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Commission Charbonneau - La mafia des chantiers à New York : un air de déjà-vu

L’ancien agent du FBI Joseph Pistone évoque les liens entre le clan Bonanno et la mafia montréalaise

25 septembre 2012 | Kathleen Lévesque | Québec
Des photos d’archives de l’ancien agent du FBI Joseph Pistone, alias Donnie Brasco, qui a infiltré le clan Bonanno, à New York.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Des photos d’archives de l’ancien agent du FBI Joseph Pistone, alias Donnie Brasco, qui a infiltré le clan Bonanno, à New York.

Le dossier du Devoir
sur la Commission Charbonneau
Après une semaine de témoignages d’experts, la commission Charbonneau s’est rapprochée lundi de l’industrie de la construction, un univers investi par la mafia, où la corruption des politiciens, des donneurs d’ouvrage et l’infiltration des syndicats ainsi que le placement de la main-d’oeuvre sont monnaie courante. Du coup, les travaux de la commission ont trouvé écho au Québec

C’est ce qui ressort des déclarations de l’ex-agent du FBI Joseph Pistone qui a décrit devant la commission Charbonneau un système de corruption au sein de l’industrie de la construction new-yorkaise. M. Pistone qui a utilisé le nom de Donnie Brasco pour être accepté au sein de la famille Bonanno, a raconté comment la mafia de New York a mis sur pied une organisation appelée le « Club » afin d’avoir la mainmise sur les lucratifs contrats de la construction et ainsi se partager la manne.


Cela ressemble à ce qui se passe dans la grande région de Montréal où il existerait un cartel d’entrepreneurs connu sous le nom de « Fabulous Fourteen ». Un regroupement de firmes de génie-conseil connu comme le « club des neuf » travaillerait main dans la main avec le « Fabulous Fourteen ».


Joseph Pistone a indiqué que les méthodes de travail sont diverses. Par exemple, les matériaux de construction de base (notamment le ciment) sont sous le contrôle de la mafia, ce qui permet de fixer les prix, a-t-il mentionné. De plus, des entreprises sont créées de toutes pièces alors que d’autres, déjà en activité, sont prises d’assaut par la mafia.


Chose certaine, les chantiers coûtent plus cher lorsque la mafia s’y implique. Et ce coût est toujours transféré à la population, a indiqué l’ancien policier. La mafia, « ce n’est pas une société honorable. […] C’est le public qui paie ».


Selon son témoignage, la rentabilité des activités de la mafia dans l’industrie de la construction est grande dans les régions les plus populeuses et où l’on retrouve un haut taux de syndicalisation. De plus, Joseph Pistone a expliqué l’importance de développer des réseaux, notamment chez les politiciens ou les entrepreneurs qu’il est facile de corrompre avec de l’argent ou en trouvant leurs faiblesses (dette, drogue, sexe, par exemple) et ainsi les intimider et les menacer.


Mais il faut dénoncer tout chantage, a-t-il soutenu. « Le crime organisé ne peut fonctionner sans corruption. »

 

Liens entre la mafia new-yorkaise et montréalaise


Joseph Pistone a également abordé brièvement les liens entre la famille Bonanno de New York et la mafia montréalaise. Il a relaté des voyages à Montréal d’un des membres du clan pour rencontrer Cotroni qui dirigeait alors une « faction » de la famille Bonanno.


Aujourd’hui encore, les mafiosi de New York brasseraient des affaires avec Montréal. D’ailleurs, M. Pistone a rappelé que la famille Bonanno avait fait appel à un tireur montréalais pour participer au meurtre de trois capos (capitaines) qui s’étaient rebellés. Il s’agit de Vito Rizzuto, le parrain présumé de la mafia montréalaise qui purge une peine aux États-Unis. M. Rizzuto doit quitter la prison d’ici la mi-octobre.


Ces événements remontent à 1981. Joseph Pistone, alias Donnie Brasco, s’était fait ordonner d’abattre le quatrième mafieux concerné. C’est à ce moment-là que le FBI a décidé de mettre fin à l’opération.


Ironiquement, lorsque l’infiltration de Pistone fut révélée, la mafia n’y croyait pas et pensait plutôt que Donnie Brasco avait été kidnappé. En six ans, en effet, Donnie Brasco avait fait du chemin au sein de la mafia et tissé des liens pour démontrer que le clan avait toutes les raisons de lui faire confiance.


Joseph Pistone s’était forgé une identité crédible. Pour se préparer à approcher la mafia, il a reçu une formation en gemmologie et il a appris à neutraliser les systèmes d’alarme et à forcer les coffres-forts. Donnie Brasco avait tout du petit receleur. Mais il a dû se montrer patient. Pendant environ six à sept mois, il a fréquenté un bar où de nombreux clients étaient liés à la mafia avant d’avoir un premier contact.


Son travail d’infiltration aura entraîné une vingtaine de procès et plus de 200 condamnations de dirigeants de la mafia. Son histoire a inspiré le film Donnie Brasco. Mais il n’y a rien de romantique dans ce qu’a raconté Joseph Pistone, qui a insisté sur le fait que mentir, voler, tricher et tuer est légitime dans le monde de la mafia.

***

Des mesures de sécurité exceptionnelles pour Joseph Pistone

Le témoignage de Joseph Pistone a nécessité des mesures de sécurité exceptionnelles puisque la tête de cet ancien agent du FBI est mise à prix depuis son infiltration de la mafia new-yorkaise à la fin des années 1970. La commission Charbonneau a ordonné aux médias de ne pas filmer ou photographier M. Pistone. Il est toutefois permis de diffuser des images déjà publiques. M. Pistone a témoigné caché par un paravent.

 
 
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