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    Débat linguistique - Le Québec est devenu un «État-ermite»

    21 septembre 2012 |Stephen A. Jarislowsky - Président de Jarislowsky Fraser Limitée | Québec
    En 1950, Montréal était la mecque des sièges sociaux au Canada. Elle n’est plus que quatrième.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir En 1950, Montréal était la mecque des sièges sociaux au Canada. Elle n’est plus que quatrième.
    En Suisse, on parle quatre langues: l’allemand, le français, l’italien et le romanche. Mais presque tous les individus parlent aussi l’anglais. En Suède aussi, tout le monde parle anglais. Au Québec, une région complètement entourée par une population qui parle l’anglais, cette langue disparaît dans l’arrière-pays et de moins en moins de personnes peuvent écrire en anglais.

    En Suisse, l’allemand pur est enseigné à l’école, mais dans la partie germanophone du pays, la langue du quotidien demeure le Schwizerdütsch, un dialecte que peu d’Allemands peuvent comprendre. Aucune des langues autochtones dans les pays que nous avons mentionnés n’est menacée par l’anglais.


    Au Québec, on nous répète sans cesse que le français est menacé et qu’on devrait supprimer l’anglais pour que le français puisse survivre. C’est clairement un « mythe ».


    Mais si l’anglais est la langue mondiale, car elle est enseignée partout comme une nécessité, c’est parce que le monde est devenu un ensemble unifié où Internet et le transport aérien ont raccourci les distances. Empêcher une population d’être capable de communiquer avec le reste du monde équivaut à refuser à cette population le droit de faire partie du monde entier ; c’est aussi lui imposer un grave handicap dans ces relations avec les autres peuples du monde et la priver d’occasions hors celles qui s’offrent dans un Québec introspectif. Cette règle a aussi prévalu à l’époque où l’Église catholique exerçait son emprise : il fallait maintenir le peuple dans l’ignorance.


    Le retard québécois


    La Révolution tranquille a libéré les Canadiens français du contrôle de l’Église et de leur situation de subordonnés. La frénésie actuelle concernant la langue, enracinée dans le « mythe », à l’image de la situation d’un petit pays européen, remet le Québec dans le contexte d’un monde en pleine évolution et lui fait toujours accumuler du retard.


    Lors du premier référendum, ce sont les individus de langue anglaise qui sont partis, et une fois réinstallés, ce ne fut pas problématique pour eux. Les gens âgés sont restés ou ont suivi leurs enfants, mais les enfants, leur formation universitaire terminée, se sont établis à travers le monde, à New York, en Californie, en Asie ou en Europe. Parler anglais ouvrait des portes partout ; c’est la langue mondiale, après tout, pas seulement une langue anglo-saxonne.


    Les premiers en ligne de succession après la Révolution tranquille furent les syndicats de travailleurs et le socialisme modifié, alors qu’une personne sur quatre reçoit maintenant un chèque de l’État, et malgré tout, elle est toujours syndiquée. Les travailleurs syndiqués du Québec reçoivent une rémunération nettement supérieure pour un travail similaire par rapport au secteur privé, écart qui peut atteindre en moyenne 100 $ par semaine, selon une étude récemment publiée.


    Les régimes de retraite, contrairement à ceux du secteur privé, sont indexés au taux d’inflation. Qui paie cette rémunération supplémentaire ? Nous tous ! Ces prestations indexées sont en partie payées par des travailleurs qui ne recevront pas de prestations du secteur privé. Les puissants syndicats gouvernementaux y comptent maintenant cinq membres, contre trois membres dans les syndicats du secteur privé. La consolidation de l’île de Montréal et de la Ville de Québec a été mise de l’avant par le Parti québécois pour obtenir le vote des syndicats et a ainsi permis l’établissement de monopoles syndicaux dans l’île de Montréal et dans la capitale de la province.


    Quand les libéraux sont revenus au pouvoir en promettant de donner aux citoyens le pouvoir d’inverser les fusions, il a fallu obtenir 50 % du vote de tous les électeurs admissibles, et non une majorité des électeurs pour retrouver l’indépendance. À Westmount, après le recouvrement de la liberté, la dette avait sextuplé en six mois, passant de 6 à 36 millions $, et Westmount a pu conserver le quart de ses revenus, non la moitié. Les libéraux voulaient ménager le plus possible le vote syndical.

     

    Les impôts des mieux nantis


    Le Québec est devenu l’une des régions les plus endettées du monde avec un ratio, fédéral et provincial combinés, qui excède allègrement 100 %, ce qui se compare aux pays européens les plus endettés. Le Québec affiche aussi les impôts les plus élevés sur la surface du globe. Pour couronner le tout, les consommateurs canadiens sont peut-être les plus endettés du monde entier.


