Commission Charbonneau: Zambito affirme qu'il fallait payer le parti du maire
Gérald Tremblay défend son intégrité mais l'opposition réclame sa tête
L'ex-entrepreneur en construction Lino Zambito a affirmé, lundi, à la Commission Charbonneau, que la quote-part de 2,5 % que les entrepreneurs devaient payer au clan Rizzuto avait été haussée une première fois pour financer le parti du maire de Montréal, puis une seconde fois pour payer un ingénieur de la ville. Mais le directeur général d'Union Montréal et le maire Tremblay ont assuré que le financement du parti est impeccable.
L'ancien dirigeant d'Infrabec, une entreprise qui était spécialisée dans les égouts et canalisations, avait témoigné, la semaine dernière, du fait qu'il devait verser à la mafia 2,5 % de la valeur des contrats qu'il obtenait à Montréal.
S'est ajoutée à compter de 2005-2006 une part de 3 % pour le parti politique du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, a-t-il soutenu. Il n'a toutefois pu dire à qui, dans l'organisation du parti, cette somme devait être versée. «C'était à l'organisation, aux organisateurs», a-t-il dit.
Ensuite, une autre somme équivalant à 1 % de la valeur des contrats s'est ajoutée à la contribution due, cette fois pour un ingénieur de la ville de Montréal, a témoigné M. Zambito. L'ingénieur en question, qu'il a identifié comme étant Gilles Surprenant, se faisait même surnommer TPS, pour «Taxe pour Surprenant», a noté M. Zambito.
Cet ingénieur aujourd'hui retraité travaillait à la conception des travaux pour lesquels des appels d'offres devaient être lancés. Et, selon le témoignage de M. Zambito, il veillait à augmenter les prix graduellement.
Il a relaté avoir versé à ce seul ingénieur, sur huit ou 10 ans, «aux alentours de 100 000 $, 200 000 $». Les autres entrepreneurs en faisaient autant, à sa connaissance.
Il a également invité ce fonctionnaire de la ville à un tournoi de golf en 2007 et à d'autres. Il l'a notamment invité au Mexique, dans une villa dont son père était actionnaire.
Il a cité le cas d'un autre ingénieur, surveillant de chantier, Luc Leclerc, à qui il aurait versé «au-dessus de 200 000 $».
Cet ingénieur Leclerc exploitait également un restaurant à Repentigny, auquel M. Zambito a dû se rendre pour discuter. Et il n'était pas le seul entrepreneur. «À ma connaissance, il y en avait un à chaque midi qui était «booké» là. C'était les entrepreneurs qui faisaient vivre le restaurant.»
Le procureur de la commission, Me Denis Gallant, lui a demandé s'il savait que M. Leclerc était voisin, à Brossard, de Frank et Paolo Catania, des Entreprises F. Catania. Oui, a répondu M. Zambito. «Est-ce que c'est à votre connaissance que les Catania auraient payé une partie de cette maison-là?» lui a demandé l'avocat. M. Zambito a dit l'ignorer.
Les extras
En plus des contributions à payer à la mafia, au parti municipal et à MM. Surprenant et Leclerc, M. Zambito a expliqué qu'il y avait aussi une autre magouille, celle des «extras».
Dans tout contrat public, une somme d'environ 10 % doit être prévue pour les «contingences», c'est-à-dire des imprévus qui peuvent véritablement survenir lors de l'exécution d'un contrat.
Or, lorsque cette enveloppe d'«extras» n'était pas totalement dépensée, après exécution du contrat, il y avait moyen de s'entendre avec l'un des ingénieurs participant au stratagème pour réclamer de faux extras. Les faux extras étaient alors répartis à raison de 75 % pour l'entrepreneur et 25 % pour l'ingénieur, a-t-il relaté.
Et même les vrais extras qui devaient être réclamés comptaient un peu d'inflation, a-t-il fini par admettre.
M. Zambito a laissé entendre que ce sont ces fonctionnaires qui réclamaient des avantages et des sommes d'argent, et non l'inverse. «Ils sont quand même assez à l'aise pour nous approcher et donner l'ouverture», a-t-il confié.
«Ce sont eux qui s'invitent à venir. Ils sont au courant que votre père a un complexe hôtelier à l'extérieur; ils en ont entendu parler. Ça fait qu'on vous fait la remarque à plusieurs reprises: "ça serait l'fun qu'on aille jouer au golf une semaine au Mexique, puis qu'on reste à votre hôtel". On vous passe le message une fois, on vous le passe deux fois, trois fois. Un moment donné, il faut être en mesure de lire entre les lignes», a résumé M. Zambito.
