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Définition de l’être humain - Pro-discussion

26 septembre 2012 | Jonathan Guilbault - Séminariste au Grand Séminaire de Montréal | Québec
Le député conservateur Stephen Woodworth
Photo : La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Le député conservateur Stephen Woodworth

La motion 312 déposée par le député conservateur Stephen Woodworth, proposant, par le biais d’un comité parlementaire spécial, le réexamen de la définition d’un être humain, permet d’éprouver à nouveau la sensibilité épidermique de bien des Québécois concernant ce qui environne de près ou de loin la problématique de l’avortement.


Des plumes acerbes ont carrément accusé une fin de non-recevoir à grand renfort de qualificatifs tranchants. Il m’a semblé qu’on pouvait difficilement exprimer notre intérêt pour la question soulevée sans passer pour un homme des cavernes, ou pire encore : un traître à la cause des femmes.


Je suis heureux quand des femmes alertes et engagées dénoncent les entraves à l’égalité entre les sexes. L’office de vigile qu’exerce un certain féminisme interpelle encore avec pertinence des réflexes sociaux, culturels et ecclésiaux consolidés par des siècles de patriarcat. Cependant, au Québec, le féminisme n’en est peut-être plus au temps où il lui fallait, pour espérer gagner une bataille, montrer les crocs chaque fois qu’on lui posait une question.


D’ailleurs, féminisme ou pas, s’est installé un climat de pensée unique dans la sphère publique qui rend malaisé un dialogue constructif à propos de sujets pouvant hypothétiquement égratigner les droits des femmes - surtout si on est un homme. C’est le cas du statut du foetus, pour des raisons évidentes. Or, rouvrir la discussion en cette matière n’est pas nécessairement vouloir attenter d’avance au droit des femmes à disposer de leur corps. Ça peut tout simplement être l’effet d’un trouble légitime par rapport au fait qu’après un accouchement, on est en présence d’un être humain, alors que ce ne serait pas le cas une minute auparavant. Il y a là matière à réflexion, et à discussion.

 

Accepter le débat ?


Mais les pro-choix peuvent s’interroger sur la possibilité même d’un débat serein, ou de bonne foi. Certes, puisque l’histoire montre qu’une loi n’entraîne pas ipso facto l’arrêt d’une pratique, certains partisans de la reconnaissance du foetus comme être humain se demandent, dans le contexte de l’absence d’un consensus fort, s’il ne serait pas préférable de s’en tenir à un recadrage de la pratique abortive et à un investissement massif en éducation préventive.


Cependant, plusieurs autres privilégient une équation autrement plus ramassée : si on reconnaît le foetus comme être humain, l’avortement devient un acte criminel.


Ainsi, accepter le débat, c’est risquer de perdre des acquis jugés définitifs par les tenants de la pensée dominante. Ce risque doit-il être assumé ? Évidemment. Les débats douloureux ne manquent pas dans nos sociétés pluralistes modernes, et nous ne pouvons guère nous permettre de les éviter. Il en va, pour nous et pour les acteurs sociaux de l’avenir, d’un enjeu de « santé mentale publique ».


En effet, il est urgent de s’extirper l’esprit de formules creuses comme « pro-vie » et « pro-choix » pour approfondir ce qu’est, pour nous, une vie humaine authentique et un usage sain de notre liberté de choisir. Il l’est tout autant d’échapper au naufrage d’une revendication de droits dont on aurait oublié les fondements, d’une valorisation superficielle d’une humanité dont on ne saurait plus trop d’où elle tire sa dignité.


En outre, puisque les sciences humaines et naturelles font constamment de nouvelles découvertes et que nos sensibilités évoluent avec le temps, il est normal qu’un sujet aussi capital que la définition d’un être humain émerge ponctuellement dans l’agora, et que des points de vue divergents puissent s’exprimer sans se heurter à un répondeur automatique.

***

Jonathan Guilbault - Séminariste au Grand Séminaire de Montréal

 
 
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