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Les coupables

22 septembre 2012 | Michel David | Québec
Sam Hamad pensait bien avoir fait mouche. Imaginez, Pauline Marois avait créé un ministère de la «Gouvernance souverainiste», mais elle avait oublié le Revenu! Quelle sorte de gouvernement était-ce là?

Il est vrai que, sur le site de l’Assemblée nationale, l’ancien ministre des Finances, Raymond Bachand, était identifié formellement comme le ministre du Revenu jusqu’au 19 septembre 2012, même si le ministère avait été remplacé par une agence, mais personne n’avait précisé que son successeur, Nicolas Marceau, en était maintenant responsable.


Au jour 1 du nouveau gouvernement, les médias n’ont pas fait un plat avec cet « oubli » sans grande conséquence, préférant insister sur la rapidité avec laquelle la nouvelle première ministre avait tenu les promesses faites durant la campagne électorale.


Mme Marois doit cependant être consciente que sa victoire du 4 septembre a été trop courte pour que la lune de miel dure plus que le temps des roses. Tout ce qui pourra être interprété, à tort ou à raison, comme une illustration de son incompétence en matière économique et financière sera bientôt monté en épingle.


L’opinion publique n’est pas toujours conséquente et elle est généralement à courte vue. Tout le monde est pour la vertu à la condition de ne pas en faire les frais, qu’il s’agisse de l’assainissement des finances publiques ou de la protection de l’environnement.


***


Pour l’heure, la « gouvernance verte », magnifiquement illustrée par l’annonce de la fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly-2 et l’imposition d’un moratoire apparemment permanent sur l’exploitation du gaz de schiste, bénéficie d’un préjugé favorable dans la population.


Sauf évidemment en Mauricie et dans le Centre-du-Québec, où la fermeture de la centrale va encore compliquer les choses pour le PQ. Improviser la nomination d’Yves-François Blanchet comme représentant de la région au cabinet, alors qu’il n’a même pas un statut de ministre, ne réglera rien.


De façon générale, on a applaudi la volonté péquiste de revoir les redevances minières à la hausse. Au cours des dernières années, la meilleure façon de discréditer le Plan Nord était d’accuser le gouvernement Charest de brader nos ressources naturelles aussi scandaleusement que le faisait jadis celui de Maurice Duplessis.


Mme Marois pourrait cependant découvrir que les avantages du développement durable sont presque aussi difficiles à vendre que ceux de la souveraineté. En vertu du principe qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, les promesses d’un avenir meilleur sont souvent moins convaincantes que les avantages immédiats, même s’ils sont limités et entraîneront des coûts à plus long terme.


Pour peu que la conjoncture économique se détériore, et les indices sont plutôt inquiétants, les coupables sont tout désignés. Même s’ils n’y étaient pour rien, on montrera immanquablement du doigt ces kamikazes de l’écologie qui sont prêts à sacrifier le pain et le beurre des honnêtes travailleurs. On entend déjà libéraux et caquistes répéter en choeur : on vous l’avait bien dit !


***


Il serait peu de dire que les milieux d’affaires sont mécontents de ce qu’ils ont vu et entendu jusqu’à présent. Il y avait une menace à peine voilée dans les propos tenus jeudi par le président du conseil d’administration de Minalliance, Normand Champigny. Les investissements dans l’industrie minière sont appelés à augmenter « en supposant une stabilité des règles d’investissement, notamment au chapitre des redevances ». À quand le prochain « coup de la Brink’s » ?


L’aversion non dissimulée de la nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, pour le gaz de schiste a amené le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), Lucien Bouchard, à faire vendredi une « mise au point » qui avait aussi valeur d’avertissement.


Dans la bataille rangée qui s’annonce, les porte-parole économiques du gouvernement Marois auront bien du mal à faire contrepoids comme pouvaient le faire Jacques Parizeau ou même Bernard Landry.


Personne ne nie les compétences techniques du nouveau ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau. On dit aussi beaucoup de bien de sa ministre déléguée au Développement industriel, Élaine Zakaïb, mais leur faible ascendant sur l’opinion publique rend le gouvernement très vulnérable.


Le nouveau leader parlementaire de l’opposition officielle, Robert Dutil, a eu une expression dévastatrice vendredi. Le gouvernement Marois a décrété « un moratoire sur l’économie », a-t-il lancé. S’il fallait que le taux de chômage augmente d’un ou deux points…

 
 
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