Il a cité le cas d'un troisième fonctionnaire municipal qu'il avait invité à un tournoi de golf et qui lui donnait en retour la liste de ses concurrents pour un appel d'offres, même si ces informations étaient censées rester confidentielles. Il ne l'a toutefois pas rémunéré.
Devant l'énumération de noms de fonctionnaires municipaux qui participaient au système, à un échelon ou à un autre, le commissaire Renaud Lachance a manifesté son étonnement. «Ça ne se jasait pas un peu?» a-t-il demandé au témoin.
M. Zambito a admis que lui-même trouvait «ridicule» que tous les entrepreneurs et fournisseurs le savaient, ainsi que plusieurs personnes à la Ville, mais que ça continuait quand même. «C'était "business as usual". C'était rendu ridicule», a-t-il conclu.
Quand la présidente de la commission, France Charbonneau, lui a demandé s'il croyait qu'à tous les échelons de la ville de Montréal, il y avait des gens corrompus, M. Zambito a été catégorique: «absolument».
Après avoir exposé ce système à la ville de Montréal, M. Zambito a noté que le système n'était pas le même pour les contrats du ministère des Transports du Québec et de la ville de Laval.
Il a toutefois abordé le cas d'un contrat qu'il a tenté d'obtenir pour le ministère des Transports, au Rond-Point L'Acadie à Montréal, contre une des entreprises de Tony Accurso, Louisbourg Construction.
N'ayant pu s'entendre avec le vice-président de Louisbourg Construction pour se «tasser» et lui laisser la place, M. Zambito a été «convoqué» à un restaurant de Laval qui appartenait à Tony Accurso. Et c'est Vito Rizzuto lui-même, une des têtes dirigeantes de la mafia, qui est intervenu pour arbitrer le différend entre les deux entrepreneurs qui voulaient décrocher le contrat.
M. Zambito a finalement laissé tomber, mais sans avoir reçu de menaces. «Je vais laisser aller en échange d'un service à venir», avait-il confié au «médiateur» Vito Rizzuto.
Son témoignage se poursuit mardi.
La tête de Tremblay réclamée par les partis d'opposition
Les allégations de Lino Zambito ont secoué l'hôtel de ville de Montréal. Mais les membres du parti qui le dirige se sont montrés inébranlables: à l'instar du maire Tremblay, le directeur général d'Union Montréal (UM), Richard Mimeau, a assuré que le financement du parti est impeccable, allant jusqu'à mettre en doute la crédibilité de M. Zambito.
«Je ne sais pas s'il ment», a répondu M. Mimeau, à qui on venait de faire remarquer qu'il paraissait fort calme, malgré les allégations qui accablent son parti.
«Je suis à Union Montréal depuis 2008, je n'ai jamais rien vu d'anormal. De 2001 à aujourd'hui, il n'y a jamais rien eu», a-t-il ajouté, rejetant au passage la possibilité qu'il existe un système de «comptabilité parallèle» au sein du parti.
Dans un bref point de presse, le maire Tremblay a défendu son intégrité, affirmant qu'il avait lui-même réclamé une enquête pour faire la lumière sur les allégations qui pesaient contre l'administration montréalaise. Il a demandé d'attendre la fin des travaux de la Commission avant de porter un jugement.
«Je ne veux pas me cacher, je ne veux pas vous donner l'impression que j'ai quoi que ce soit à me reprocher, j'ai la conscience en paix», a-t-il déclaré, non sans rappeler qu'il avait lui-même «souhaité» la tenue d'une commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction.
«Pour ce qui est du financement, le directeur général des élections vérifie nos états financiers tous les ans et il n'a jamais porté de plainte de quelque nature que ce soit», a-t-il ajouté.
M. Tremblay a également rappelé qu'il avait retardé la semaine dernière deux contrats de Construction Mivela, dont l'ancien propriétaire, Nicolo Milioto, est apparu sur des bandes vidéo filmées par la police au club Consenza de Montréal. Selon certains témoignages, M. Milioto aurait servi d'intermédiaire entre la mafia et les entrepreneurs en construction, et c'est ce qui expliquerait les images sur lesquelles il reçoit de nombreuses liasses d'argent.
«J'ai mis en place tous les moyens à ma disposition pour nous assurer d'avoir les meilleurs soumissionnaires au meilleur prix possible», a déclaré le maire.
L'opposition persiste
Mais les partis d'opposition ne l'entendent pas de la même manière. La chef de Vision Montréal, Louise Harel, et celui de Projet Montréal, Richard Bergeron, réclament tous les deux la démission du maire Tremblay. Selon eux, «le temps de l'aveuglement volontaire est révolu» et le maire a perdu toute "crédibilité" et toute "légitimité" pour gouverner.
