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    Les Anglos cherchent leur(s) voix

    Si Pauline Marois veut apaiser les craintes de la communauté anglophone, à qui devrait-elle parler? Et devrait-elle nommer un ministre pour la minorité linguistique?

    15 septembre 2012 | Guillaume Bourgault-Côté | Québec
    La nomination par le Parti québécois d'un ministre délégué aux Affaires anglophones - ou un équivalent - permettrait, selon le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, d’apaiser certaines frictions avec les anglophones.
    Photo : La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick La nomination par le Parti québécois d'un ministre délégué aux Affaires anglophones - ou un équivalent - permettrait, selon le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, d’apaiser certaines frictions avec les anglophones.
    A lire également: Ouvrons le dialogue, avec
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    C’est l’ancien député libéral Reed Scowen qui posait la question mercredi : si Pauline Marois veut parler à la communauté anglophone pour apaiser les craintes nées de son élection, elle compose quel numéro ? Et pour parler à qui ?

    Bonne question, ajoute aujourd’hui le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser. Mais il faut aussi la poser à l’envers, dit-il : si la communauté anglophone veut parler au gouvernement, qui va répondre à l’autre bout du fil ? Car d’un côté comme de l’autre, les interlocuteurs naturels n’abondent pas.
     

    À quelques jours de la composition du prochain Conseil des ministres, M. Fraser tend une perche à Pauline Marois : imiter l’Ontario, qui a son ministre délégué aux Affaires francophones et son commissaire aux services en français. « Il n’y a actuellement personne à l’intérieur du gouvernement québécois [sauf un sous-ministre adjoint pour les commissions scolaires anglophones] qui a la responsabilité de voir spécifiquement aux questions qui touchent toute la communauté anglophone », déplore M. Fraser en entretien avec Le Devoir.


    Or, un ministre délégué aux Affaires anglophones - ou un équivalent - permettrait selon lui de tendre la main et d’apaiser certaines frictions avec les anglophones. Des tensions ravivées durant la campagne électorale, mais qui sont plus profondes, dit-il. Et qui ne concernent pas seulement le Parti québécois.


    « La frustration actuelle n’a pas commencé le 4 septembre, souligne M. Fraser. Il y avait déjà un sentiment exprimé par les gens de la communauté comme quoi personne au sein du gouvernement Charest n’osait défendre leurs droits. Il y a une frustration générale face aux partis politiques, et l’absence de représentation dans l’appareil gouvernemental accentue le problème. »


    Samedi dernier, The Gazette publiait un sondage indiquant que 84 % des anglophones - et 57 % de tous les répondants - craignaient que l’élection du PQ n’entraîne une reprise des tensions linguistiques au Québec. (Le coup de sonde a été effectué au lendemain de l’attentat au Métropolis, où le présumé responsable avait lancé que les « Anglais se réveillent ».)


    Dans la foulée, le même sondage était limpide sur la volonté des Québécois (74 % des répondants) de voir Pauline Marois rencontrer les leaders de la communauté anglophone « as soon as possible ». Sauf que cet appel au dialogue se heurte au problème soulevé par Reed Scowen et Graham Fraser : qui parlera à qui ? De prime abord, aucun député péquiste ne semble avoir le profil de l’emploi. Et visiblement, les anglophones cherchent eux aussi leurs leaders.

     

    Évolution


    Quand Henry Kissinger demandait il y a 40 ans : « L’Europe ? Quel numéro de téléphone ? », c’était une façon de stigmatiser le manque de représentation et d’unité politique du continent. En 2012, le même problème taraude la communauté anglophone québécoise.


    Un étudiant à la maîtrise déplorait le 6 septembre dans The Gazette l’absence d’une voix forte capable de parler au nom des anglophones québécois. Dans une chronique signée dans le même quotidien, Henry Aubin rappelait que le vide ne date pas d’hier : Reed Scowen disait déjà en 2007 que « l’infrastructure de leadership » anglophone avait disparu au fil des ans. « Il y a 20 ou 30 ans, la communauté anglophone grouillait de leaders », soulignait M. Aubin en évoquant les noms des Paterson, Goldbloom, Maldoff, Blaikie ou Libman, sans oublier les structures politiques qu’étaient le Parti Égalité et Alliance Québec. Ce n’est plus le cas.


    « Aucune institution ne représente toute la communauté anglophone depuis la déroute d’Alliance Québec », dit Graham Fraser. Que s’est-il donc passé ? Un processus normal, estime Reed Scowen en entrevue.


