L’unifolié de la discorde
Retiré la veille par le PQ, le drapeau canadien était de retour au Salon rouge pour l’assermentation des députés libéraux et caquistes
Minoritaire, le Parti québécois ne sera probablement pas en mesure d’exclure de manière permanente le drapeau canadien du Salon rouge de l’hôtel du Parlement, comme il l’a fait lundi. Lors de l’assermentation de ses 54 élus, le PQ a réclamé le retrait de l’unifolié ; le service du protocole, en pareille circonstance politique, « n’a pas d’État d’âme », a-t-on expliqué. Mardi, le drapeau canadien était de retour au Salon rouge pour l’assermentation des 19 députés de la Coalition avenir Québec et des 50 du Parti libéral.
« On n’a pas voulu changer les façons de faire comme l’a fait le Parti québécois », a expliqué François Legault.
« À ce que je sache, on est encore dans le Canada. Je ne pense pas que ça devrait être une priorité de faire une guerre des drapeaux », a soutenu le chef de la CAQ.
Le chef libéral par intérim Jean-Marc Fournier a qualifié le geste du PQ de non «cohérent avec les propos que Mme Marois» selon lesquels elle souhaite «rassembler» ; mais aussi de non cohérent avec les résultats des deux référendums. En 1991, les libéraux de Robert Bourassa avaient battu une motion du Parti Égalité exigeant le déploiement du drapeau canadien au Salon bleu. En guise de compromis, le gouvernement libéral avait accepté d’installer un unifolié au Salon rouge.
Mais en 2012, l’affaire se corse lorsqu’on considère l’utilisation du Salon rouge non plus pour un événement partisan (comme une assermentation), mais comme une salle de commission parlementaire. Exclu en 1994, l’unifolié y était revenu de manière permanente en 2003. Le gouvernement Marois n’avait pas décidé, mardi, s’il comptait l’exclure ou non. Mais le pourrait-il seulement ? Aux communications de l’Assemblée nationale (AN), personne n’était en mesure de répondre définitivement à la question. On fouillait les précédents pour pouvoir trancher. Si c’est le « Bureau » (conseil d’administration de l’AN composé d’élus) qui décide en ces matières, « le PQ y sera minoritaire et ne pourra donc pas imposer sa décision », se réjouissait le député caquiste Gérard Deltell, hier. Le PQ soutenait au contraire qu’il serait majoritaire au « Bureau ».
Lassitude à Ottawa
À Ottawa, le retrait du drapeau canadien lors de l’assermentation du PQ a été accueilli avec retenue, voire indifférence. En 1994, une situation apparentée avait déclenché les passions. « C’est un affront aux Québécois quand on sait que la majorité d’entre eux ne veulent pas se séparer », avait lancé Alfonso Gagliano, alors député libéral fédéral. « C’est dégueulasse à mort », avait tonné le député ontarien Eugène Bellemare.
Mardi, au contraire, la plupart des ministres conservateurs - y compris le ministre du Patrimoine canadien, James Moore - ont refusé de commenter. Selon le député néo-brunswickois John Williamson, ex-directeur des communications de Stephen Harper, cette apathie s’explique par une lassitude du Canada envers les velléités séparatistes du Québec. « Je ne m’énerve pas pour cela. S’ils [les péquistes] pensent que c’est un argument qu’il est important de faire, ils peuvent le faire. De plus en plus, le débat sur la souveraineté du Québec s’essouffle au Canada anglais. On a la loi sur la clarté. Le Québec se gouverne à l’intérieur de la fédération », a-t-il déclaré. Le porte-parole du premier ministre a tenu un discours similaire, indiquant par courriel que « les Québécois en ont assez de ces vieilles chicanes » et qu’ils veulent plutôt parler d’économie.
Dans l’opposition officielle, on ne s’est pas plus scandalisé. « Ce n’est pas à nous de leur dire quoi faire », a soutenu le néodémocrate Alexandre Boulerice. Seul l’ancien chef libéral Stéphane Dion a déploré le geste, se disant aussi agacé de ne pas voir ses rivaux politiques défendre plus ardemment l’unifolié : « Ils essaient toujours de sortir le Canada du Québec ; faute de pouvoir sortir le Québec du Canada », a-t-il déploré.
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Avec Robert Dutrisac