Une heure plus tard, dans les bureaux de son parti pour présenter Nino Colavecchio, le nouveau candidat d'Union Montréal à l'élection complémentaire de Rivière-des-Prairies du 11 novembre prochain, M. Tremblay a répété qu'il n'entendait pas démissionner.
L'ancien dirigeant d'Infrabec, une entreprise qui était spécialisée dans les égouts et canalisations, avait témoigné, la semaine dernière, du fait qu'il devait verser à la mafia 2,5 % de la valeur des contrats qu'il obtenait à Montréal.
S'est ajoutée à compter de 2005-2006 une part de 3 % pour le parti politique du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, a-t-il soutenu. Il n'a toutefois pu dire à qui, dans l'organisation du parti, cette somme devait être versée. «C'était à l'organisation, aux organisateurs», a-t-il dit.
Ensuite, une autre somme équivalant à 1 % de la valeur des contrats s'est ajoutée à la contribution due, cette fois pour un ingénieur de la ville de Montréal, a témoigné M. Zambito. L'ingénieur en question, qu'il a identifié comme étant Gilles Surprenant, se faisait même surnommer TPS, pour «Taxe pour Surprenant», a noté M. Zambito.
Cet ingénieur aujourd'hui retraité travaillait à la conception des travaux pour lesquels des appels d'offres devaient être lancés. Et, selon le témoignage de M. Zambito, il veillait à augmenter les prix graduellement.
Il a relaté avoir versé à ce seul ingénieur, sur huit ou 10 ans, «aux alentours de 100 000 $, 200 000 $». Les autres entrepreneurs en faisaient autant, à sa connaissance.
Il a également invité ce fonctionnaire de la ville à un tournoi de golf en 2007 et à d'autres. Il l'a notamment invité au Mexique, dans une villa dont son père était actionnaire.
Il a cité le cas d'un autre ingénieur, surveillant de chantier, Luc Leclerc, à qui il aurait versé «au-dessus de 200 000 $».
Cet ingénieur Leclerc exploitait également un restaurant à Repentigny, auquel M. Zambito a dû se rendre pour discuter. Et il n'était pas le seul entrepreneur. «À ma connaissance, il y en avait un à chaque midi qui était «booké» là. C'était les entrepreneurs qui faisaient vivre le restaurant.»
Le procureur de la commission, Me Denis Gallant, lui a demandé s'il savait que M. Leclerc était voisin, à Brossard, de Frank et Paolo Catania, des Entreprises F. Catania. Oui, a répondu M. Zambito. «Est-ce que c'est à votre connaissance que les Catania auraient payé une partie de cette maison-là?» lui a demandé l'avocat. M. Zambito a dit l'ignorer.
Les extras
En plus des contributions à payer à la mafia, au parti municipal et à MM. Surprenant et Leclerc, M. Zambito a expliqué qu'il y avait aussi une autre magouille, celle des «extras».
Dans tout contrat public, une somme d'environ 10 % doit être prévue pour les «contingences», c'est-à-dire des imprévus qui peuvent véritablement survenir lors de l'exécution d'un contrat.
Or, lorsque cette enveloppe d'«extras» n'était pas totalement dépensée, après exécution du contrat, il y avait moyen de s'entendre avec l'un des ingénieurs participant au stratagème pour réclamer de faux extras. Les faux extras étaient alors répartis à raison de 75 % pour l'entrepreneur et 25 % pour l'ingénieur, a-t-il relaté.
Et même les vrais extras qui devaient être réclamés comptaient un peu d'inflation, a-t-il fini par admettre.
M. Zambito a laissé entendre que ce sont ces fonctionnaires qui réclamaient des avantages et des sommes d'argent, et non l'inverse. «Ils sont quand même assez à l'aise pour nous approcher et donner l'ouverture», a-t-il confié.
«Ce sont eux qui s'invitent à venir. Ils sont au courant que votre père a un complexe hôtelier à l'extérieur; ils en ont entendu parler. Ça fait qu'on vous fait la remarque à plusieurs reprises: "ça serait l'fun qu'on aille jouer au golf une semaine au Mexique, puis qu'on reste à votre hôtel". On vous passe le message une fois, on vous le passe deux fois, trois fois. Un moment donné, il faut être en mesure de lire entre les lignes», a résumé M. Zambito.
Il a cité le cas d'un troisième fonctionnaire municipal qu'il avait invité à un tournoi de golf et qui lui donnait en retour la liste de ses concurrents pour un appel d'offres, même si ces informations étaient censées rester confidentielles. Il ne l'a toutefois pas rémunéré.
