’espace possible ». Elle nie avoir haussé le ton contre Ottawa. « On n’a pas durci le ton, ce sont des choses que nous disons depuis déjà un long moment […] et nous le disons autant lorsque nous sommes au Québec que lorsque nous sommes à l’étranger. »


Après avoir rencontré le président François Hollande la veille, Pauline Marois s’est entretenue pendant près d’une heure avec le premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui a qualifié la rencontre de « plus que cordiale » et même de « chaleureuse et amicale ». Dans le cadre des visites alternées des premiers ministres québécois et français, Jean-Marc Ayrault se rendra au Québec au printemps. Les deux gouvernements veulent notamment relancer la coopération France-Québec par un programme axé sur la jeunesse, l’innovation et la formation professionnelle.


Libre-échange Canada-Europe


La première ministre s’est ensuite rendue au ministère de l’Économie, où le ministre Pierre Moscovici avait fait hisser les drapeaux québécois dans la cour de Bercy. Vieil ami du Québec et des souverainistes, Moscovici a surtout exprimé ses inquiétudes concernant les négociations de libre-échange actuellement en voie de finalisation entre le Canada et l’Union européenne. Selon lui, la France et le Québec ont une vision « extrêmement proche » de ces accords, mais « le diable est parfois dans les détails », dit-il.


« Le libre-échange, ça peut être la meilleure ou la pire des choses. C’est la meilleure des choses quand ça permet l’essor équilibré et réciproque des échanges bilatéraux […] il y a là des potentialités très importantes. Ça peut être aussi la pire des choses si c’est destructeur des identités ou si c’est socialement injuste. […] Nous serons très attentifs à ça. »


Les deux gouvernements s’inquiètent tout particulièrement des clauses qui permettent aux entreprises de poursuivre les gouvernements. Clauses par ailleurs déjà modifiées dans l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). « Nous sommes convenus d’échanger constamment […] et de tâcher de définir des positions communes », dit Pierre Moscovici.


Le ministre s’est aussi félicité que François Hollande ait repris la formule traditionnelle régissant les relations France-Québec : non-ingérence et non-indifférence. « Car je crois qu’elle est juste, dit-il. […] Ça définit bien ce qu’est notre relation fraternelle en même temps dans la liberté et dans la souveraineté, c’est le cas de le dire, de chacun. Et dans le respect aussi de réalités qui sont celles de votre nation, de votre pays, de votre État québécois. »


Pauline Marois a terminé sa journée par un dîner organisé par la délégation générale du Québec à Paris dans un endroit tenu secret. Selon Moscovici, on y attendait « le tiers du gouvernement français », dont notamment les ministres des Affaires étrangères, Laurent Fabius, de l’Économie sociale et solidaire, Benoît Amon, ainsi que la présidente de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Élisabeth Guigou.


Mercredi, Pauline Marois termine sa visite par une rencontre avec des chefs d’entreprise français ayant des filiales au Québec.

 
 
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