L’édifice risque de s’écrouler
Le danger, c’est évidemment que nous finissions par être dégoûtés de tout ce qui va nous être révélé et que nous ayons la tentation de tourner le dos à toute l’information qui devrait, au contraire, servir à nous protéger à l’avenir contre toute tentative de répétition de ce que nous venons de vivre.
La dose ne sera pas une dose pour enfant. Nous avons déjà suffisamment de contenu pour bien réaliser à quel point notre vie démocratique a été malmenée et à quel point on nous a gardés dans l’ignorance et la soumission. La corruption avait fait son lit au coeur même de ce que nous sommes. Il va falloir un remède de cheval pour s’en débarrasser. Surtout, on aura besoin d’une bonne dose de persévérance, car la guérison sera longue et sans doute douloureuse.
Le principal problème, me semble-t-il, c’est que tout l’édifice démocratique que nous avons cru capable de résister à ce grand nettoyage menace de s’effondrer par grands pans sans que nous puissions intervenir. Nous allons découvrir que beaucoup de municipalités sont aux prises avec une corruption dont on avait choisi d’ignorer la profondeur parce qu’il y a toujours un moment où on préfère fermer les yeux sur ce qui est laid et sale que d’assumer de faire partie de la solution, ce qui demande souvent beaucoup de courage et même de l’entêtement. La seule consolation, c’est de pouvoir se dire qu’on y arrivera, que tout est en place pour que le grand nettoyage puisse avoir lieu.
Le pire, c’est d’accepter le fait qu’il faudra probablement tout recommencer dans 20 ou 30ans. La nature humaine étant ce qu’elle est, il est inutile de rêver que les humains deviendront meilleurs, plus honnêtes, plus conscients des ravages que leur comportement peut produire. Ce serait rêver en couleur, reconnaissons-le franchement. Tant que la richesse, l’enveloppe brune ou la promotion non méritée mesureront la valeur des individus ou leur réussite, nous devrons refaire le ménage pour nous assurer une justice sociale plus en équilibre avec la vie que nous voulons vivre.
Ce que nous allons vivre dans les semaines et les mois qui viennent devrait cependant nous inciter à profiter du déballage des petits et grands secrets des corrupteurs pour bien indiquer à nos enfants que ceux et celles qui vont voir leurs turpitudes exposées au grand jour ne sont pas des héros, ni des modèles, et éviter que ceux qui poussent derrière nous se mettent à jouer au caïd dans les cours d’école.
Nous allons vivre la rage au coeur d’avoir été bernés. Nous allons réaliser à quel point nous avons fait confiance. Nous allons souhaiter retrouver un peu de fierté dans nos institutions et ça ne sera sûrement pas le temps de dire que la politique, c’est sale et qu’on ne veut plus toucher à ça. Ce serait une grave erreur. C’est Thérèse Casgrain qui m’a enseigné qu’un citoyen doit rester au coeur de la politique, qu’il doit s’en mêler en permanence pour faire en sorte que quelqu’un de mal intentionné ne puisse le faire à sa place. C’est le cours citoyen 101.
Prendre sa place dans sa ville, prendre sa place dans son pays, prendre sa place dans le concert des nations avec l’expérience que nous apportons et que nous sommes d’accord pour partager, voilà un projet intéressant.
Reconnaître qu’une magouille est une magouille, qu’elle soit de 10 dollars ou de 10 millions de dollars. Se donner un code de conduite dicté par ses propres convictions et s’y tenir.
Mon sermon de cette semaine ne sert qu’à attirer votre attention sur le fait que l’exigence de droiture commence d’abord dans sa propre vie, et le partage librement consenti a bien meilleur goût.
La juge Charbonneau a la sagesse de nous donner le temps d’absorber les chocs tout doucement, à la mesure de nos capacités. Mais il est évident que les crapules commencent à frétiller sous son regard de feu. Allez-y, Madame. Nous sommes prêts, comme disait l’autre.