Devant l'énumération de noms de fonctionnaires municipaux qui participaient au système, à un échelon ou à un autre, le commissaire Renaud Lachance a manifesté son étonnement. «Ça ne se jasait pas un peu?» a-t-il demandé au témoin.
M. Zambito a admis que lui-même trouvait «ridicule» que tous les entrepreneurs et fournisseurs le savaient, ainsi que plusieurs personnes à la Ville, mais que ça continuait quand même. «C'était "business as usual". C'était rendu ridicule», a-t-il conclu.
Quand la présidente de la commission, France Charbonneau, lui a demandé s'il croyait qu'à tous les échelons de la ville de Montréal, il y avait des gens corrompus, M. Zambito a été catégorique: «absolument».
Après avoir exposé ce système à la ville de Montréal, M. Zambito a noté que le système n'était pas le même pour les contrats du ministère des Transports du Québec et de la ville de Laval.
Il a toutefois abordé le cas d'un contrat qu'il a tenté d'obtenir pour le ministère des Transports, au Rond-Point L'Acadie à Montréal, contre une des entreprises de Tony Accurso, Louisbourg Construction.
N'ayant pu s'entendre avec le vice-président de Louisbourg Construction pour se «tasser» et lui laisser la place, M. Zambito a été «convoqué» à un restaurant de Laval qui appartenait à Tony Accurso. Et c'est Vito Rizzuto lui-même, une des têtes dirigeantes de la mafia, qui est intervenu pour arbitrer le différend entre les deux entrepreneurs qui voulaient décrocher le contrat.
M. Zambito a finalement laissé tomber, mais sans avoir reçu de menaces. «Je vais laisser aller en échange d'un service à venir», avait-il confié au «médiateur» Vito Rizzuto.
Son témoignage se poursuit mardi.
La tête de Tremblay réclamée par les partis d'opposition
Les allégations de Lino Zambito ont secoué l'hôtel de ville de Montréal. Mais les membres du parti qui le dirige se sont montrés inébranlables: à l'instar du maire Tremblay, le directeur général d'Union Montréal (UM), Richard Mimeau, a assuré que le financement du parti est impeccable, allant jusqu'à mettre en doute la crédibilité de M. Zambito.
«Je ne sais pas s'il ment», a répondu M. Mimeau, à qui on venait de faire remarquer qu'il paraissait fort calme, malgré les allégations qui accablent son parti.
«Je suis à Union Montréal depuis 2008, je n'ai jamais rien vu d'anormal. De 2001 à aujourd'hui, il n'y a jamais rien eu», a-t-il ajouté, rejetant au passage la possibilité qu'il existe un système de «comptabilité parallèle» au sein du parti.
Dans un bref point de presse, le maire Tremblay a défendu son intégrité, affirmant qu'il avait lui-même réclamé une enquête pour faire la lumière sur les allégations qui pesaient contre l'administration montréalaise. Il a demandé d'attendre la fin des travaux de la Commission avant de porter un jugement.
«Je ne veux pas me cacher, je ne veux pas vous donner l'impression que j'ai quoi que ce soit à me reprocher, j'ai la conscience en paix», a-t-il déclaré, non sans rappeler qu'il avait lui-même «souhaité» la tenue d'une commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction.
«Pour ce qui est du financement, le directeur général des élections vérifie nos états financiers tous les ans et il n'a jamais porté de plainte de quelque nature que ce soit», a-t-il ajouté.
M. Tremblay a également rappelé qu'il avait retardé la semaine dernière deux contrats de Construction Mivela, dont l'ancien propriétaire, Nicolo Milioto, est apparu sur des bandes vidéo filmées par la police au club Consenza de Montréal. Selon certains témoignages, M. Milioto aurait servi d'intermédiaire entre la mafia et les entrepreneurs en construction, et c'est ce qui expliquerait les images sur lesquelles il reçoit de nombreuses liasses d'argent.
«J'ai mis en place tous les moyens à ma disposition pour nous assurer d'avoir les meilleurs soumissionnaires au meilleur prix possible», a déclaré le maire.
L'opposition persiste
Mais les partis d'opposition ne l'entendent pas de la même manière. La chef de Vision Montréal, Louise Harel, et celui de Projet Montréal, Richard Bergeron, réclament tous les deux la démission du maire Tremblay. Selon eux, «le temps de l'aveuglement volontaire est révolu» et le maire a perdu toute "crédibilité" et toute "légitimité" pour gouverner.
Une heure plus tard, dans les bureaux de son parti pour présenter Nino Colavecchio, le nouveau candidat d'Union Montréal à l'élection complémentaire de Rivière-des-Prairies du 11 novembre prochain, M. Tremblay a répété qu'il n'entendait pas démissionner.










