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    Anglos: le choix de Lisée fait jaser

    La communauté applaudit l’idée d’un messager… mais pas le messager

    21 septembre 2012 |Guillaume Bourgault-Côté | Québec
    Même ministre, Jean-François Lisée continue de bloguer. Et jeudi, il indiquait sur son blogue être «ravi que Mme Marois [lui ait] confié les relations avec les anglophones».
    Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Même ministre, Jean-François Lisée continue de bloguer. Et jeudi, il indiquait sur son blogue être «ravi que Mme Marois [lui ait] confié les relations avec les anglophones».
    Il y a les pour, il y a les contre. Pour certains, Pauline Marois a posé un geste apaisant envers la communauté anglophone en faisant de Jean-François Lisée son interlocuteur désigné. Mais pour d’autres, c’est au contraire de l’huile sur le feu qu’elle a jetée en choisissant un homme qui a plusieurs fois fait bondir ceux à qui il doit désormais tendre la main. Alors ? « The proof will be in the pudding », dit-on.

    Au lendemain de la nomination de M. Lisée, plusieurs anglophones ont réagi en soufflant le chaud et le froid. Bravo pour l’idée, moins pour le choix. « Avoir un interlocuteur est une excellente nouvelle, estime l’ancien député libéral Reed Scowen. Même les libéraux n’ont jamais fait ça. Et ça répond bien au souhait exprimé par Graham Fraser », dit-il en faisant référence à l’idée lancée samedi dans Le Devoir par le commissaire aux langues officielles : créer une sorte de ministère des Affaires anglophones pour faciliter le dialogue.


    Mais M. Scowen prévient dans la foulée que si le passé est garant de l’avenir, « M. Lisée ne pourra pas être un interlocuteur valable pour les anglophones ». Et il n’est pas le seul à le penser.


    Dans un texte au ton vitriolique publié jeudi dans The Gazette, le chroniqueur Don Macpherson critique sévèrement le choix de Mme Marois. Impossible de penser que M. Lisée était le mieux placé parmi les 54 députés péquistes pour gagner la confiance des anglophones, écrit-il. Et si Pauline Marois pense réellement que c’est le cas, alors « il n’y a pas que les anglophones qui devraient s’inquiéter ».


    Le problème, estime M. Macpherson, c’est que les « ponts que M. Lisée doit bâtir sont ceux qu’il a lui-même détruits ». Et de rappeler une longue liste de griefs : c’est M. Lisée qui a eu l’idée d’un test de connaissance du français pour obtenir la citoyenneté québécoise ; c’est lui qui a proposé d’abolir les cégeps anglophones (dans une chronique de L’actualité, le 1er octobre 2010).


    C’est aussi lui qui a rédigé dans ce même magazine un dossier controversé en avril dernier, où il « critiquait les anglophones parce qu’ils ne défendent pas la loi 101 et ne font pas la promotion du français à Montréal, à l’encontre de leurs propres intérêts », selon M. Macpherson. Ce dernier qualifie Jean-François Lisée de « principal porte-parole du PQ dans sa campagne xénophobique contre les minorités linguistiques ».


    Juger l’arbre à ses fruits


    Ailleurs, les réactions sont plus nuancées, mais demeurent prudentes. « On n’était pas certains d’avoir bien entendu quand Mme Marois a nommé M. Lisée », raconte Sylvia Martin-Laforge, la directrice générale du Québec Community Groups Network (QCGN).


    L’association se dit « préoccupée par certaines positions exprimées par M. Lisée dans le passé ». Mais globalement, on plaide pour donner la chance au coureur. « The proof will be in the pudding », illustre Mme Martin-Laforge. Le QCNG applaudit ainsi « la main tendue par Pauline Marois envers la communauté ». Un geste qui « démontre que la première ministre voit l’importance de développer un dialogue avec une communauté minoritaire qui, elle l’a dit, a contribué au Québec ». Et M. Lisée ? « Il a dit des choses comme journalistes, maintenant il est ministre, il a des responsabilités », relativise Mme Martin-Laforge.


    Reed Scowen juge lui aussi qu’il faut surtout prendre acte de la volonté de Mme Marois de bâtir un dialogue. « Jean-François Lisée est intelligent et il connaît bien le dossier linguistique. Ce n’est manifestement pas la personne idéale, mais je pense que Mme Marois n’avait simplement pas d’autres alternatives. Alors je suis tenté de dire : bon, vous êtes là, quels gestes allez-vous poser pour rassurer les anglophones ? »


    Joint à Ottawa jeudi matin, Graham Fraser s’est dit pour sa part « très content » du geste de Mme Marois. « Ce n’est qu’un début, mais je regarde ça avec un grand intérêt. »


    Le commissaire aux langues officielles reconnaît que le choix de M. Lisée est audacieux. Il a « certains obstacles à surmonter à cause de sa réputation, dit-il. Mais je suis passé moi aussi d’une carrière de journaliste à une autre fonction, et je sais que ce sont des rôles très différents. On ne devrait pas juger un ministre par les propos d’un journaliste. »


    Sur le fond, M. Fraser trouve donc « extrêmement intéressante » la nomination de M. Lisée. « J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour sa capacité d’analyse, sa façon d’aller au fond des choses et sa capacité de provoquer des débats. Et j’ai été impressionné par sa première intervention, mercredi. Il a établi un ton accueillant qu’il a ensuite renforcé dans son blogue. »

     

    Lisée lucide


    Parce que même ministre, Jean-François Lisée continue de bloguer. Et jeudi, il indiquait sur son blogue être « ravi que Mme Marois [lui ait] confié les relations avec les anglophones ». Cela dit en avouant que le défi est gros. « Je suis lucide : j’ai une crédibilité à construire », dit-il avec un « élan d’humilité » qu’a apprécié Sylvia Martin-Laforge.


    « Chacun sait que je suis très favorable à un certain nombre de mesures identitaires fortes, écrit M. Lisée. Cependant, j’ai toujours combiné ce volontarisme francophone avec un profond respect pour la communauté anglophone. » Pour sa défense, il plaide par exemple l’écriture du discours que Lucien Bouchard avait prononcé au Centaur en 1996, apprécié des anglophones, mais très mal reçu au PQ.


    En point de presse mercredi, M. Lisée avait indiqué que le renforcement de la protection du français ne doit pas se faire « au détriment de la sécurité linguistique des anglophones », et qu’il cherchera à créer un dialogue « gagnant-gagnant » entre anglophones et francophones.


    Quelques minutes plus tôt, Pauline Marois lui avait confié le mandat de « tisser avec les Québécois de la communauté anglophone des relations étroites, dans le respect de leurs droits. Faites-leur sentir qu’ils constituent une richesse pour nous tous et qu’ils sont membres à part entière de la nation québécoise ». Le travail ne devrait pas manquer pour M. Lisée, avec la promesse renouvelée jeudi par Mme Marois de renforcer rapidement la loi 101.













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