    L’immobilier résidentiel est surévalué de 15 à 20 % par rapport à la courbe d’évolution des prix à long terme. On nous apprend maintenant que les paliers d’imposition supérieurs seront haussés par le gouvernement du Parti québécois. Déjà, plusieurs Québécois nantis ont quitté la province. Est-ce que les autres y demeureront et devront payer encore plus d’impôt et un impôt sur les gains de capitaux plus élevé au décès, soit 50 % au-dessus du taux normal ?


    En nombre croissant, des Canadiens français instruits et occupant des postes de commande, dont les enfants sont de plus en plus nombreux à vivre hors du Québec, se demandent où aller s’ils devaient quitter la province. Qui, étant hautement qualifié, voudrait vivre au Québec ? Déjà, depuis quelques années, l’immigration a en exclu plusieurs, sauf des francophones, non parce qu’on l’a voulu, mais parce que les non-francophones ont décidé de ne pas se joindre à nous.


    Comment peut-on conserver des sièges sociaux importants ou même des dirigeants de sièges sociaux à Montréal ? En 1950, Montréal était la mecque des sièges sociaux au Canada. Elle n’est plus que quatrième. Comment pouvez-vous inciter la richesse à venir s’installer à Montréal, quand les impôts sont les plus élevés du monde ? Quels dirigeants d’entreprise ou scientifiques non francophones en feront leur destination de prédilection ?


    Si dès lors nous faisons abstraction de l’endettement du Québec aujourd’hui, nous portons un regard vers ses infrastructures décrépites, spécialement vers le moteur de son industrie et de ses revenus. On estime que Montréal a besoin de 1000 milliards pour reconstruire et réparer ses ponts et ses routes. Est-ce que bientôt, en dépit des paiements de péréquation au Québec, la dette du Québec, au bilan et hors bilan, plus les besoins de reconstruction à Montréal n’inquiéteront pas Ottawa ? Tout cela n’est pas sans rappeler les frissons qui ont refroidi l’Allemagne à l’égard de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne ?


    Isolement du Québec


    Le Québec se transforme en « État-ermite », s’isolant du Canada et du reste du monde. Lorsqu’on décourage les gens de parler et d’écrire en anglais, on accélère le processus d’aliénation, une aliénation qui contraste fortement avec la tendance à travers le monde. En France et dans d’autres régions francophones, l’anglais est de plus en plus appris par la population. À peu près nulle part ailleurs sur Terre, l’apprentissage de l’anglais n’est découragé. Pour être un citoyen du monde aujourd’hui, il faut être capable de parler et de lire l’anglais. Et encore plus clairement, plus une personne peut parler et lire de langues, plus elle se sentira chez elle dans le monde actuel.


    Aujourd’hui, ceux qui ne disposent pas d’une bonne éducation et qui ne parlent pas anglais sont pour la plupart condamnés à occuper des emplois peu rémunérés et font face à des perspectives limitées.

     

    Le Québec n’est pas la Suisse


    Parlons maintenant un peu d’indépendance, le « Saint Graal » des aspirations du Parti québécois ! Le meilleur et le plus prospère pays du monde est peut-être la Suisse, point de départ de notre article. Les citoyens suisses sont aussi sans doute les plus riches et les plus démocratisés de la planète. La Suisse, dont la population est moins nombreuse que celle du Québec, détient peut-être le plus haut standard de vie et d’éducation du monde. Elle abrite plus de sièges sociaux importants à caractère international que tout le Canada.


    Elle ne possède que peu ou pas de ressources naturelles comme le Canada. En dépit d’une devise fortement évaluée, elle affiche un taux de chômage de seulement 2 % et son secteur manufacturier est solide. Au Canada, en 35 ans, le secteur manufacturier qui représentait 30 % du produit national brut, ne compte plus que pour 11 %.


    Les Suisses, bien éduqués, peuvent attirer les meilleurs talents sur Terre. La taxation est faible en comparaison de celle de ses voisins. Il y a quatre langues nationales et presque tous parlent anglais. Comme elle est l’un des pays les plus riches du monde par habitant, que la prospérité y est distribuée relativement de façon égale à travers toutes ses régions, l’indépendance devient simple. Elle a été intelligente de ne pas se joindre à la zone euro et n’a pas non plus à partager ses problèmes.


    C’est un paradis des traditions démocratiques, peu connaissent le nom de ces principaux dirigeants en dehors de la Suisse. Bien qu’elle soit divisée sur le plan religieux, elle ne souffre pas des tensions que connaissent d’autres pays, tels que l’Irlande, la Belgique et l’Iran, pour n’en nommer que trois.


    Si le Québec avait le profil de la Suisse, même moi je voterais pour l’indépendance. Le Québec affublé de ses politiques menant à la division, est aujourd’hui à l’autre extrême, il devient un « État-ermite » encore plus isolé. Un élément vital de ce mythe est que la langue française est en danger au Québec. Un « mythe » qui le sépare de plus en plus d’un monde grandissant qui devient de plus en plus intégré.

    En 1950, Montréal était la mecque des sièges sociaux au Canada. Elle n’est plus que quatrième. Stephen A. Jarilowsky
     
     
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