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Le technicien

29 septembre 2012 | Michel David | Québec
La question était trop tentante pour ne pas être posée : en choisissant d’annoncer officiellement son entrée dans la course à la succession de Jean Charest à l’oratoire Saint-Joseph, hier matin, Raymond Bachand espérait-il un miracle ?

Le sondage Léger Marketing-QMI, dont les résultats ont été publiés hier matin, a simplement confirmé ce que tout le monde pressentait : tous partis confondus, les Québécois voient en Philippe Couillard le meilleur candidat à la chefferie du PLQ. Autrement dit, celui avec lequel les libéraux auraient les meilleures chances de reprendre le pouvoir.


Raymond Bachand arrive deuxième, mais très loin derrière M. Couillard, tout juste devant Pierre Moreau et même Pierre Paradis. Son retard est encore plus important dans l’électorat libéral. Certes, il reste encore cinq mois avant le congrès, mais la côte à remonter s’annonce d’autant plus abrupte que l’organisation de l’ancien ministre de la Santé semble déjà avoir quadrillé le territoire.


Quatre députés étaient aux côtés de M. Bachand hier. Il y a fort à parier qu’il y en aura davantage autour de M. Couillard la semaine prochaine. En évoquant les valeurs spirituelles - et touristiques - associées à l’Oratoire, M. Bachand a sans doute donné raison à ses collègues qui ont vanté son sens de l’humour à l’unisson, mais cela ne suffira peut-être pas à compenser ses nombreux handicaps.

 

***


C’est devenu un lieu commun de souligner son absence de charisme, mais Robert Bourassa n’en avait guère plus, certainement moins que les ténors du PLQ qui convoitaient la succession de Jean Lesage. Ce qui ne l’empêchait pas d’être un homme attachant, comme l’est sans doute le « vrai » Raymond Bachand. La présence de l’épouse de l’ancien premier ministre, venue lui apporter son appui, invitait d’ailleurs au parallèle.


Les deux hommes avaient également un commun intérêt pour le développement économique et une véritable passion pour les questions financières. Faut-il rappeler qu’au début de son premier règne, M. Bourassa était son propre ministre des Finances ?


Le contexte est cependant très différent. En 1970, le jeune économiste qu’il était symbolisait l’entrée du Québec - et du PLQ - dans la modernité. Bien sûr, l’économie est toujours d’actualité, mais les libéraux rêvent aussi de renouer avec leur passé glorieux, quand leur parti était également synonyme de progrès et de justice sociale.


M. Bachand en est d’ailleurs le premier conscient. Certes, il a eu de bons mots pour Jean Charest, mais il a également déploré une certaine « érosion » de la coalition que le PLQ a déjà constituée, insistant sur le fait qu’il est nécessaire qu’il « redevienne » un parti d’idées et de débat.


Le problème est qu’il est perçu comme un froid technicien, alors qu’une aura d’humanisme entoure M. Couillard. Cette image ne rend sans doute pas justice à l’ancien ministre des Finances, mais il sera très difficile de la modifier en quelques mois.


Qui plus est, son bilan aux Finances est loin de faire l’unanimité, même si on le juge généralement compétent. Après avoir été le grand architecte de la révolution tarifaire qui a marqué le dernier mandat libéral, comment peut-il prétendre incarner le changement ? Des trois candidats les plus probables, il est le seul dont les personnes interrogées par Léger Marketing ont une opinion plus souvent négative que positive.


Il a beau laisser entendre que, dans l’hypothèse où il deviendrait premier ministre, la taxe santé ne serait pas ressuscitée et qu’il pourrait bien se contenter d’une hausse des droits de scolarité plus modeste, voire d’une simple indexation qui préserverait le principe de la contribution des étudiants au financement des universités, son passé est trop récent pour être si vite oublié.


***


Bien entendu, M. Bachand s’est refusé au moindre commentaire sur les circonstances troublantes dans lesquelles son collègue de la Santé avait démissionné pour se joindre à un fonds privé d’investissement en santé, ni sur son association avec l’ancien patron du Centre universitaire de santé McGill, Arthur Porter, recherché par l’escouade Marteau, mais qui demeure introuvable. Il a simplement assuré que lui-même ne fera « aucun compromis sur l’intégrité ».


Il serait trop délicat pour l’un ou l’autre des candidats de commencer à fouiller les placards de ses adversaires. Leurs entourages n’auront cependant pas les mêmes scrupules et ne manqueront pas d’encourager les journalistes à poser les « bonnes questions ».


Il est vrai que M. Couillard est à maints égards un homme intrigant. D’ici l’annonce officielle de son entrée dans la course, la semaine prochaine, il aura mis un terme à ses nombreuses activités, mais ce serait certainement une première qu’un premier ministre du Québec, ou simplement un aspirant au poste, ait déjà été membre du comité de surveillance du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

 
 
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