Ouvrons le dialogue - Une histoire jamais réglée
Six membres de la communauté anglophone expriment leur vision du Québec d’aujourd’hui
Nom : Kenneth Near
Âge : 60 ans
Profession : révérend à l’église anglicane St Matthias
Résidence : Westmount
Comment réagissez-vous à la victoire du PQ ?
Ma première réaction, pour être honnête, a été de l’anxiété et de l’incertitude. Je suis nouvellement arrivé au Québec, ayant passé la plus grande partie de ma vie aux États-Unis, mais, néanmoins, ma famille a une longue histoire canadienne et j’ai donc fait partie, depuis l’enfance, de ce long dialogue entre francophones et anglophones. Intérieurement, mes valeurs les plus chères sont en communion avec la communauté francophone. Et cela vient de ma grand-mère maternelle, qui aimait le français passionnément. Ce qui ne veut pas dire que je sais parler le français pour autant ! (Rires).
Est-ce que les tensions sont réelles ? Si oui, ont-elles été exacerbées par la campagne électorale ?
Les tensions sont bien réelles. Et elles portent une longue histoire. Je me souviens d’être à Montréal en 1968 avec M. de Gaulle qui disait « Vive le Québec libre ! » et ma grand-mère paternelle de l’Ontario avait joué God Save the Queen. Ma grand-mère maternelle était insultée. Je ne crois pas que les tensions aient été ravivées, elles ont toujours été là. Si on ferme la porte sur une chambre en désordre, elle reste en désordre. Maintenant, nous avons rouvert la porte et réalisé que le problème n’avait pas été réglé. Ce n’est pas causé par les élections, c’est juste une histoire qui n’a jamais été réglée.
Comment décririez-vous la communauté anglophone du Québec ?
Ce que je vois, c’est une communauté qui s’était habituée à avoir le contrôle et à être au pouvoir, mais dont les rôles ont été revus - justement à la baisse - et qui a accepté cette nouvelle réalité de façon graduelle. Mais, ce qui devient évident, c’est que les accommodements deviennent dérangeants.
Est-ce que la communauté anglophone a besoin d’un porte-parole ?
Nous regardons le mouvement Occupy, qui vient contredire ce besoin de leader. Je ne connais pas la réponse. Parfois, les gens ont besoin de se tenir debout pour affirmer leur vérité et, pour ce faire, cela prend une vision claire. Mais ceci représente un problème dans ce cas-ci, car je ne vois pas une voix forte et unifiée pour pouvoir le faire.
Comment rétablir le dialogue ?
Je pense que l’honnêteté est la première place où il faut aller. Personnellement, je parle du narcissisme de la minorité. Je vois une nation qui est très narcissique dans ses préoccupations.








