Gouvernement Marois - Ambitieux
Pauline Marois est maintenant la première ministre du Québec. Première femme à occuper ce poste au Québec, elle a présenté hier aux Québécois un gouvernement qui tant par sa composition que par son mandat se veut résolument ambitieux. Trop ? Il faut poser la question.
En formant son cabinet, la nouvelle première a voulu d’abord manifester une volonté de faire les choses autrement. Elle a ainsi changé la structure même de plusieurs ministères, tantôt en divisant les responsabilités, tantôt en les regroupant, cela dans un souci d’efficacité et de cohérence qu’on retrouve souvent lorsqu’une nouvelle équipe de dirigeants s’installe au pouvoir. C’est ce qu’avait fait René Lévesque en 1976 en créant un comité des priorités regroupant plusieurs superministres. Elle crée pour sa part quatre comités correspondant à autant de priorités : prospérité, solidarité, identité et Montréal.
Il y a peu à dire de ces changements organisationnels dans la mesure où ils faciliteront l’atteinte de résultats. À chacun sa façon de travailler. Partager les responsabilités du ministère de l’Éducation entre deux ministres, un à l’Éducation, l’autre à l’Enseignement supérieur, la Recherche et la Science manifeste l’importance qui est accordée à ce dernier secteur. La décision sera bien accueillie par les milieux universitaires.
Bien réfléchie semble être la distribution des rôles et des mandats en matière de développement économique et de finances publiques. Se retrouveront au sein du Comité ministériel de la prospérité des ministères comme les Finances, le Développement économique (rebaptisé Politique industrielle), le Développement durable, les Ressources naturelles, l’Agriculture, le Commerce extérieur.
On a tant dit que l’économie et les finances seraient le maillon faible du nouveau gouvernement que Madame Marois a voulu donner un signal de sa volonté non seulement de mettre de l’ordre dans les finances publiques, mais aussi de stimuler le développement économique. Ce groupe de ministres sera sans doute le plus influent du gouvernement.
Il en est autrement du choix d’accorder la responsabilité des Affaires municipales et des Transports à un seul titulaire. On peut y voir de la cohérence des actions gouvernementales pour faire le ménage dans les processus d’appels d’offres et d’octroi des contrats publics. La tâche qu’aura Sylvain Gaudreault est énorme. En plus de s’occuper des problèmes de collusion, il lui faudra mettre en place de nouvelles politiques en matière de transport des personnes et des marchandises. Il y a ici un risque certain, d’autant plus que d’autres députés auraient pu obtenir des responsabilités plus importantes. C’est le cas de Véronique Hivon, qui aurait pu avoir mieux que le titre de ministre déléguée à la Santé publique et à la Protection de la jeunesse.
Plus importants que les changements de structure sont les mandats que la première ministre a attribués à chacun de ses ministres. Des mandats qui sont conformes aux engagements électoraux du Parti québécois : révision du rôle de la Caisse de dépôt et placement, relance de l’industrie manufacturière, mise en ordre des finances publiques, souveraineté énergétique, rapatriement des pouvoirs et des budgets en matière de culture et de communications, politiques d’intégrité et bien d’autres.
Par là, Madame Marois voulait sans doute manifester sa volonté d’être un gouvernement d’action et de ne pas se laisser arrêter par son statut de gouvernement minoritaire. Poser ainsi ses ambitions, c’est pour elle une façon de rendre d’avance responsables les partis d’opposition de ne pouvoir toutes les atteindre et de préparer ainsi le terrain à la prochaine élection. Néanmoins, il lui faudra démontrer que son gouvernement mérite d’être majoritaire. En dépit des circonstances actuelles, il lui faut incarner ce gouvernement qui fait avancer le Québec qu’elle dit vouloir être.








