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    Langue - Au-delà du français menacé

    22 septembre 2012 | Pierre Nepveu - Écrivain | Québec
    Le français peut-il être autre chose au Québec qu’une « langue menacée » par l’anglicisation ? Est-ce vraiment la seule manière juste d’en parler ? La question se pose au moment où le gouvernement de Pauline Marois se met à l’oeuvre, armé d’un programme qui compte raffermir la Charte de la langue française.

    Il y a tout de même un paradoxe à affirmer que les anglophones de Montréal sont « une richesse » pour le Québec et qu’il faut établir des liens « organiques » avec eux, comme l’a affirmé notre première ministre en prenant les commandes de l’État, alors que son propre parti semble incapable, depuis des années, de parler de la présence de l’anglais à Montréal autrement qu’en agitant le spectre de l’« anglicisation ». Cette vision toujours antagoniste, toujours conflictuelle, qui n’est d’ailleurs pas l’apanage du seul Parti québécois, paraît peu invitante, c’est le moins qu’on puisse dire, et on comprend les réticences des milieux anglophones.


    Mais c’est le rapport au français parlé à Montréal et au Québec qui se trouve du même coup en cause. Il y a en effet quelque chose de débilitant à répéter jour après jour, comme un mantra, que « notre langue est menacée ». Débilitant, parce qu’à force d’appuyer sans cesse sur ce signal d’alarme, on en vient non seulement à affaiblir le message, mais à appauvrir terriblement la réalité, à oublier ce qu’il y a de positif et de créateur dans le français québécois contemporain, même s’il est trop souvent massacré par trop de locuteurs francophones eux-mêmes, ce qui est une autre histoire…


    Tous ces oublis… volontaires?


    Comment se fait-il qu’on parle si peu, par exemple, de l’admirable diversité des parlers français à Montréal, avec toutes ses teintes et ses accents haïtiens, maghrébins, libanais, italiens, latino-américains, avec ses intonations africaines ou asiatiques ? Comment se fait-il qu’on ne parle jamais de ces nombreux clients anglophones qui s’adressent en français, oui, en français, aux commis qui les servent dans des boutiques et autres commerces, sans parler des services gouvernementaux ?


    Pourquoi la petite dame chinoise qui me vend en français du papier et des enveloppes à la papeterie, les serveurs indiens qui me servent en français mon repas au cari dans l’ouest de la ville, le boucher iranien qui me vend en français du poulet au safran dans le même quartier ou encore l’horloger juif anglophone qui répare ma montre et converse avec moi dans la langue commune du Québec - pourquoi tous ces gens ordinaires n’occupent-ils jamais aucune place dans le discours de « la langue menacée » ?


    On connaît la rengaine : c’est le « portrait d’ensemble », le rapport de forces global qui importe, même si ce « portrait » pointe uniquement vers les 5 % ou, au pire, 10 % de cas qui dérogent à cette pratique publique du français. Drôle de portrait d’ensemble, qui oublie d’ailleurs que ces chiffres auraient été trois, quatre ou cinq fois plus élevés il y a trente ou quarante ans…

     

    Richesse de la diversité


    Loin de moi l’idée de prendre à la légère le sort et la vitalité du français québécois dans le contexte nord-américain que l’on connaît, mais nous avons l’urgent besoin d’un discours sur la langue qui ne soit pas purement comptable et alarmiste, qui prenne en charge, autrement que du bout des lèvres, la diversité et la richesse linguistique de Montréal : pluralité des langues (dont l’anglais), pluralité des français parlés, sans que l’on néglige pour autant l’objectif de la langue commune.


    Il se pourrait que le choix de Mme Diane De Courcy comme ministre responsable de la langue française soit à cet égard de bon augure, elle qui a pu mesurer de près, sur le terrain scolaire, cette effervescence linguistique. Mais il faudra que sa chef et ses collègues cessent de toujours réduire l’anglais à un péril et acceptent que l’« anglicisation » ne soit pas le seul discours possible sur la situation du français à Montréal.













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