Philippe Couillard - L’art de leurrer la population
Monsieur Couillard est de cette mouture. Pourtant, quand il aborde des sujets qui me sont familiers, je perçois ses subtils dérapages. Ainsi, lorsqu’il parle de la place du privé dans le système de santé, fleuron du Québec, il insiste beaucoup sur le fait que la rémunération des professionnels doit provenir d’une seule source : la Régie de l’assurance maladie du Québec. Le grand public y voit deux éléments bien rassurants : une tarification unique des actes et un accès égalitaire aux services. Pourtant, c’est faux, car pour que l’introduction du privé respecte les valeurs de notre système de santé, il faut que les établissements privés soient ressources au système public et que la gestion des listes d’attente soit unique. J’insiste : que la gestion des listes d’attente soit unique pour un accès équitable.
Réalité tordue
De plus, pour un « expert » en système de santé, s’appuyer sur les « qualités du système français », système à deux vitesses, montre son aptitude à tordre une réalité au profit de sa cause. D’abord, il parle rarement du déficit incontrôlable de la Sécurité sociale française, mais allons à l’essentiel. Le système français se caractérise par une surprescription et une surutilisation des actes et des techniques, excès que vous avez du mal à imaginer. Je connais de l’intérieur le système français, dans lequel j’ai fait mes études, et je demeure assez branchée sur son fonctionnement actuel, car je suis fréquemment sollicitée par les miens pour divers avis. Il ne parle pas de ces excès, pourtant la marque de la privatisation des services.
Il est aussi intéressant de voir que la partie privée du système français se concentre sur les bureaux de première ligne, les cliniques chirurgicales centrées sur la chirurgie élective, les centres d’imagerie et les laboratoires et plus récemment, les cliniques spécialisées. Autant dire que le privé occupe le terrain des actes payants, prévisibles, planifiables. La crème, quoi !
Les défenseurs du public
La partie publique du système doit faire « le reste » (entre autres, les services d’urgences, la traumatologie, la médecine difficile et à long terme), et c’est ce reste qui est le défi d’un système de santé. Vous remarquerez que chez nous, les ténors de l’introduction du privé dans notre système sont surtout des spécialistes à techniques. Heureusement, pas tous, tant s’en faut !
On peut le dire autrement : les défenseurs de notre système public sont surtout les médecins de famille, les pédiatres, les gériatres, les internistes et autres spécialistes plus cliniques où le temps consacré à chaque patient joue un rôle central en matière de qualité des soins.
Je frémis à l’idée que les qualités de communicateur exceptionnel du « bon docteur Couillard » pourraient aussi servir à leurrer la population sur bien d’autres dossiers que celui de la santé. Pourtant, sur celui de la santé, c’est déjà beaucoup trop.








