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    Entre deux maux

    11 octobre 2012 |Michel David | Québec
    Pauline Marois avait été catégorique au lendemain de la formation de son cabinet. « La taxe santé sera annulée. […] Quand j’ai pris cet engagement, je savais qu’il y aurait des conséquences et je vais les assumer. »


    Elle a fait cette déclaration plus de deux semaines après les élections du 4 septembre. La nouvelle première ministre savait donc parfaitement qu’elle dirigerait un gouvernement minoritaire, avec toutes les contraintes que cela implique.

    Elle a également laissé Nicolas Marceau prendre les gens pour des imbéciles en niant, contre toute évidence, avoir escamoté le caractère rétroactif de la hausse d’impôt que les plus fortunés auraient à supporter. Pour une femme qui a plus de 30 ans d’expérience politique, autant d’amateurisme est renversant.
     
    Certes, elle ne sera pas la première à « marcher sur la peinture », comme disait Jean Chrétien, qui en avait donné une démonstration spectaculaire en revenant sur ses promesses d’abolir la TPS et de déchirer l’accord de libre-échange. Le problème est que Mme Marois aura moins de temps pour nettoyer les dégâts. Surtout que l’impasse budgétaire demeure entière, même si la confrontation avec l’opposition a été reportée au printemps.
     
    ***
     
    Ce cafouillage laissera inévitablement des séquelles. Les millions de contribuables dont la taxe santé sera simplement diminuée, alors que le PQ avait promis de l’éliminer en totalité, auront toutes les raisons de se sentir floués.
     
    Durant toute la campagne, il a répété qu’un taux fixe de 200 $ était inéquitable. Comment justifier qu’un contribuable dont le revenu imposable est de 42 000 $ paiera toujours la même taxe santé de 200 $ que celui dont le revenu est de 129 000 $? Les partis d’opposition ont raison : il y a eu fausse représentation. Le PQ avait promis d’imposer un fardeau additionnel de 1 milliard aux plus fortunés ; finalement, le transfert sera d’à peine 400 millions.
     
    Si la nouvelle formule de M. Marceau respecte « l’esprit » de sa promesse électorale, comme il le soutient, les libéraux pourront dire qu’ils ont également respecté « l’esprit » de leur engagement de 2003, même si les baisses d’impôt étaient très inférieures aux milliards qu’ils avaient fait miroiter.
     
    Le PQ risque de perdre sur tous les tableaux. Après cette volte-face, il ne peut plus espérer récupérer les voix perdues à Québec solidaire. Françoise David a eu beau jeu de dénoncer cette capitulation devant la cabale des possédants. Quant aux milieux d’affaires, le soulagement qu’ils ont pu ressentir ne fera pas disparaître la méfiance que le nouveau gouvernement leur inspire. En revanche, ils savent maintenant qu’il suffit d’un peu de chantage économique pour le faire retraiter.
     
    ***
     
    Un malheur n’arrive jamais seul, dit-on. Fort heureusement, le suivant peut parfois frapper ailleurs. Si embarrassé que soit le gouvernement, les révélations faites devant la commission Charbonneau placent les libéraux dans une situation encore plus gênante, et le pire est peut-être à venir.
     
    L’ancien ministre David Whissell aura beau traiter Lino Zambito de « bandit » dont les allégations ne sont pas crédibles, le gouvernement Charest a refusé si longtemps de créer une commission d’enquête que la population est maintenant convaincue qu’il voulait empêcher la vérité d’éclater. D’ailleurs, personne n’a semblé mettre en doute les affirmations de M. Zambito concernant la mafia ; pourquoi mentirait-il quand il s’agit des élus ?
     
    Par voie de communiqué, Nathalie Normandeau a fait savoir qu’elle n’a jamais été impliquée dans « l’organisation » des activités de financement où elle se contentait de faire acte de présence. Sans blague, croyait-elle réellement que les ingénieurs et les entrepreneurs qui se bousculaient à ses cocktails le faisaient pour ses beaux yeux ? Que les bouquets de roses et les billets de spectacle offerts par son « cher Lino » étaient simplement « l’expression de sa générosité » ?
     
    Moins catégoriques que leurs anciens collègues, les candidats à la succession de Jean Charest ont pris la précaution de condamner à l’avance toute irrégularité qui aurait pu être commise. Le nouveau ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, a d’ailleurs pris bonne note de leurs vertueuses dispositions.
     
    Raymond Bachand se voulait bien déterminé à bloquer la baisse d’impôt que son successeur entend inclure dans le budget du printemps prochain. Il reste à voir si le PLQ sera toujours dans des dispositions aussi belliqueuses après six mois d’audiences de la commission Charbonneau.
     
    Dans l’esprit de M. Bachand, le PQ vient de faire la preuve de son « incompétence absolue ». Après le témoignage de M. Zambito, bon nombre d’électeurs pourraient toutefois en arriver à la conclusion qu’elle constitue un moindre mal.
     
     
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