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L’occasion manquée

18 septembre 2012 | Michel David | Québec
Manifestement las d’attendre que le fruit mûrisse, Benoit Pelletier avait manifesté des signes d’impatience dans une entrevue accordée à L’Actualité en juillet 2010. « Le camp fédéraliste est trop résigné. Il doit se secouer. Qu’on se remette à la planche à dessin. Ça prend un projet d’avenir. Si les fédéralistes n’en ont pas, les souverainistes ne vont quand même pas leur en dessiner un ! »

À l’époque, on prêtait à l’ancien ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes l’intention de faire le saut sur la scène fédérale, mais c’est surtout aux fédéralistes québécois que le message s’adressait. Depuis son départ du gouvernement Charest, la question constitutionnelle avait complètement disparu de l’écran radar du PLQ.


Déjà, en 2001, M. Pelletier avait dû présenter une version très édulcorée de son rapport pour le faire accepter. Jean Charest, qui voulait entendre parler de constitution le moins possible, avait rejeté toute démarche un peu musclée.


En réalité, après avoir été le grand animateur d’un renouvellement du fédéralisme canadien pendant trente ans, le PLQ n’a plus de programme constitutionnel digne de ce nom depuis les échecs de Meech et Charlottetown. Lors des congrès, le sujet se retrouve toujours à la fin de l’ordre du jour, de sorte que la discussion tourne généralement en eau de boudin.


La course à la succession de M. Charest offre en principe au PLQ une bonne occasion de réfléchir à sa vision du fédéralisme. Refuser de signer la Constitution de 1982 peut donner bonne conscience, mais accepter que le statu quo dure indéfiniment revient en pratique à y adhérer.


Benoit Pelletier aurait pu ramener la question nationale à l’avant-plan, ce qui peut expliquer en partie pourquoi il a trouvé si peu d’appuis. Sans aller jusqu’à dire qu’il était « plus péquiste que les péquistes », comme l’avait fait Jean Lapierre à l’époque où il était ministre dans le gouvernement Martin, certains de ses collègues trouvaient que son zèle réformateur faisait le jeu des souverainistes.


Maintenant qu’il a renoncé à être candidat, plusieurs ne demanderont sans doute pas mieux que de balayer la question sous le tapis. Après tout, le PLQ a presque gagné le 4 septembre, non ?


Certains estiment que Philippe Couillard pourrait revenir à un fédéralisme plus proche de celui de Robert Bourassa, mais pourquoi s’aventurer sur un terrain aussi glissant ? Il serait plutôt étonnant que l’un ou l’autre de ses deux derniers adversaires potentiels cherche à l’entraîner sur ce terrain.


À l’époque où il était ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Pierre Moreau était très clair : « Il y a deux choses que les Québécois ne souhaitent pas : un référendum sur la souveraineté et des négociations constitutionnelles. Et très sincèrement, je me range pas mal derrière cette opinion-là. »


Pour démontrer les vertus de la voie administrative, il avait soutenu que des négociations avaient été entreprises avec le gouvernement fédéral pour rapatrier les fonds dépensés au Québec par Patrimoine Canada, le Conseil des arts du Canada et Téléfilm Canada. Curieusement, personne à Ottawa n’en avait entendu parler.


Quant à Raymond Bachand, son passé péquiste le place dans une situation très délicate pour aborder la question constitutionnelle, même si la sincérité de sa conversion au fédéralisme ne devrait pas faire de doute.

 

***


La contribution au débat du ministre des Finances sortant serait d’un autre ordre. Si la « réingénierie » souhaitée par Jean Charest a échoué, la nouvelle politique tarifaire fondée sur le principe de l’utilisateur-payeur constitue aussi une remise en question de l’État providence.


Il s’agit d’un choix tout à fait légitime qui mérite néanmoins d’être discuté. Au même titre que le renforcement du Québec au sein de la fédération, le « modèle québécois » fait partie de l’héritage de la Révolution tranquille dont le PLQ a été le grand artisan. Il serait désolant que les libéraux escamotent le débat sur l’un et l’autre.


Il y a toutefois une forte probabilité que M. Bachand en arrive aussi à la conclusion que le jeu n’en vaut pas la chandelle et que les militants libéraux se réduisent à un face-à-face Couillard-Moreau. Le débat se limitera alors à déterminer lequel des deux peut le mieux conduire le parti à la victoire.


Ce sera la première course au leadership à être soumise aux dispositions de la loi électorale. La vertu n’est pas sans inconvénient. Limiter les contributions à 1000 $ peut éliminer des influences indues, mais cela rend aussi le financement très problématique pour des candidats dont les chances de victoire sont faibles, au risque de passer à côté de l’essentiel.

 
 
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