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La corruption morale de l’État et des affaires

10 octobre 2012 | François Leduc - Avocat, Québec | Québec

La collusion et la violation des règles de la libre concurrence, credo du libéralisme économique, remplacent la corruption des politiciens et des fonctionnaires lorsque le milieu des affaires n’arrive plus à soudoyer les serviteurs de l’État. Et vogue l’alternance. Moins de corruption, plus de collusion et vice versa.


Le chroniqueur Gilbert Lavoie du quotidien Le Soleil soulignait récemment à grands traits la quantité phénoménale d’accusations et de condamnations qui pèsent sur le monde politique et économique dans différentes municipalités du Québec : cartel du béton dans les années 1990 à Québec, corruptions récentes de fonctionnaires, tricheries dans les appels d’offres, manipulations des soumissions, pots-de-vin.


Dans le champ des élus municipaux, on sent chez certains une incompétence délibérée et une mollesse intéressée, banalisant la valeur de la commission Charbonneau.


Au niveau international, des entreprises canadiennes et québécoises, tout comme de grands groupes multinationaux, sont fréquemment la cible d’accusations de corruption et de pots-de-vin lors de l’octroi d’importants contrats publics dans l’aéronautique, le transport ferroviaire, les infrastructures, l’armement, les pharmaceutiques, l’informatique, sans compter les manipulations des marchés boursiers et les fraudes financières et bancaires qui ont marqué les dernières décennies.


À une autre échelle, dans un quartier près de chez vous, nous trouvons les adresses de professionnels bien en vue qui, pour éviter de payer des taxes municipales, masquent leur pratique professionnelle à domicile pour bénéficier également de l’exemption du gain de capital sur la vente de leur résidence.


C’est sans parler de l’opportunisme des milieux syndiqués et des hauts fonctionnaires, qui carburent aux fonds publics, naviguant entre les régimes de retraite somptueux, les congés de maladie accumulés, les années sabbatiques à travailler en conflit d’intérêts chez les gros clients des ministères à la veille de leur retraite, les promotions bidons à des postes supérieurs pour augmenter leur fonds de pension, les indemnités de départ d’une année pour les cadres supérieurs des universités en plus des retraites dorées, et j’en passe.

 

Partout, le corporatisme


On comprend mieux pourquoi à la veille des élections du 4 septembre, le gouvernement Charest avait cessé d’exister. Le premier ministre avait démissionné bien avant sa défaite électorale.


Et dès le lendemain des dernières élections, nous avons eu droit à la dénonciation unanime du milieu des affaires contre le gouvernement Marois, alors que ce même milieu des affaires faisait l’autruche depuis des années avant la commission Bastarache et la commission Charbonneau.


Et on voudrait de nouveau nous faire écouter le chant des sirènes des chambres de commerce et du Conseil du patronat, et bientôt celui des syndicats, pour croire que leurs dénonciations virulentes sont désintéressées et sincères. Le corporatisme est partout et la chose publique, la res publica, le dernier de leur souci et leur première convoitise. Notre volonté de vivre ensemble, c’est-à-dire dans un monde de justice pour chacun d’entre nous, toutes catégories confondues, est gravement compromise.


Les pilleurs et les vautours salivent de toutes leurs glandes afin d’emporter notre patrimoine humain et physique vers les abîmes, la mort de la civilisation entre les dents. Le progrès humain est inversement proportionnel à la progression de notre capacité de sombrer.


Si rien n’est entrepris, l’odeur deviendra de plus en plus fétide et insupportable. Le portrait est bien sombre, mais qui restera-t-il pour soigner tout ce dégât au rythme où vont les choses ? Ça prend un grand coup d’eau, mais pas n’importe lequel. Commençons au moins par refaire la chaîne humaine pour éteindre le feu à nos portes.

***
 

François Leduc - Avocat, Québec

 
 
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