Commission Charbonneau — Devine qui vient témoigner? - Le monde municipal sous la loupe

Le dossier du Devoir
sur la Commission Charbonneau
Une semaine avant la tenue du scrutin municipal de Montréal de 2009, le maire Gérald Tremblay reconnaît à demi-mot, en entrevue au Devoir, que la mafia est aux portes de l’hôtel de ville, et avec elle, une certaine peur.
« Il faut faire attention aux réputations. Quand on n’a pas de preuves, on se ramasse avec des mises en demeure, peut-être des menaces et de l’intimidation. Il faut faire attention à ce qu’on dit. […] J’ai une famille et des enfants. Je ne voudrais pas me ramasser avec des problèmes, j’en ai assez comme ça », affirme le maire.
En effet, les problèmes ne manquent pas. Le bal a commencé en 2007 avec le scandale des compteurs d’eau, suivi par le dérapage immobilier du projet Contrecoeur impliquant la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM).
Il y a aussi eu la fraude présumée au service informatique et le chantier de réfection de la toiture de l’hôtel de ville dans lequel le crime organisé aurait été plongé. S’ajoutent l’espionnage, les contrats sans appel d’offres du service de police, la promiscuité entre des élus et des entrepreneurs, un bateau de luxe, du financement occulte et de supposées ristournes aux partis politiques ainsi que bien des tentatives ratées pour étouffer toutes ces histoires mises au jour par les médias.
Et comme si ce sombre portrait de la déroute de la métropole ne suffisait pas, la machine à contrats de Montréal apparaît sous l’emprise d’un groupe d’entrepreneurs en construction appelé le « Fabulous Fourteen ».
Et ce n’est pas tout puisqu’en amont de cette collusion, on retrouve un autre groupe de gens d’affaires, surnommé le « club des neuf », qui travaillerait dans le plus grand secret pour avoir la mainmise sur les marchés publics. Il s’agirait de hauts dirigeants de firmes de génie-conseil qui se concerteraient pour se partager la manne.
La situation est d’autant plus plausible que depuis l’arrivée au pouvoir, en 2001, de Gérald Tremblay et de son bras droit de l’époque, Frank Zampino, Montréal abandonne de plus en plus aux mains du privé ses responsabilités de déterminer la nature de ses investissements, de gérer les chantiers et même de sélectionner les constructeurs.
Mais il n’y a pas qu’à Montréal qu’il y a du désordre. Laval est sur l’écran radar pour la circulation d’enveloppes brunes, Saint-Jean-sur-Richelieu serait le lieu d’un système de collusion et en Gaspésie, des contrats d’asphalte seraient sous le contrôle de quelques entrepreneurs.
Là où la police travaille à inculper les acteurs de ce grand jeu, dossier par dossier, la commission Charbonneau aura la lourde tâche de démontrer s’il existe un système et comment chaque morceau s’imbrique l’un dans l’autre. Qui invitera-t-elle ? Nul ne le sait, mais voici quelques pistes.
Montréal Dans l’administration, il serait intéressant d’entendre les directeurs généraux de la Ville comme Robert Abdallah et Claude Léger. Le premier a quitté ses fonctions en 2008 dans des circonstances obscures. Rapidement, il a été embauché par l’entrepreneur Tony Accurso pour diriger la filiale Gastier. Quant à Claude Léger, qui avait commencé sa carrière chez Dessau, il a été remercié de ses services dans la tourmente des compteurs d’eau. Le directeur des affaires corporatives, Robert Cassius de Linval, a également écopé.
Du côté politique, l’ancien président de l’exécutif, Frank Zampino, aujourd’hui accusé de fraude, apparaît incontournable. Par ses fonctions, il orchestrait les mises en chantier des petits et grands projets. Il a reconnu avoir voyagé sur le Touch de Tony Accurso à deux reprises.
Les conseillers municipaux Sammy Forcillo et Benoit Labonté (ex-maire de Ville-Marie) pourraient aussi être invités à la barre de la commission. M. Forcillo, un « loyal soldat » comme il se plaisait à se qualifier, était très proche de M. Zampino. Quant à M. Labonté, il s’est vidé le coeur en pleine campagne électorale de 2009 en parlant publiquement de la corruption au sein de l’administration Tremblay. Lui-même aurait accepté de l’argent (100 000 $) d’entrepreneurs de la construction - dont Tony Accurso - pour financer sa campagne à la direction de Vision Montréal en 2008.
La mairesse de l’arrondissement de Rivières-des-Prairies -Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, a publiquement dénoncé l’infiltration du crime organisé dans l’octroi des contrats de construction.
Le président du comité exécutif sous le maire Pierre Bourque, Jean Fortier, pourrait apporter son grain sel. En 2009, il a déclaré au Devoir avoir refusé une somme de 100 000 $ pour garantir la vente de gré à gré d’un terrain sur lequel la mafia avait des visées.
Union Montréal Le parti du maire Tremblay, Union Montréal, pourrait également se retrouver sous la loupe de la commission. Il suffit de penser à l’ex-responsable des finances, Bernard Trépanier, surnommé « Monsieur 3 % », le comptable, et agent officiel du parti, Marc Deschamps, connu en coulisse comme étant « M. Net », ou le collecteur de fonds et promoteur immobilier Vincent Chiarra.
Laval À Laval, outre le maire Gilles Vaillancourt, la commission Charbonneau pourrait faire appel à Me Jean Bertrand, collecteur de fonds, conseiller juridique et représentant officiel du Pro des Lavallois. Le conseiller municipal et membre du comité exécutif Benoit Fradette, aussi vice-président de Shockbéton, pourrait avoir des choses à raconter, tout comme d’ailleurs l’ancien directeur général Claude Asselin. Ce dernier s’est retrouvé aux commandes de Plania (nouvelle bannière de Gauthier Biancamano Bolduc), la filiale d’urbanisme de la firme de génie-conseil Dessau, un mois après avoir quitté ses fonctions en 2006.







