Finances - Le PQ maintient le cap malgré un trou de 1,6 milliard
La croissance économique moins forte que prévu (500 millions de revenus en moins) et des dépassements de coûts de l’ordre de 1,1 milliard dans les dépenses des ministères compliquent donc déjà la tâche de Nicolas Marceau, le ministre des Finances, et de son collègue Stéphane Bédard, président du Conseil du trésor.
Les deux ministres ont dressé vendredi après-midi un premier état des livres dont ils viennent de prendre possession. Et le constat est plutôt sombre. Plus que l’avait laissé présager le 12 septembre le prédécesseur de M. Marceau, Raymond Bachand, qui avait établi à 800 millions le trou à combler pour respecter le budget à la fin de l’année.
« Le gouvernement libéral a laissé les choses aller à la fin de son mandat, a dénoncé M. Marceau. Il y a eu un relâchement. La croissance des dépenses [dans les ministères] était de 2,6 % après trois mois, alors que l’objectif pour l’année est de 2 %. » Ainsi les dépenses dépassaient-elles les prévisions de 1,1 milliard à la fin août. Une situation qui va changer, selon Stéphane Bédard.
« Nous allons revenir au niveau de croissance de 2 %. Il n’y a pas de compressions, on maintient [ce que le dernier budget Bachand prévoyait]. Mais personne n’a cherché à atteindre les objectifs depuis le début de l’année. On était en mode électoral plus que financier. » Selon M. Bédard, « il y a un défi, mais nous allons l’atteindre, et les objectifs budgétaires [déficit de 1,5 milliard cette année, équilibre l’an prochain] seront atteints. » Cela, en « protégeant les services aux citoyens et la classe moyenne ».
Comment, précisément ? La réponse complète ne viendra que mercredi. Dans l’attente, le gouvernement dit qu’il maintient l’ensemble de ses engagements : abolition immédiate de la taxe santé, annulation de la hausse des droits de scolarité, fermeture de Gentilly-2 - environ 1,2 milliard, qui sera inscrit en marge du déficit prévu pour 2012-2013.
À cet égard, M. Marceau a précisé qu’il s’agit d’une « écriture comptable » reliée à un « événement exceptionnel » et non récurrent : il n’y a donc pas lieu de l’ajouter au déficit officiel, dit-il. M. Marceau a toutefois reconnu qu’il est possible de dire que le véritable déficit sera de près de 3 milliards en comptant Gentilly. Question de perspective. Mais « ce n’est pas parce que les bonnes décisions économiques ont des effets comptables qu’il ne faut pas les prendre », a-t-il mis de l’avant.
Concernant le manque à gagner de 500 millions imputable à une croissance économique moins forte que prévu au budget (0,8 % au lieu de 1,5 %), Nicolas Marceau rappelle qu’il y a une provision pour imprévus de 300 millions incluse dans le cadre financier. Il souligne aussi que le bas niveau des taux d’intérêt pourrait amoindrir le fossé. Et il examine « l’opportunité d’intensifier les activités de lutte contre l’évasion fiscale ». « Il existe des solutions à l’intérieur des moyens que nous avons », dit-il.
Infrastructures
En marge de ces précisions, le gouvernement a annoncé vendredi son intention de « revoir l’ensemble du processus de gestion et d’approbation des dépenses en infrastructures ».
Stéphane Bédard a soulevé en conférence de presse que la vingtaine de projets d’infrastructures prioritaires au Québec enregistrent à l’heure actuelle des dépassements de coûts de l’ordre de 80 %. « La route des monts Otish a été annoncée à 260 millions : selon les chiffres du ministère, on est rendu à 470 millions pour deux tronçons, a-t-il mis de l’avant. Il faut améliorer le contrôle des coûts et trouver des solutions pour que les Québécois en aient pour leur argent. » Une firme externe aura d’ailleurs bientôt le mandat de trouver des solutions pour Infrastructure Québec.
Des « poules pas de tête »
La présentation des ministres Marceau et Bédard n’a pas impressionné le porte-parole libéral responsable des dossiers du Conseil du trésor, Sam Hamad. Plutôt que de défendre la gestion libérale des finances, M. Hamad a opté pour la contre-attaque et soutenu que le gouvernement péquiste se comporte « comme une poule pas de tête ».
Le dépassement des dépenses en cours d’exercice n’a rien de singulier, a rappelé M. Hamad en conférence de presse à Québec. Année après année, les ministres des Finances sont aux prises avec ce phénomène et parviennent à colmater les brèches, a-t-il fait remarquer. Mais en ce qui a trait au ralentissement de la croissance économique et au déclin de la consommation, M. Hamad estime que le gouvernement péquiste n’a rien à proposer à part « taxer les gens et bloquer le développement ».
Il a reproché au gouvernement d’exagérer le manque à gagner afin de se créer une provision pour justifier les dépenses reliées aux promesses péquistes. Sam Hamad met ainsi en doute la capacité du gouvernement Marois de maintenir le cap sur l’équilibre budgétaire en 2013-2014. Le déficit zéro « est menacé », croit-il.
En arrivant au pouvoir en 2003, les libéraux de Jean Charest avaient eux aussi poussé les hauts cris devant la situation des finances publiques. Le rapport qu’ils avaient commandé à l’ancien vérificateur général Guy Breton avait fait état d’un déficit caché de plus de 4 milliards.
Avec La Presse canadienne