    « Après l’adoption de la loi sur l’affichage [loi 178, adoptée par les libéraux de Robert Bourassa en 1988 et qui a directement mené à la création du Parti Égalité], le débat linguistique s’est peu à peu calmé, dit-il. Les anglophones ont accepté les règles et l’idée que la paix sociale était nécessaire. Et quand vous n’avez pas de problème visible, vous n’avez pas besoin de leaders pour donner du leadership. » D’une certaine accalmie est née une forme d’apathie, suggère-t-il.


    Le climat a changé, reconnaît aussi la directrice générale du Quebec Community Groups Network, qui regroupe 41 organismes de langue anglaise à travers la province. « Le modèle de développement communautaire change avec l’environnement, dit Sylvia Martin-Laforge. Alliance Québec a fait du bon travail dans les années 1980 et 1990. Mais la communauté anglophone a changé, tout comme la communauté majoritaire. Nos rapports ne sont plus les mêmes aujourd’hui qu’il y a 25 ans. »


    Mme Martin-Laforge parle de relations apaisées, « moins polarisées, sans tensions évidentes ». « On travaille et on vit sans trop penser à un besoin de leadership en matière linguistique », soutient-elle. Alors « la demande de leadership est différente. On n’est plus dans le combat, mais dans le bridging : bâtir et entretenir des ponts, travailler avec la communauté francophone, et s’assurer que les communautés anglophones - parce qu’il y en a plusieurs - travaillent ensemble. »


    QCGN pense pouvoir jouer ce nouveau rôle de porte-parole. Mais pour Reed Scowen, l’organisme manque de représentants de Montréal. « Le gouvernement fédéral en a fait la voix officielle des Anglo-Québécois, mais ce n’est pas l’avis des gens que l’organisme est censé représenter », affirme-t-il. Graham Fraser dit quant à lui que QCGN fait un bon boulot… mais ce n’est encore qu’un « grand filet pour couvrir le trou causé par l’explosion d’Alliance Québec ».

     

    Pas de nostalgie


    Dans ce contexte, plusieurs font remarquer que la structure de représentation est maintenant sectorielle, donc plurielle : les commissions scolaires ou les centres hospitaliers anglophones ont leur propre porte-parole, par exemple. « Et je crois que ces institutions seraient réfractaires à ce qu’on cherche un seul interlocuteur, dit Jack Jedwab, directeur général de l’Association d’études canadiennes et voix forte de la communauté anglophone. « J’ai rencontré le même défi quand j’étais au Congrès juif canadien, ajoute-t-il : les grands organismes estimaient être mieux placés pour défendre directement leurs intérêts. »


    À l’image de Sylvia Martin-Laforge, M. Jedwab pense qu’il serait inutile de tenter de recréer des structures comme Alliance Québec. « Il ne faut pas être nostalgique du côté combat. On n’en est plus là. Il y a une réelle ouverture au dialogue : on doit donc travailler pour créer un espace de discussion officiel - ce qui n’existe pas à l’heure actuelle. »


    Et ce dialogue demandé par les trois quarts des Québécois risque d’être utile pour calmer les craintes suscitées par l’élection de Pauline Marois, dit-on. Parce que « le ton utilisé en campagne a inquiété la communauté », selon Graham Fraser. « C’était une déclaration de guerre », tranche M. Scowen, député entre 1978 et 1987 et auteur de A Different Vision : The English in Quebec in the 1990s.


    Ils font référence à la volonté annoncée du Parti québécois de fermer la porte des cégeps anglais aux francophones et aux allophones, d’étendre l’application de la loi 101 aux entreprises de 11 à 49 employés et, enfin, de n’accorder aux nouveaux arrivants la citoyenneté québécoise qu’à la condition qu’ils aient une connaissance appropriée de la langue française. Des propositions qui ont soulevé de l’inquiétude, même si Mme Marois a tenté de rassurer les anglophones le soir de l’élection.


    « On pensait que la paix sociale était bien installée, mais j’ai l’impression que Mme Marois vient de fournir aux anglophones l’occasion de se lever », pense M. Scowen. D’où la nécessité de trouver des interlocuteurs pour dialoguer… mais des deux côtés, maintient Graham Fraser.

     

    Les Anglos en chiffres


    Les données sociolinguistiques du recensement 2011 seront dévoilées le 24 octobre. Selon le recensement 2006, le Québec comptait 7,4 millions d’habitants, dont 575 000 personnes de langue maternelle anglaise (7,7 %) et 5,8 millions de langue française. Le recensement 2011 indique qu’il y a 7,9 millions de Québécois, donc probablement un peu plus de 600 000 anglophones de naissance.


    En 2006, 3 millions de Québécois disaient parler l’anglais et le français. La langue parlée le plus souvent à la maison était l’anglais pour 744 000 personnes, le français pour 6 millions, alors que 518 000 personnes parlent surtout une langue non officielle.
     

     
     
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